LA MAISON DE LA COMMUNAUTÉ
posséder et d'acquérir, amortissement général, protection et sauvegarde.
D'après le règlement rédigé par madame Servin, il y avait dans la nouvelle maison deux classes bien distinctes qui subsistent encore : l'une pour les pensionnaires que la réputation de l'établissement avait attirées de fort loin et en grand nombre; l'autre, non moins bien tenue, pour Tinstruction gratuite de toutes les petites filles pauvres de la ville, auxquelles des maîtresses choisies apprenaient, comme aux pensionnaires, à lire, écrire, calculer, prier Dieu et travailler. Ce travail consistait à coudre, filer, broder, faire de la dentelle et surtout des bas, des gants, des mitaines et des bourses à Taiguille, en laine, fil, coton ou soie(i).
t La charitable supérieure consacra toute sa fortune et 4es dernières années de sa vieà étendre, à doter largement la maison delà rue d'Authon. Elle y fit faire une chapelle sous l'invocation de saint Joseph. Par contrats de 1697, ^7^^' ^7^^9 1709, elle acheta, par petits lots, de plusieurs particuliers, des terrains qui agrandissaient son jardin et le prolongeaient jusqu'au delà des remparts de la ville, au lieu dit la Teste aux Maures. Monsieur André Le Camus étant venu à mourir, elle acquit de ses héritiers (14 juin i7i9)une petite ferme et un grand clos au faubourg du Puits-des-Champs,avec une foule de parcelles de terre aux champtiers du Madré, d'Oiselet, deChâtillon, de'Normont, de Louye, etc. (2), dont le revenu assurait l'entretien et l'indépendance de la fondation. Par consentement des habitants du 12 juillet 1706 et lettres patentes du 19 juin 1707, elle avait obtenu la suppression et la clôture de la rue ou chemin d'Authon qui coupait en deux le terrain de la communauté. Non contente d'avoir donné à son ordre, par contrat du 8 septembre 1696 devant Claude Michau, la grande maison de la rue d'Authon, elle fit, par acte de donation entre-vifs (8 janvier 1706}, abandon de tous ses biens à ses compagnes (3), réservant seulement une pension viagère de 5o livres pour son fils François Servin, religieux du prieuré de Louye, qui, non loin de sa mère, s'était consacré à Dieu.
tionnelle, fait droit à ce dernier vœu, mais enregistre purement et simplement pour le reste les lettres du roi.
1. Quant aux sœurs, leur vœu était simple et annuel. La supérieure était nommée à rélection tous les trois ans, et ne pouvait être réélue plus de deux fois. Un supérieur ecclésiastique, choisi par Tévéque, administrait le temporel. La règle était, d'ailleurs, celle de saint Augustin.
2. Déclaration censuelle faite le 18 juillet 1781 au comté de Dourdan par Marie- Angélique Gaudry, sœur de la Passion, supérieure; Catherine Chantaloue, assistante; soeur Sainte-Claire, dépositaire; Marie-Anne Boivin, sœur Sainte-Rosalie, économe; par-dcrant M" Héroux, notaire à Dourdan. — Conservée aujourd'hui en l'étude de M« Ortiguier.
3. Aux sœurs primitives étaient venues s'adjoindre de nouvelles recrues dont les noms sont connus dans le pays : Anne Racineau, Louise Ravineau, Marie-Thérèse Pavart, Marie- Louise Yvon, Françoise Bajou, etc.
Vieille et honorée, la respectable dame Servin achevait sa vie au milieu de ses bonnes sœurs et de ses chères élèves; les habitants de Dourdan aimaient à la voir avec ses religieuses assister dévotement à tous les offices de la paroisse Saint-Germain, dans son banc modestement placé au bas de la nef, devant la première arcade à gauche, tout auprès des anciens fonts baptismaux (i). Elle portait, comme ses sœurs, le costume entièrement noir choisi par ellejet en tout conforme à celui qu'avait adopté la reine mère Anne d'Autriche : robe d*étamine ou de voile , bonnet de gaze noire^ fichu et grande coiffe de taffetas noir, avec une petite croix d'or(2).Elle s'éteignit en odeur de sainteté, le 25 septembre 1723, à Page de soixante-quatorze ans, consolée par le vieil abbé Mayol, vénérable prêtre qui était attaché comme chapelain à la maison (3).
Pendant un siècle, les filles de l'Instruction chrétienne continuèrent tranquillement leur tâche (4). Fondée en octobre 1693, la maison de la rue d'Authon [était bouleversée en octobre 1792. Par ordre émané du comité révolutionnaire établi à Dourdan, M"' Gaudry et ses sœurs durent précipitamment quitter leur asile, dont l'oratoire avait déjà été dépouillé de ses ornements et de ses vases sacrés. Sauvant à grand' peine quelques lits, quelques meubles et un peu de linge, obligées de quitter leur habit religieux, les pauvres filles se cachèrent. Quelques-unes essayèrent d'ouvrir de petites écoles particulières, mais, visitées et suspectées comme mauvaises institutrices a républicaines, » elles durent se disperser.
Leurs biens, séquestrés d'abord, furent vendus. Deux pièces de bois (environ 6 hectares) qui leur appartenaient furent réunies aux forêts de
1. Concessions de banc, d'octobre ijo3 .—Archives de T Église,
2. On conserve à la communauté un pastel où M"* Servin est représentée sous ce costume qui encadre fort bien sa noble et intelligente figure.
3. A la mort de Tabbé Mayol, la supérieure, dame Marie^Thérèse Caron, sœur Saint- Bernard, avec dix autres sœurs, tiennent chapitre pour accepter comme chapelain le cinquième vicaire que la paroisse offre de prendre pour faire les petites écoles, à la charge que ces dames lui donneront par an 161 livres 16 sols. — Archives de V Église.
4. On vit tour à tour se succéder, comme supérieures, de modestes femmes dont les noms ont été honorés par plusieurs générations : Anne Rémi, sœur de la Passion* Madeleine Bouvin, sœur Saint-Claude.— Thérèse Caron, sœur Saint-Bernard. — Anne Bosseau^ sœur du Co/va/re.— Marguerite Marville, sœur Sainte-Cécile, — Marie Raoul, sœur Saint'Joseph. — Angélique Gaudry, sœur de la Passion. Des jeunes filles de la meilleure bourgeoisie de la ville , M""* Lequeux, Le Camus, etc., furent sœtirs de rinstruction chrétienne. De nobles dames^ reçues à titre de pensionnaires, finirent leurs jours dans la maison, et des donations, qui d'ailleurs ne furent jamais bien considérables, aidèrent la communauté à fournir sa tâche. Dès 1697, Tévêque de Chartres avait attribué aux sœurs de Dourdan un legs qui lui avait été fait par fA}U Marie de Mainville, d'une petite rente et d'une maison dite VHetmitage^ à Saint- Martin-de-Bretencourt, destinées à l'entretien d'une institutrice, et deux soeurs avaient été détachées à cet effet. — Les ducs d'Orléans voulurent faire quelque chose pour les pieuses filles de la rue d'Authon, et leur concédèrent six cordes de bois à pfendrt chaque année dans la forêt (17 mai 1743).
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l'État, et leur maison conventuelle, transformée en bureaux par Tadministration du directoire du district de Dourdan, servit peu après de caserne à la compagnie de vétérans détachée pour la garde de la maison de force.
Quand l'orage fut passé et qu'on sentit le besoin de reconstituer l'enseignement de la jeunesse, le souvenir des anciennes institutrices se raviva dans le cœur des mères de famille, et c*est vers elles qu*on se tourna. Grâce à l'initiative de M. Dauvigny, maire de la ville, et à la protection dévouée du consul Lebrun, l'ancien représentant, Thabitant et Tami fidèle de Dourdan, les sœurs de Flnstruction chrétienne, réduites de vingt-quatre à dix, furent installées, aux frais de la ville, dans une maison de la rue Traversière (i). Dèsle 8 août i8o3 (an XI) l'ancienne supérieure, Mn« Gaudry, sœur de la Passion, assistée de la vieille sœur Sainte- Avoye, avait la joie de reprendre elle-même son œuvre interrompue. Uarchitrésorier, infatigable et puissant avocat des bonnes sœurs, obtenait de l'empereur un décret d*autorisation provisoire (5 septembre 1806) ; — un second décret^ daté du camp de Varsovie, qui leur rendait leur maison de la rue d'Authon (25 janvier 1 807) ; — un troisième décret, signé au camp de Schœnbrunn, qui leur restituait leurs deux pièces de bois (6 août 1809). — Le 16 mai 1808, la communauté rentrait dans la maison de M"* Servin , singulièrement délabrée depuis quinze années.
Les jeunes élèves revinrent à l'école où leurs mères avaient été élevées, et pendant Tempire et la restauration la prospérité morale de l'établissement n'eût rien laissé à désirer, si des embarras matériels ne fussent venus compromettre son existence. Avec les vieilles sœurs, les anciennes traditions d'ordre et d'économie s'étaient perdues. La maison, obérée de près de quatorze mille francs de dettes, ne put se soutenir, les sœurs de l'Instruction chrétienne se dispersèrent, et Tordre fondé par M"* Servin s'éteignit. C'est alors que les sœurs de Saint-Paul, dites sœurs de Saint- Maurice de Chartres (2), reprirent à la fois, en 1 835, le pensionnat et 1 école gratuite, auxquels vint s'adjoindre, à la sollicitation des dames de Dourdan, une salle if asile dont les frais d'appropriation furent sup-
1. Qu'avait habitée le docteur Talibon. La ville payait un loyer de 3oo fr., auquel M. Lebrun aioutait 400 fr.— Les habitants exprimèrent leur reconnaissance au maire et au consul, par délibération du conseil municipal du 26 pluviôse an XII (1804).
2. L*institution des sœurs de Saint-Paul de Chartres remonte précisément aussi au rrii* si^le» et au pieux év&]ue Godet des Marais. Primitivement dotées par le célèbre Nicole et réunies par M^* Tilly d'AUaines, elles s'établirent à Chartres dans le faubourg Saint-Maurice, dont elles prirent d'abord le nom, et, joignant à l'enseignement te service des hôpitaux, elles prospérèrent rapidement. < Elles occupent maintenant c f anden monastère des Jacobins, dont les bâtiments ont été relevés et agrandis. C'est « de cène maison mère que les héroïques filles de Saint-Paul vont porter jusqu'aux < extrémités du monde les trésors de leur charité. »— De Lépinois, Histoire de Chatireîf t. Uy p. 540.
îy6 CHAPITRE XX.
portés par la ville et par de charitables donateurs au nombre desquels figurent les membres de la Tamille royale. Les bois servirent  solder les dettes de l'établissement. Le domaine consentit à vendre à prix d'estimation la maison de la communauté à la ville de Dourdan, autorisée pour cet achat par une ordonnance du 12 octobre 1S45, et la ville de Dourdan à son tour, par suite d'un nouveau décret d'autorisation du 26 janvier 1S54, céda cette maison aux sœurs de Saint-Paul, qui en sont aujourd'hui propriétaires et ont pu, grâce au riche legs fait & leur ordre par M. de Talaru, affecter une somme importante à des réparations et à des agrandissements considérables.
La communauté de Dourdan, avec ses trois institutions distinctes et réunies, pensionnat, école communale, salle d'asile, est un éublissemeot depremier ordre dont une grande ville pourrait s'enorgueillir. La salle d*asile ouvre chaque jour à cent vingt petits enfants un maternel abri et le touchant enseignement d'une sœur quij depuis de longues années, est pour eux prodigue de dévouement. L'école communale compte cinquante jeunes Ailes et le pensionnat atteint le chiâ're de cent-vingt élèves, tant internes qu'externes. Les sœurs de Saint-Paul, dignes héritières des anciennes sœurs de M»'Servin,ontméritéde ta ville de Dourdan un double tribut de confiance et de gratitude,car leur œuvre est féconde, et dans la contrée on aime à citer, k divers degrés de la fortune, toute une gênération de vertueuses femmes et de bonnes mdrcs, instruites par leurs leçons et formées par Icurscxemples.