SCÈNE II
SAVERNY, arrÛHwtpnrlefond, CÉCILE.
CÉCILE
Ahl voici déjà un de nos convives.
SAVERNY
Bonjour, Cécile.
Je m'occupais justement du déjeûner que vos amis ont commandé pour votre départ.
SAVERNY
Et moi , je venais m'informer de l'heure à laquelle on doit se réunir.
CÉCILE
Est-ce qu'ils ne vous ont pas prévenu ?
SAVEBNV.
Si fait. . . ils m'ont écrit un petit mot. . . mais hier , en faisant mes emplettes de voyage, j'ai déchiré le dessus pour donner mon adresse au marchand ; et ma foi , je ne sais ce qu'est devenu le reste de la lettre.
CÉCILE
On se réunit à midi précis.
SAVERNY
Midi î . . c'est très-bien. . . car à trois heures.
CÉCILE
A trois heures, vous vous mettez en roule pour Strasbourg. • . je sais cela. . . avec votre futur beau-père et sa fille, celte bonne M"' Eugénie, dont j'ai été deuE ans^ la
femme de chambre. . . aussi j'irai la voir ce matin. . . elle ne partira pas sans que je lui fasse mes adieux. . . je l'ai regrettée si souvent.
Alors , il ne fallait pas la quitter.
CÉCILE
Que voulez-vous? . . on m'a offert ici une place de dame de comptoir. . . ça m'a séduite.
Air de Julie.
Oui, j'ai vraiment l'air d'une reine, Dans ce comptoir, où tout vient m'e'gayer, De mes sujets j'obtiens sans peine L'impôt de la carte à payer.
Oui , sur ce trône , on s'amuse et l'on cause, On sourit à chaque étranger...
El quoiqu'on soit là sans bouger, Ça peut conduire à quelque chose.
SAVERNY
Je vois que tu as des projets.
CÉCILE
Mieux que cela. . . j'ai aussi un prétendu , moi.
SAVERNY
Je le connais , sans doute?
CÉCILE
Oh non! . . il y a si long-tems que vous n'êtes venu ici.
SAVERNY
Est-ce un jeune homme riche ?
CÉCILE
11 peut le devenir, car il est fort dislingué dans son art.
SAVERNY
Ah ! c'est un artiste ?
C'est un cuisinier. . . un chef de cuisine!. . avec ça on ne meurt pas de faim, . . et je voudrais bien qu'il n'eût pas d'autres talens.
SAVERNY
Comment!. . il cumule.^
CÉCILE
Hélas ! oui. . . il joue la comédie en société. . . ses succès
lui ont tourné la tête. . . il rêve la gloire. . . il prétend qu'il a le feu sacré. . . et depuis ce tems-là il laisse brûler ses ragoûts.
SAVERNY
Et tu l'épouserais , malgré sa folie ?
CÉCILE
Dam ! si on tenait à n'épouser qu'un homme raisonnable, on resterait toujours fille.. . demandez plutôt à M."'= Eugénie.
SAVERNY
Merci du compliment.
CÉCILE
Pardon. . . je ne dirais pas cela devant votre beau-père , M. du P\esnel, qui est si sévère, et qui n'a consenti à vous accepter pour gendre qu'à certaines conditions. . .
SAVERNY
Qui heureusement seront bientôt remplies.
Ah ! dam I . . . c'est qu'avec lui il faut marcher droit.
SAVERNV y faisant qxielqjies pas en boitant. C'est bien mon intention.
CÉCILE, le regai'dant .
Qu'avez- vous donc? . . on dirait que vous boitez ?
SAVERNY
Moi! du tout, . . est-ce que c'est visible?
CÉCILE
C'est donc vrai ?
SAVERNY
Pas le moins du monde. . . (A part.) Maudite fenêtre ! • . sauter d'un second étage !
CÉCILE
Que dites-vous?
SAVERNY
Rien.. . je songeais à une lettre qui me reste a écrire.
CÉCILE
C'est facile.. . Entrez toujours, en attendant vos amis.
SAVERNY
Tu as raison.. . ( A. part.) C'est bien le moins que je la tranquillise sur les suites de mon évasion. (// entre dans le restaurant. )
CÉCILE, sur la porte, lui parlant toujours.
Un des garçons vous donnera ce qu'il vous faut pour écrire.