I. — Deuxième et troisième siècles
Unité et complexité du christianisme. — Lorsque le christianisme, pleinement libéré du judaïsme, s'offre à des païens qui n'ont pas passé par la synagogue, une multitude de rapports qui étaient contenus comme en puissance dans sa complexité première commencent à se développer, et les aspects de
la religion nouvelle apparaissent multiples et variés. « Quelle richesse, dit M. Harnack, quelle plénitude!... Chaque point semble être le principal, pour ne pas dire le toutî Le christianisme est la prédication de Dieu le Père tout-puissant, de son Fils Jésus- Christ le Seigneur, et de la résurrection. Il est l'Évangile du Sauveur et du salut, de la rédemption et de la création nouvelle ; il est l'annonce de la divinisation. Il est l'Evangile de l'amour et des œuvres charitables. Il est la religion de l'Esprit et de la force, du sérieux moral et de la sainteté. Il est la religion de l'autorité et de la foi absolue, mais il est aussi la religion de la raison et de la claire connaissance, et il est encore une religion sacramentaire. Il est l'annonce de la naissance d'un peuple tout nouveau, lequel, pourtant, préexistait secrètement dès l'origine des choses. Il est la religion d'un livre sacré. Tout ce qui peut s'appeler religion, il le possède; tout ce qui peut s'appeler religion, il l'est. » Le même auteur, à une autre page, avait appelé le christianisme complexio oppositoimm ^ .
Merveilleuse est, en effet, la riche complexité de la religion du Christ, mais ce qui n'est pas moins admirable, c'est comment tout est solidement et parfaitement unifié dans la personne de Jésus. Par exemple, si le christianisme est la religion du Livre, ce qu'il cherche et trouve dans son Livre, c'est Jésus prédit et raconté; voir autre chose que Jésus dans la Bible, c'est avoir les yeux couverts d'un voile et le cœur endurci, c'est n'y rien voir du tout. D'autre part, si le christianisme est une reli-
1. Haknack, A/iS52on tmcZ -4MSÔrci7uwô' des ChristenUims,!', p. 261, Leipzig, 1906; complexio oppositorum, p. 193,
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gion d'aide mutuelle et de charité, c'est que le chrétien voit Jésus dans son « frère ». Il en est de même des autres traits. On aurait plus vite fait de dire ce que n'est pas le christianisme, que de dire ce qu'il est, et cependant, un mot continue de tout résumer : c'est le mot de saint Paul : le Seigneur est proche !, qu'on entend de plus en plus au sens d'une présence spirituelle et mystérieuse, de moins en moins au sens d'un avènement extérieur prochain.
Le Christ présent dans l'Eglise. — L'Epoux tardant à venir, le quatrième Evangile avait expliqué quelles venues incessantes dissimulait cette absence mystérieuse. Il paraissait absent, mais il était caché; il paraissait loin, mais il était toujours là. Dans la génération dite « subapostolique » , le désir enthousiaste d'un prompt retour continue à se transformer en une attention fidèle à la présence. Le Maître est là : il est dans l'Église qui est son corps, et plu-s particulièrement dans les chefs de cette Église; il est là parmi les fidèles, qui sont ses frères, les reprenant et les instruisant par ceux auxquels il daigne se manifester. Ces deux aspects de la présence du Christ dans l'Église peuvent être étudiés en deux hommes qui sont bien autre chose que des auteurs. Tous deux ont leur >personnalité bien caractérisée, e-t, d'autre part, on les sent en telle communion avec leur Église que chercher à les comprendre, c'est déjà, d'une certaine manière, faire la psychologie de ces foules chrétiennes auxquelles s'adressaient leurs exhortations.
\. Philip., lY, s.
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L'un est Ignace, évêque d'Antioche, livré aux bêtes sous Trajan. C'est le type du pontife enthousiaste et le type du martyr. C'est la vivante réalisation des paroles apostoliques ; « Je vis,. mais ce;n-est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi.. ..Je désire m'en aJler pour être avec le Christ ^ » Ses ^coents n'ont pas moins ému l'Église que ceux de saintPaul, et dans quelques phrases de iui, mille lois citées, parait s'être concentré l'esiprit de tous les martyrs.
Je vous en prie, écrit-il aux Romains, ne me montrez pas d'affection mal à propos. Laissez-moi être la nourriture des bêtes par lesquelles on peut gagner Dieu. Je suis le froment de Dieu et je suis moulu par les dents des bêtes pour devenir le pain bien pur du Christ. Flattez plutôt les bêtes, pour qu'elles soient mon tombeau, et ne laissent rien de mon corps, afin qu'après ma mort, je ne sois à charge à personne. Alors je serai vrai disciple du Christ, quand le monde ne verra même plus mon corps... Je cherche celui qui est mort pour nous, je veux celui qui est ressuscité pour nous... Ne m'empêchez pas de vivre ;... laissez-moi arriver à la pure lumière : c'est quand je serai là que je serai homme. Laissez-moi imiter la passion de mon Dieu. Si quelqu'un le porte en soi, qu'il comprenne ce que je veux, et qu'il ait compassion de moi, sachant ce qui me presse 2.
Le chrétien donc porte Dieu 3, mais son corps le sépare de Dieu; quand ce corps sera tombé, il aura Dieu, il sera dans la pure lumière ; Ignace joint dans l'unité d'une énergique expression les deux idées de mourir et d'aller au Christ '*. —Mais quand il regarde la terre, c'est dans l'Eglise qu'il y trouve le Christ,
A. Gai., II, 20; Philip., l, ^23.