PREMIÈRE LETTRE
A Monsieur DiUoiii\ * CuntroUeur des Tailles en Condomois et Jurât de la Ville de Nérac estant de présant à Paris,
« Monsieur,
« Combien qu'à votre départ, nous eussions en quelque promesse d'accorder et accomoder toutes les allaires qui concernent notre communauté en Cour, néanmoins, du despuis, nous' n'eu avons veu aucun effet. Mais c'est bien au conii'aire, car, tous les jours, on nous advise de toutes sortes et par tous moyens, directement et indirectement, qu'est cause que nous sommes résolus vous ennoyer nostre requeste aux fins de poursuyvre, sur icelle, votre évocation générale pour toute notre dite communauté, au privé Conseil du Roy, ou en la Chambre de l'Edit, à Paris.
« Nous l'a vous ennoyons par la voye de la poste pour la recevoir plustost, avec toutes les pièces y nécessaires. Vous leuerez un arrest au pied delà requeste que nous auions présentée en ladite Cour et Chambre, pour auoir taux de la chair au prix accoustumé, mais on n'a tenu compte d'icelle ce qui revient au grand préjudice du bien public, occazion que sur les seuls bouchiers, il y a eu plus de troyscens escus de perte, la précédente année, au prix qu'il estoit l'année passée et années précédantes.
« En effet, c'est la plus grand mizère que vous ayiez ouy dire. Nous auons retiré certification des villes circonvoisines pour fère voir à la Cour comme les chairs se vendoient au prix que nous les demandions. Mais cela n'a rien fait, et les quelles certiffications nous ennoyons, aussy l'arrest qui feust donné la veille de l'élection dernière des Consulz pour fère voir au Conseil du Roy comment noz estatutz et privilèges sont renversés et viollés, tous les jours, et au préjudice du public et de fauthorité Consulaire.
Nous vous supplions bien humblement poursuyvre le tout fort vivement, et aussitostque vous aurez reçeus la présente dépêche, vous employer à en obtenir la fin et conclusions, s'il vous est possible, carceste affaire nous est fort important, comme vous-mesmepourrez juger, et ce qu'on obtiendra, nous f envoyer par voye fort assurée et au plustot.
' M. Dutour avait été député à Paris, par l'autorité municipale de Nérac , pour suivre les affaires de la commune de Nérac pendantes à Paris , '( M. Daniel Dutour, partit de ceste Ville pour aller en Cour soliciter cer- « taines affaires 'que la Ville y avoit, le vendredy matin, vj mars 1610. Il « arriva le dimanche X^e aoust, au dit an. — (Chronique Pérès.)
Au reste, nous vous ennoyons aussi par ceste mesme voye, une autre requeste pour présanter au Conseil du Roy, pour obtenir une autre évocation particulière (en cas que la généralle ne se puisse obtenir) contre M. Samuel Pauhac, Procureur du Roy au présent siège, car il est incroyable comme il nous traverse et nous veut traverser au procès ([u'il a contre nous. Vous vous souviendrez comme nous dézirons accorder tous ces différands. Nous ne vous ennoyons point de pièces pour ceste requeste, n'en y estant point nécessaire, mais elle est signée de nous quatre avec le sieur Dupleix, syndic. Vous présenterez ceste requeste particulière la dernière, comme nous vous avons dit, et en cas que la généralle ne puisse porter, à quoy nous vous exhortons et prions de vouloir fort travailler et du tout nous tenir advertis, par toutes voyes assurées.
Nous nous assurons que, nonobstant la persuasion qu'on nous a voulu donner de croire quelque chose de vous, vous ferez paroistre à tous nos ennemis que, malgré eux, vous porterez la victoire sur le front et prions Dieu qu'il veuille. Monsieur, vous assister et guider, dans toutes vos affaires et nostres et vous conserver en bonne santé.
Voz biens affectionnés serviteurs ,
Les Consuls de la Ville de Nérac,
De Larruffie , Isaag de Pérès , Jehan Le Prince. P. de Barus.
A Nérac. ce XXX« de mars 1610.
Le Secrétère de la présente * vous baise bien affectionnément les mains et vous donne par advis que, despuis vostre départ , toute la guerre civille qui estoit de deçà (la mette de Goutille entre deux) est accordée en toutes ses parties, de quoy je suis infiniment ayse. Et, pour tesmoigner de bonne réconcilliation , toutes les familles sont assemblées chez M. votre beau-père, (je disquaire familles en nombre) ce soir, ù souper tous ensemble. Je vous laisse à penser sy l'on aura beu à voz bonnes grâces.
* Le secrétère de la présente n'est autre que le Secrétaire de la main d'Isaac de Pérès qui a écrit, sous sa dictée, les cinquante-deux dernières pages de notre Chronique. On voit que ce secrétaire municipal traitait avec autant de sans façon les Chroniqueurs Consulaires que les députés municipaux. Scène de mœurs du temps.