SCÈNE XYÏI
SAVERNY, CHRISTOPHE, PICHELTN.
d'idée , de répondre comme ça à une politesse.
PICHELIN.
Que demandez-vous , l'ami?
Pardon, bourgeois.. . j'ai voulu moi-memf> venir vous présenter le tribut de Fhomuiage.. . oh! oh ! là , là î c'est pas moi qui demande au contraire, que j'suis demandé.. . envoyé quérir, pour avoir un doigt de conversation amicable, avec monsieur... monsieur... un drôle de nom. . . en iche et en in.
PICHELIN.
Est-ce Pichelin?
Oui. . . Trichemain. . . un homme de justice , quoi !.. je suis au courant de la chose.. . je suis un honnête homme... je paie mon terme.. . j'ai bien mal à la téteî . .
Eh bien! que lui voulez-vous i*
Quand je me fais l'amilié de vous dire que je lui veux rien du tout, . . aussi vrai que vous êt's un brave homme ,
et que je suis un honnête homme, voyez-vouSé . . connu pour avoir de la probité , et pour crier gare. picHELiN , à part.
Que cet homme est insupportable!
Ça vous prouve que je suis au courant de la chose. ... (^Montrant Saoerny.) Vlà le jeune homme en question.. . je peux pas dire le contraire je l'affirme et le confirme.
PICHELIN.
Vous le reconnaissez?
J'en lève la main. (£'« disant cela ^ illèpe le bras , et avec son chapeau de toile cirée , qu'il tient à la main , il donne dans la figure de Pichelin, qui s'était approché de lui. )
PICHELIN, s'é'oignant.
Prenez donc garde , vous allez me crever l'œil.
Ce n'est que pour vous faire voir.
SAVERNY , Il port.
Et celui-là qui me connaît aussi !
CHRISTOPHE , Il Saçerny.
Bourgeois , faut pas m'en vouloir. . . je vous en estime néanmoins.. . il y en a d'aucuns qui vous lâchent deux sous pour boire , parce qu'ils n'ont pas le sentiment de la chose. . . vous , c'est pas ça. . . vous êtes Français. . . quatre pièces de cent sous. . . v'Ià qu'rst crâne. . . aussi je vous ai mené rondement, parce que mes chevaux... le petit gris et le borgne, qui sortent des polonais, jamais las.. . pas faignans... oh ! oh I petit !...c'estdrôle, j'ai des étourdissemens.
PICHELIN.
Un drôle complètement ivre.
Ivre !. . c'est possible.. . ivre du plaisir de vous voir.. . je ne dis pas non. . .
Air des créoles.
C'est l'effet d'ia concurrence :
Sans ça je m'irouv'rais à jcùn :
Mais comment faire abstinence? ,
J'suis l'ami d'tout un chacun.
Dans la s'main' comme les dimanches
Je poinp' le litre à dix sous.
Avec tricycles, dam's-blanches Favorites et coucous.
Les omnibus m'invitent dès l'aurore :
El je chant' , quand j'pcux les accrocher; Verse, verse, verse encore :
, C'est le refrain du cocher.
PICHELIN.
Voyons, mon cher, expliquez-vous... que je sache.. .
Le cocher est naturellement Français, troubadour et pas faignant. . . Je veux parler à M. Lichevin.
PICHELIN.
Pichelin.. . Je vous écoute, butor.
Bourgeois, petit bourgeois. . . butor, c'est un peu fort de café. . . si vous continuez sur c'tc ganinic-Ià , je vous aimerai long-tems.. . car je ne vous aime pas beaucoup à la fois. . . J"ai bien mal à la tête. . . le soleil est si chaud , ça vous donne des éblouissemens.
PICHELIN.
Finiras-tu?
Pour lors, que tout-à-l'heure, un petit vieux est venu me relancer, en voire nom , chez le marchand de vins du coin duboulevart. .. que je lui ai offert un canon... qui! a
eu l'air de s'offusquer que je lui faisais une politesse
oh ! oh ! petit.
PICHELIN.
De qui parlez- vous ?
Eh bien ! le petit vieux qui était de garde hier au soir devant la maison où c'que ma voiture était en face de sa guérite.. . J'ai le sang qui me gêne.. . avec ça, j'ai été contrarié.. .
PICHELIN , vivement.
Quoi ! celle histoire.. . elle serait donc vraie?. . et ma femme innocente.. . achève vite, ivrogne que tu es.
Bourgeois, aimable bourgeois. . . pas de mots.. . je suis un honnête homme connu. . . je n'ai jamais élé qu'une seule fois au juge de paix.. . et encore, pourquoi?, . parce quQ
Je n avais pas voulu marcher un lundi.. . Je ne veux pas travailler le lundi.. . ceux qui travaillent le lundi sont des lâches... Vive l'empereur!
PICHELIJV.
Dépéche-toi donc , misérable.
Je suis à l'heure... c'est le petit vieux qui m'a pris à
l'heure , et à Tinspeclion de mon numéro à seule fin
d'aller chez sa particulière que je vous amène diamétralement.. . ohl oh!
PICHELIN.
Une jeune personne. . . une danseuse.. . j'y suis.
Quand je vous dis que je suis au courant de la chose.
SAVERNy.
Moi , j'y suis moins que jamais.
CHRISTOPHE, à Saoerny.
^ Que le bon Dieu vous rapatafiole. . ! J'ai bien mal à la
tête. (Retenant à Pichelin.) Mèmement que la princesse
ne voulait pas venir. . . mais qu'elle s'a décidée , quand
elle a su que c'était pour parler à M. Richegrain.
PICHEUN.
Pichelin.
Oui, Richegrain.. . je le connais, qu'elle a dit, dit-elle
au petit vieux un grand maigre un beau grand
maigre... c'est un de mes voisins.
PICHELIjV.
Elle a dit cela?
Oui , elle l'a dit c'est bon du sucre , n'est-ce pas ?
oh ! elle en dégoise joliment, avec son petit air.. . j'aimerais assez cette farceuse-là , moi. . . elle a quelque chose comme ça... Ahl que j'ai mal à la télé?... voulez-vous me ' 1 acheter.?
PICHELIN.
Mais , scélérat , en finiras-tu ?
Rourgeois, je suis un homme.. . vous êt's un homme... ça fait deux hommes.. . et je suis un Français et un honnête homme. . . il n'y a pas d'offense. .. oh ! oh ! petit ! . . . et la preuve, c'est que l'autre jour il y a une dame qui avait
oul)lîé son petîl chien dans ma voiture. . . j'y ai rapporté. .. à la vérité, on s'était assis dessus. . • il était un peu aplati . . . c'est égal, j'y ai apporté tout de même.
Mais enfin , où est-elle à présent?
Là-bas.. . dans mon landau.
SAVERNY , à part.
Quoi! la danseuse aussi?
PICHELIN.
Butor, qui laisse attendre cette dame.
J'aurais cependant bien voulu parler à M. Chichepain.
PICHELIN, en s'en allant.
Pichelin. . . imbécille. . • c'est moi !..
Fallait donc le dire. . . au lieu de me laisser en place.
SCÈINE XVIII.