‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 126 sur 191 · LE CHATEAU DE REGNARD A GRILLON, ETC · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE REGNARD A GRILLON, ETC

rasse régnait devant les bâtiments, soutenue par le mur de la ville^ qui d'un bout à l'autre coupait la propriété et séparait Thabitation des jardins. C'était pour M. Lévy une très-fàcheuse servitude ; il sut trouver le moyen de s'en affranchir. Le siège de la justice de Rouillon, installe dans l'intérieur de la ville, offusquait le duc d'Orléans. Ce fut l'occasion d^un échange de bons procédés. M. Lévy transporta sa justice hors des murs, et le duc. d'Orléans lui concéda, moyennant un sol de rente par toise^ les cinquante -sept toises de mur qui le gênaient, avec le droit de faire un parapet à hauteur d'appui. En dehors du mur, régnait le fossé de la ville, de trois toises de large, dans lequel passait le chemin montant de la rue Grousteau à la porte Saint-Pierre. Concession en fut également faite à M. Lévy, et, comme c'était barrer le chemin qui menait aux fontaines Saint-Pierre et Grousteau, il s'engagea à donner au faubourg Saint-Pierre la jouissance du puits de sa basse-cour. Quant au rempart de neuf pieds de large qui courait à l'intérieur du mur, le duc d'Orléans le concédait avec le reste, à la condition de livrer passage au besoin pour faire la ronde. M. Lévy devenait ainsi seul maître sur son terrain, en enclavant une portion du périmètre de la ville et en interceptant la communication de deux quartiers.

Des héritages appartenant à la fabrique Saint-Pierre occupaient une partie de l'emplacement dont M. Lévy voulait faire son parc ; il les acheta (i).'La rue des ^ordes^ qui de la porte Saint-Pierre gagnait le carrefour delà Croix-Rouge, était un voisinage incommode; elle fut acquise maison par maison, supprimée et remplacée par une belle avenue d'ormes. Exécuté, dit-on, d'après un dessin laissé par Lenôtre, le parc s'encadra tout naturellement dans le vaste et charmant paysage qui le domine de toutes parts. Au premier plan, de hauts pilastres de grès partageaient l'horizon. Un grand parterre formé de gazons bordés de plates-bandes de fleurs s'étendait au-dessous de la terrasse. Des ifs bizarement taillés, comme on le faisait alors, s'échelonnaient symétriquement jusqu'au rond-point central d'oti partaient, en éventail, de nombreuses allées bordées de charmilles qui divisaient les taillis en une foule de compartiments. Au fond, était ce qu'on appelait le labyrinthe^ entre-croisement d'allées ingénieusement tracées pour amuser en les égarant les pas du promeneur (2). Une grande allée d'ormes, terminée par une salle de danse et une échappée sur la campagne, servait de perspective aux fenêtres du corps principal. A côté de la grille qui s'ou-

1. Moyennant 210 livres de rente annuelle et perpétuelle de bail d*héritagc. 23 février 1729. Archives de l'église.

2. Il existe à la Bibliothèque impériale une gravure qui représente un véritable dédale et qui porte cette légende : « 4^ volume des Jardins. Labyrinthe exécuté à Dourdan, chez M. de Verteillac. »— CoWec/ion topographique: Seine-et-Oise, Rambouillet, IV, 5. — M. de Verteillac remplaça M. Lévy.

vrait près de la porte Saint-Pierre, une fausse façade à Titalienne avec grande porte et murs de briques donnait accès dans la basse-cour et dans les bâtiments élevés sur l'emplacement de dix maisons de la rue des Bordes, pour servir d'orangerie, de ménagerie^ etc. A la suite^ sur le chemin de Roinville, un taillis clos de treillages était peuplé de daims et de chevreuils. Au midi, séparé par la rue Grousteau, un vaste terrain, circonscrit par des canaux, servait d'annexé au parterre comme fleuriste et comme potager.

Cette belle résidence^ où Ton reconnaît tout d*abord les goûts et la mode du temps, fut, à la mort de M. Lévy (i), vendue par sentence de licitation du Châtelet de Paris (3 décembre 17 38), et acquise des héritiers par M""' Madeleine- Angélique de la Brousse^ femme de M. Thibault de la Brousse, comte de Verteillac. M. de Verteillac, né en 1684, gouverneur et grand sénéchal du Périgord, pourvu du gouvernement de la ville et château dé Dourdan^ avait épousé en 1727 sa cousine germaine. Mme de Verteillac, plus jeune que son mari de trois ans, était une femme d'un esprit charmant. Un grand nombre de gens de lettres recherchaient sa société (2).

Une compagnie intelligente et distinguée se donna souvent rendezvous au château du Parterre^ devenu château de la Brousse, et de belles fêtes y furent offertes. Le 27 septembre 1744, jour du Te Deum à Dourdan pour le rétablissement de la santé du roi Louis XV^ des illuminations^ un grand souper et un bal de nuit réunirent au Parterre l'élite de la ville et des environs. M"« de'Verteillac mourut à Dourdan le 21 octobre 175 1, et, dans le Mercure de janvier 1752, une lettre de Lévesque de Burigny, de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres^ lui rendit un dernier et touchant hommage (3).

Le comte de Verteillac survécut à sa femme jusqu'en 1778 et mourut à Dourdan au mois de juillet.

Leur fils. César- Pierre de la Brousse^ marquis de Verteillac, né en 1729, succéda à son père dans ses charges de Dourdan, comme dans celles du Périgord ; il avait passé par les divers grades de Tarmée et était devenu maréchal des camps et armées du roi. En 1772, il avait acheté, avec son père, la terre deSainte-MesmedeGallucey deTHospital. Sa fille, mariée au prince de Broglie de Rével, le dernier des grands baillis d*épée de Dourdan, rappelait, par Tesprit et le bon sens , la Comtesse sa grand'mère, et c'est dans son salon et sous son influeiice qu^eurent lieu,

t. M. Lévy fut enterré dans Téglise Saint-Pierre.

2. Mademoiselle L^Héritier lui avait dédié, en 17 18, son ouvrage ded Capricei de dtstin, et en 1732 sa traduction en vers des Épîtres hét^Tques d'Ovide.

3. M^ de Verteillac écrivait avec autant de solidité que d^agrément, mais on n^a conservé de ses opuscules qU*une lettre < sur les beaUtéi et les défauts du style, > Adressée à Rémond de Saint-Mard, dans les aUvres duquel elle a été insérée en tlte du tome lll de l'édition de 17301

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