‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 142 sur 191 · Archives de l'Empire. B. III · texte numérisé non relu

Archives de l'Empire. B. III

2. Journal du baron de Gauville, publié par M. Éd. de Barthélémy. Paris, 1864. — Louis-Henri-Charles, comte de Gauville, chevalier, seigneur et baron de la Forestle Roy, né à Orléans le 14 juillet lySo, page du prince de Condé, devenu sous-lieutenant aux gardes du corps et chevalier de Saint-Louis, avait été convoqué à la fois aux assemblées d'Etampes et de Dourdan. Ayant étudié consciencieusement les questions et trouvant un peu vague le cahier d'Élampes, il s'était décidé pour Dourdan, dont les assemblées avaient été retardées.

3. Lally-ToUendal, fils du célèbre condamné, homme sensible, cloquent, novateur, à peine remis des émotion s du procès de son père, était grand bailli d'Etampes et avait été appelé assez irrégulièrement a Dourdan.

336 CHAPITRE XZV.

ducation et sur les entraves de Tagriculture. Les trois ordres furent invités à se rendre au château. Deux salles du premier étage ^ dans le bâtiment de Sancy^ avaient été disposées pour le clergé et la noblesse; Tauditoire du rez-de-chaussée était réservé au Tiers. C'était comme un symbole de Téchelle sociale. Immédiatement, les corps traversèrent la ville et entrèrent en séance.

Le Tiers, après un discours du lieutenant général Roger, son président, délibéra sur Tunité du cahier et se décida pour les cahiers séparés. On annonça, sur ces entrefaites^ « Messieurs du Clergé. » Quatre membres ecclésiastiques descendaient en efiet de Tétage supérieur et venaient a complimenter le Tiers. Le Tiers désigna quatre de ses membres qui allèrent au-devant des visiteurs. Le curé de Saint-Germain et M. Roger échangèrent les paroles les plus flatteuses et la députation fut reconduite par les quatre commissaires. Quelques instants après, MM. Odile, Savouré, de Saint-Michel, Sénéchau, allèrent, au nom du tiers, rendre au clergé sa politesse et faire la même démarche auprès de la noblesse, à laquelle on témoigna le plus grand désir de Tunion et de la concorde. La noblesse, d*abord assez longue à s'entendre» descend, à son tour, de ses hauteurs, et MM. d*Apchon, de Gauville, de Cherville, et 'de Lally- Tollendal viennent, avec le même cérémonial, assurer le tiers des bonnes intentions de leur ordre. Lally-ToUendal porte la parole : il annonce que les nobles de Dourdan ont acclamé le vœu de supporter l'impôt. Le tiers remercie. M. Pajot fils entre et déclare que la noblesse accepterait un cahier unique. Le tiers remercie encore, mais ne s'engage à rien et, après avoir nommé sept commissaires ( i ) pour fondre en un seul tous les cahiers des communes, s'ajourne au mercredi 25 mars.

La séance, remise au dimanche 29, s'ouvre par le rapport des sept commissaires qui présentent le cahier et déclarent qu'ils n'ont pu s'en* tendre avec les commissaires des deux autres ordres (2). On procède à Télection de trois scrutateurs, et, au moment où Ton proclame MM. Odile, Petit et Courtois, un messager apporte sur le bureau une adresse de Lally-Tolendal « à Messieurs de la Commune du Bailliage de Dourdan. t M. .Roger lit : « Le comte de Lally-ToUendal, fondé de procuration de « Son Altesse sérénissime Mgr le duc d'Orléans, demande à être admis « en présence de la Commune du Bailliage de Dourdan pour notifier les a intentions bienfaisantes et patriotiques de son noble commettant. Signé

1. MM. Roger, lieutenant général, et Odile, ancien procureur au bailliage (pour Dourdan) de Saint-Michel, garde-marteau (Briis), Héroux^ avocat (Authon), Savouré, notaire royal (Richarville), Mathieu (Dreux), Pillaut, procureur à Rochefort (Ponthévrard).

2. M. de Gauville, dans son journal, leur rend pourtant cet hommage : c J*aime à affirmer ici que ceux du Tiers État ne nous témoignèrent pas cet esprit d'indépendance, ces plaintes, ces vexations qu*on leur a supposés partout, et qu'ils ne demandèrent en général que la réforme des abus que les autres ordres connaissent. •

« Lally-Tollendal. » Cette fois, le tiers remercie d'un air de mauvaise humeur, et, à cette offre démocratique du seigneur de Dourdan, bientôt Phïlippt'E galité^ il répond verbalement et avec un certain dédain qu'il est bien obligé mais trop occupé en ce moment de ses affaires pour rien entendre. En effet le vote commence. On s'assure que les portes sont bien fermées; quarante-trois votants déposent l'un après Tautre leur bulletin dans un vase sur le bureau. Au troisième tour de scrutin, Lebrun est proclamé premier député du tiers à l'assemblée des Etats. Plusieurs membres quittent la salle et vont lui annoncer son élection. Il entre bientôt et notifie son acceptation. Mêmes formalités pour M. Buffy, nommé second député.

Nouvel incident : Lally-Tollendal, un peu froissé et désireux de rappeler son nom au tiers dont il accepterait volontiers, dit-on, les suffrages, fait remettre un paquet cacheté. Il demande, pour sa décharge, acte de la déclaration qu'il fait, au nom du duc d'Orléans, que a le prince ne veut « pas que ses droits portent aucun obstacle aux demandes du tiers-état, « à ses réclamations contre le droit de chasse, etc: b Le tiers donne acte. Le cahier, rédigé avec soin et conçu avec une modération et une clarté qui furent depuis remarquées, est distribué dans l'assemblée et plus tard imprimé avec les autres.

Le vendredi 27 mars, le clergé, sous la présidence de MM. Métivet, curé de Roinville , et Gagé , curé de Sainte-Mesme , avait tenu son assemblée particulière et élu , à la majorité de 18 voix contre i5 , M. Tabbé Millet, curé de Saint-Pierre, pour son député aux États. Le cahier de Tordre s'étendait sur les réformes religieuses , s'élevait contre les mauvais livres de philosophie et de morale alors en vogue et les lacunes de l'éducation, recommandait spécialement les intérêts de la communauté des soeurs de Dourdan, et, émettant quelques sages avis sur la constitution du royaume, l'administration ecclésiastique et civile, signifiait Tintention libérale du clergé de se soumettre à l'impôt comme le tiers.

Le dimanche 29, à la même heure que le tiers, \^ noblesse avait élu pour député M. de Gauville, baron de la Forét-le-Roy,et pour suppléant M. le prince de Brogliede Rével. Le cahier de l'ordre avait été arrêté et rédigé en commun par M. de Gauville au caractère modéré et conciliant, par M. de Rével, jeune homme d'un esprit vif, tempéré par la douce persuasion de sa charmante femme, Mlle de Verteillac, et par le marquis d'Apchon, homme vertueux et scrupuleux. Soumis à l'assemblée, il fut malheureusement modifié sur quelques points, et Lally-Tollendal chercha trop à remplacer, au gré de certaines personnes, « le gros bon sens a par des phrases éloquentes. »

Les membres présents signèrent : marquis de Saint-Germain d'Apchon, Pécou marquis de Cherville, comte de Tilly, baron de Gauville, L^iénard du Colombier, Desroys du Roure, Pajot de Juvisy, secrétaire

de la noblesse, Pajot fils, secrétaire-adjoint^ de Broglie prince de Rével, présidant Tordre de la noblesse (i).

Le lundi 3o mars, à quatre heures^ une dernière séance générale se tint dans la chapelle de T Hôtel-Dieu. Après trois discours du prince de Broglie, deM. Millet et deM. deGauville^ les députés élus prétèrentleur serment.

Nous ne suivrons pas dans le cours de leur mission les délégués de Dourdan. Figurant à Versailles, à la procession du 4 mai, avec son costume à la Henri IV^ qui, bien que des plus simples^ lui coûtait i ,3ool., M. de Gauville se vit tout d'abord les mains liées par le mandat impératif qu'il avait reçu de ne point voter par tête et dut s'abstenir. Le 25 juillet, après le triste départ du roi, une lettre de convocation de Tordre de la noblesse le rappelait à Dourdan pour trancher cette grave question.

« Le 27, lisons-nous dans le journal du sage député, je me rendis à ma terre de la Forest-le-Roy. J'appris en arrivant que j'étais dénoncé; que les paysans de mon village, persuadés que ma tête était à prix pour une somme d'argent, disaient hautement qu'ils n'étaient retenus que parce qu'ils croyaient que j'avais amené une compagnie de dragons pour me fortifier dans mon château. Cependant les membres de la noblesse s'assemblèrent. Malgré les instances de mes parents, et bien convaincu que le plus souvent les bruits populaires ne sont rien quand l'homme innocent paraît, je montai à cheval et je me rendis seul et sans armes sur la place de la ville de Dourdan : là, je trouvai le peuple assemblé : on me reconnut, on me nomma; la milice bourgeoise m'arrêta un moment et me fit entrer au château où était convoquée la noblesse et je ne reçus aucune insulte. L'assemblée était peu nombreuse. Je rendis compte de ma conduite et j'engageai mes commettants ou à prendre ma démission ou à me délier absolument de tout ce que mon mandat avait d'impératif, les circonstances étant telles qu'on n'avait pu les prévoir. Ils m'accordèrent tout ce que je demandais, approuvèrent ma conduite, et celui qui présidait l'assemblée, M. Roger fils, auquel je me plais à rendre ici la justice que mérite son esprit de conciliation, fit afficher dans la ville que Tordre de la noblesse, par mon organe, était plus occupé du bien général que de son intérêt particulier. L'assemblée prit ensuite un arrêté que je devais porter à l'Assemblée nationale. Je remontai à cheval par une pluie af* freuse qui contribua à dissiper la multitude et je me rendis le jour même à Versailles (2). »

li On remarquait l'absence de Lally-ToIIendal) du vicomte de Prunelé, du vicomte de Selve, du marquis de Gouvernet, etc.

2. M. de Gauville siégea avec la droite jusqu'au i*^ juillet 1 790. Sa santé et sa coos- ' cience lui fii-ent donner alors sa démission. Émigrant en 1791 , il servit dans 1 ann«x de Condé. Rentré en 1814, il mourut en 1827 dans sa retraita de Châlons-sur-Mamc. lia laissé des petits^enfants ; son petit-neveu, M. le vicomte de Gauville, est aujourd'hui préfet du Gers.

Dourdan trouva également dans son député du tiers un représentant toujours digne^ laborieux et modéré. Laissant à de plus ardents les discussions politiques qui s'agitaient dans les États-généraux devenus Assemblée Constituante, Lebrun ne parla que sur la question des biens di^ clergé et des assignats contre la majorité. Membre du comité des finance^ il en fut souvent le rapporteur.

Une nouvelle division territoriale de la France venait de détruire toutes les anciennes circonscriptions administratives (1790). Les généralité^, les élections avaient fait place aux départements et aux districts : ce fut pour Dourdan le moment d'une grande et légitime inquiétude. Che^ lieu d'élection^ désigné comme tel à devenir chef-lieu de district, Dour^ dan se voyait trompé dans son espérance et sacrifié à des intérêts rivaux^ Un mémoire éloquent et énergique en faveur de la ville menacée fut présenté à TAssemblée et nous en extrayons ce qui suit :

a La ville de Dourdan et soixante paroisses qui l'avoisinent'vienqen,t offrir à l'Assamblée Nationale Tbommage de leur soumission et le tableau des malheurs qui les menacent... C'étoit à Chartres que Tancien ordre de choses sembloit devoir les rattacher^ et, dans le département de Chartres, Dourdan devoit avoir, par nécessité autant que par convenance, un district et un tribunal de justice. Il en a été arraché pour être jeté dans le département que des convenances, non pas de situation^ non pas de conv merce^ mais de malheur et de calamité, ont destiné à Versailles. .... » ,

Dans ce déplacement, Dourdan conservait Tespérance d'avoir son district et sa justice. Mais Rambouillet, un simple bourg à 4 lieues de Dourdan^ séparé de lui par des bois, des vallées et des déserts, prétend avoir un district et le vœu du roi le favorise. Or^ que Ton rattache Dourdan fi Rambouillet avec lec^nel il n'a aucun lien de commerce ni d'intérêts, ou qu'on le rattache à Etampes, il est également détruit, a Sanâ doute^ 1'^néantissement d'une ville, la dépopulation de son territoire ne seront rien pour ces politiques géomètres qui ne voyent dans un royaume qu^ des lignes et des surfaces^ qui^ avec un quart de cercle inexorable, distribuent la misère et les prospérités. . . Un seul moyen peut tout sauver : que Rambouillet ait son district et que Dourdan ait le sien. Ce district cotiservera les paroisses qui lui étoient attachées par leurs habitudes et par leurs intérêts, et une. population de plus de trente mille citoyens, qui payent plus de 400,000 livres de contributions directes, une manufacture précieuse et qui doit le devenir davantage, ne seront pas sacrifiées! (i) »

Dourdan obtient son district avec un directoire chargé de l'administrer. La municipalité s'oTganist pendant l'automne de 1790. M, Roger ^ un instant tnaire^ cède sa place à M. Peschard qui figure sous ce titre

i , Mémoire pour Dourdan et 60 paroisses qui Penvironnent '^ taM nom ni date. Bibliothèque Impériale. LK^ 2529. '

dès le mois d'août. En octobre, « le conseil général delà commune » assemblé à a rhôtel-de-villc, n sous la présidence du maire, prend Tadministration de T Hôtel-Dieu. Le sieur Geoffroy siège comme c procureur de la commune.» Les anciens services désorganisés se reconstituent sous une autre forme. Tout se fait encore au nom du roi uni à celui de la nation; mais^ d'heure en heure, le prestige royal s'amoindrit et s'éteint (i).

Après la Constituante, nommé administrateur du département de Seine-et-Oise, Lebrun en présida le directoire. C'était une préfecture, et dans les plus difficiles circonstances. Le mouvement révolutionnaire gagnait de semaine en semaine. La disette de grains provoquait dans notre contrée les plus graves désordres. Le maire d'Étampes^ M. Simonneau, victime de son dévouement à la loi, était assassiné sur la place publique. Tous les marchés voisins, celui de Dourdan en particulier, étaient en proie au trouble et à l'inquiétude. 11 fallut recourir à des mesures sévères, que Lebrun réclama en termes énergiques à la barre de l'Assemblée Législative. Des troupes furent appelées et Tordre bit maintenu.

L'orage qui renversait le trône entraînait ceux qui cherchaient à le soutenir. Dénoncé au club de Versailles, suspecté par ses collègues euxmêmes, demeurant toutefois à son poste, Lebrun ne se démit de ses fonctions qu'après la journée du 10 août 1792. Il fut reçu à Dourdan avec une confiance sympathique. II avait rendu des services à la ville, y faisait travailler beaucoup d'ouvriers, et trouva encore dans Grillon quelques jours de sécurité. Les habitants de Dourdan étaient bons, larchitrésorier leur en a rendu bien souvent depuis le témoignage. Il y avait toutefois au milieu d'eux un certain nombre d'hommes exaltés. Tout en reprochant à Lebrun de ne pas être un patriote assez ardent, ils ne le regardaient nullement comme un ennemi, et, le prenant sous leur protection, ils le défendaient contre les dénonciations qui ne cessaient de venir de Versailles (2).

Les élections des députés à la Convention occupaient alors tous les esprits. Les assemblées primaires furent convoquées pour choisir des électeurs qui, eux-mêmes, devaient nommer les députés. Sous la direction de MM. £e/br^, maire, et Ronchon, procureur de la commune, Dourdan fit ses élections. Lebrun fut nommé. Il sentait tout le danger de ce mandat, mais c'était un service à rendre, il accepta. A peine arrivé à Saint-Germain, où se tenait le collège électoral du département, il fut

1 . Le sceau de la nouvelle municipalité de Dourdan, qu'on retrouve encore attaché à des pièces de 1792, offre les armes de la ville unies à celles du trône.

2. La Société populaire de Dourdan, qui avait sa commission des rapports, tenait ses se'ances dans la chapelle de THôtel-Dieu.M. Mcutié possède la planche qui servait à imprimeries billets d'entrée à ces séances*

dénoncé et le juge de paix du lieu lança contre lui un mandat d'amener. Prévenu à temps, il revint dans sa terre de Grillon. C'est là qu'il fut arraché à sa famille, le i*' septembre 1793, pour être conduit aux Récollets à Versailles. Sous le coup d*une visite domiciliaire, sa femme, sa bellemère brûlèrent tous ses papiers et Ton regrette une histoire comparée des finances et un commentaire sur VEsprit des lois dont les manuscrits furent anéantis ce jour-là.

Le citoyen Couturier, député à la Convention, chargé du département, vînt à Dourdan. Le maire, M. Lefort, convaincu devant lui de ne pas jouir « de la plénitude de la confiance des patriotes, » fut remplacé (7 octobre 1793) par M, Codechèvre. Crassous, un nouveau représentant, commença sa tournée par Dourdan, et remplaça à son tour le citoyen Codechèvre par le citoyen Guignard^ (27 pluviôse an II, i5 février 1794) (i). Les habitants de Dourdan, même les plus ardents, profitèrent de l'occasion pour parler en faveur de Lebrun. Crassous fut touché de la situation de sa famille et de l'intérêt que lui portaient ses concitoyens; il permit au prisonnier de rentrer dans ses foyers escorté d'un sans-culotte. Quatre ou cinq mois se passèrent ainsi, pour Lebrun, à suivre des travaux d'agriculture, à faire bâtir afin d'occuper les ouvriers dont la journée, payée en assignats, était bien modique.

Arrêté une seconde fois, Tinoffensif citoyen de Dourdan fut réintégré dans son cachot et ne dut la vie qu'au revirement du 9 thermidor qui rappela à la tête du directoire de Seine-et-Oise, et plus tard dans le conseil des Anciens.

Nous détournerons les yeux des scènes de désordre et de violence qui purent à Dourdan, comme partout ailleurs, attrister les bons citoyens et compromettre, dans des heures d'anarchie, la cause même de la liberté : pillage de l'église, dispersion des sœurs de la communauté, expulsion des religieuses de Louye [2)1,

1 . Lambert, agent national. — Délivré, Deghend, Thirouin, Gznéy officiers muni'cipaux,

2. L*abbaye de Louye où nous n*avon8 pas ramené nos lecteurs depuis le xvii* siècle, était devenue en effet, au xviiie, un couvent de femmes. L'ordre antique et vénérable de Grandmont était peu à peu tombé en décadence. Par suite du désaccord qui régnait entre les frères de l'ancienne observance et ceux de la réforme, et surtout sous rinfluence des évéques qui voyaient avec peine subsister cet ordre en dehors de leur juridiction, la mense prieurale de Louye avait été réunie à celle de Thiers en Auvergne par bulle du pape du 6 juillet lySi. La mense conventuelle avait été éteinte à son tour en 1770. Les religieux, libres de s'incorporer àd*autres congrégations régulières, s'étaient dispersés avec promesse d'une pension viagère, et la maison, abandonnée à Tévéque de Chartres, avait vu ses biens divisés entre l'hospice de Dourdan, le petit séminaire de Chartres et l'abbaye de Bénédictines de Saint-Rémi des Landes, Ces dernières, en 1774, avaient été transférées dans les bâtiments conventuels de l'ancien prieuré, entièrement restaurés, et avaient fait revivre le titre d'abbaye de Louye. Une grande dame des environs, femme assez tristement célèbre, la princesse de Rohan, y trouva quelque temps une retraite ou une prison. Deux vues de Louye,

Aussi bien, nous devons nous arrêter, car nous sommes au bout de notre histoire. Le dernier seigneur de Dourdan a péri avec l'ancietine royauté. La nation a mis la main sur l'apanage. Dourdan appartient désormais â la France et à ses nouvelles destinées.

brodées par elle sur de la soie, onl été conservées. Quand la révolution éclata, l'abbcasc, madame du Portai, se réfugia h Dourdan, dans une maigon devant la groiSt tout', avant de porter sa tête sur l'é.chafaud.

■ lEH que ij chronique d'une ville royale finisse tout nan turellement à l'heure oCi cesse l'ancien régime de la France, et que nous sentions tout ce qu'a de délicat I l'appréciation des personnes et des choses actuelles, nous croirions avoir quitté trop tât Dourdan et paraître ou- 1 blier son présent et sonavenir si nous ne résumions, dans quelques dernières pages, le siècle nouveau, dont les deux tiers appartiennent dés à présenta l'histoire ; dont la marche, les événements, les progrés ne sont qu'une suite de l'ancienne période, et dont beaucoup de Ëiits ont déjà la valeur de souvenirs.

Dourdan, au lendemain de la république, à l'aurore de l'empire, c'est-à-dire au moment décisif de sa vie moderne, eut le bonheur de n'avoir pas à chercher le représentant de ses intérêts et de ses besoins. L'homme qui avait naguère sa confiance mérita alors toutesa gratitude. Le consul Lebrun paya largement aux Dourdanaîs le mandat du député au liers-étal.

Triumvir, archî trésorier, collègue, puis ministre du maître, Lebrun, duc de Plaisance, demeura toujours lidèle à Dourdan et n'omit jamais une occasion de servir sa cause avec un dévouement et un empressement affectueuï. Réouverture de l'église dès 1798; — choix de l'intelligent et bon curé M. Roussineau qui pendant de si longues années administra Saint-Germain, et laissa un souvenir vénéré; — création de

deux justices de paix pour les deux sections nord et sud de Dourdan (arrêté du 25 octobre 1801); — restitution aux sœurs delà communauté de leur maison et d'une partie de leurs biens; — conservation à Dourdan du tribunal de commerce créé par la république, lors de la réorganisation générale de 1807; — amélioration des routes qui desservent la ville et de la ville elle-même; — élan donné à Tindustrie locale; — importation de manufactures nouvelles; ^— création de Ville-Lebrun et des fabriques de Grillon : le nom, l'initiative ou la protection de M. Lebrun se retrouvent partout.

Dourdan avait à la tête de son administration un homme laborieux, qui cherchait dans le travail de son cabinet et dans Texercice consciencieux des devoirs publics de sa charge, Toubli d'un passé troublé et des tristes irrésolutions de sa jeunesse (i). M. Dauvigny, après avoir administré la ville en qualité d'agent municipal et de maire provisoire, avait été définitivement nommé maire en 1800, et remplit cette fonction jusqu'en 1808. Il lui fut donné d'assister et de participer au mouvement de renaissance et de réorganisation qui répara à Dourdan, comme partout, bien des désordres, et de présider au fonctionnement de la nouvelle administration cantonale La ville lui doit plus d'une mesure d'embellissement ou d'utilité. Une belle avenue d'arbres, qui mène de la porte de Paris au Jeu de Paume, a conservé son nom et perpétue son souvenir.

M. Dauvigny eut l'honneur de recevoir à Dourdan le héros du siècle, Napoléon I", qui, lui aussi, parut uij jour dans nos murs pour qu'il ne manquât aucun nom à la liste des illustres hôtes d'une ville qui, à l'exception de Louis XIV, a vu passer presque toutes les figures historiques de la France. Le 24 août 1806, l'empereur, accompagné de l'impératrice Joséphine, venant de Rambouillet et se rendant à la chasse aux loups dans la plaine du Plessis-Authon, traversa deux fois Dourdan dans la même journée. Les enfants d'alors se rappellent aujourd'hui les brillants équipages de la chasse impériale, les fanfares des trompes, les quatre loups pendant aux selles des piqueurs, les troupes de l'escorte et surtout le fameux mameluck galopant en avant de l'empereur (2). Le maire, en offrant les hommages des habitants, n'oublia pas leurs besoins. L'empereur laissa une somme de 6,000 francs, moitié pour l'hospice,

1. M. Dauvigny avait appartenu à l'ancieil clergé. Instruit et aimant Tétudc, il laissa une quantité innombrable de manuscrits de toutes sortes, compilations, analyses d*ouvrages, etc. Il avait rédigé plusieurs petits cahiers qui devaient composer une Nouvelle histoire de Dourdan. Ces notes ont été dispersées et détruites; à en juger par quelques feuillets conservés, ce travail n*avait peut-être qu'une médiocre valeur critique.

2. Deux tombes pareilles, d'une forme à demi-orientale, s'élèvent dans un coin du cimetière de Dourdan. Sur une d'elles on lit les noms de Houstam Ha:^a, né à Tiflis (Géorgie). — Cest là que repose le célèbre mameluck qui est venu se retirer et mourir à Dourdan, enterré près de sa femme, Mlle Douville, dont la famille habitait le pa>'s.

moitié pour les réparations de l'église. La reconnaissance des Dourdanais pensa quelques instants se traduire par un monument commémoratif de ce passage, mais le projet demeura sans exécution (i). — C'est vers cette époque que le mouvement industriel dû à l'initiative de M. Lebrun atteignit son apogée.

De 1808 à 181 3, maire une première fois, M. Démets, avocat, enfant de Dourdan, fut témoin des brillantes années de Tempire, des journées de réjouissances et de victoire, mais aussi des hécatombes sanglantes et des dures levées d'hommes qui coûtèrent à Dourdan plus d'un sacrifice.

Un ancien nom, au service du pouvoir nouveau, fit revivre pour Dourdan les souvenirs du siècle passé. Le marquis de la Brousse de Verteillac, officier de la Légion d'honneur, chambellan de l'empereur, fut nommé maire en 1 8 1 3. La mémoire de sa famille était toute vivante encore. Le Parterre, qu'il avait dû vendre par actions en 1809, était toujours sa demeure. Dourdan, durant de tristes jours, lui dut peut-être son salut. En effet, le territoire était envahi deux fois en quinze mois par l'étranger. Plus d'un demi-siècle a passé sur ce souvenir et n'a pas suffi pour l'effacer. Paris avait capitulé le 3 1 mars 18 14. Le 2 avril, à la chute du jour, trois hussards prussiens traversèrent Dourdan au galop, de la porte de Paris à la porte de Chartres. Une impression de douloureuse terreur s'empara des habitants, et plus d'un homme mûr d'aujourd'hui se souvient d'avoir vu son père enfouir alors, dans quelque coin de la cave ou du jardin, l'argent de la famille. Le lendemain soir, dimanche 3 avril, une troupe de Cosaques parut à son tour. Des tentes se dressèrent autour de la ville et l'on vit successivement quatre à cinq cents Russes de la garde impériale campés près de Saint-Laurent ; l'artillerie prussienne stationnant avec ses pièces au Jeu de Paume, des bivouacs organisés en face du Parterre, sur la route et sur la plaine de Liphard ; six mille cavaliers anglais passant à la fin de juin, et la cavalerie russe défilant au son d'une musique sauvage. On jugera de la fermeté et de la prudence que dut déployer l'autorité locale, quand on saura que, durant tout ce temps, la ville était pleine de soldats français logés dans toutes les maisons et dont la moindre susceptibilité eût pu amener une collision terrible.

Partie d'Orléans pour se rendre à Rambouillet et de là en exil, l'impératrice Marie^Louise, accompagnée du roi de Rome, traversa Dourdan* Son équipage, entouré de cinquante cosaques couverts de haillons^ s'arrêta sur la place devant le château et à la poste aux chevaux, rue de Chartres. La foule se pressa^ respectueuse et émue, autour de la voiture. Le roi de Rome, debout à la portière, embrassa quelques enfants de son

I . Il était question d'élever une pyramide sur la place du marché. La dépense était estimée 3, 000 fr. Un modèle en charpente demeura longtemps sur la place, et un commencement de souscription monta à SçS fr. 16 c. — Archives de la mairie.

âge présentés par leurs mères^ et apercevant dans l'assistance un dragon impérial s'écria vivement : « Oh ! maman^ un soldat de papa ! > Des larmes mouillèrent les yeux de Marie- Louise et le triste cortège repartit au grand trot.

Dourdan retrouvait en quelque sorte, avec l'ancienne dynastie, ses anciens maîtres. Le 9 octobre 18 14, MM. de Verteillac, Boivin, Dauvîgny et Roussineau présentaient^ aux Tuileries, au roi Louis XVI IK les hommages de la ville de Dourdan, et se rendaient le même jour au Palais-Royal, chez le duc d^Orléans^ dansTapanage duquel la forêt de Dourdan rentrait dès le- 21 octobre.

Uannée suivante reparut l'étranger. Cette fois on avait tout à redouter de sa présence. M. de Verteillac, colonel de la garde nationale de Seineet-Oise, sut encore par son influence et sa ferme attitude prévenir tout excès de l'ennemi et tout conflit avec la population. La ville de Dourdan n'eut réellement pas à souffrir^ comme elle pouvait le craindre, de cette dangereuse invasion. Elle en a gardé un reconnaissant souvenir à son maire d*alors, Taimable marquis, ancien militaire aux allures de vrai gentilhomme, aussi peu ménager de sa fortune que de ses bons offices.

Secondé dans son administration par MM.Thirouin et Genêt, adjoints, il conserva la mairie jusqu'en 18 17, et fut remplacé par M. Detnet^^ élu pour la seconde fois. C'est grâce à l'initiative de MM. Demetz, Lebrun et Boivin , que la souscription ouverte pour Tachât du Parterre par les habitants avait été couverte. M, Demetz s'était engagé par avance à garder pour son compte deux fois le nombre des actions prises par le plus fort souscripteur. Préoccupé du projet de retrait de la maison de détention à laquelle la ville paraissait tenir, il flt faire à ses frais un plan général de réorganisation des bâtiments^ mais ne put réussir à le faire accepter de l'administration supérieure. M. Demetz a eu le bonheur de laisser, pour perpétuer son nom, un fils que Dourdan revendique comme un de ses plus chers citoyens. La France entière connaît le vénérable magistrat qui a fondé l'admirable colonie pénitentiaire de Mettray; la^ville de Dourdan aime à posséder, trop rarement, hélas! dans ses murs, l'homme infatigable et dévoué toujours Adèle à l'amour du toit paternel et du pays natal^ dont il représente depuis de si longues années un des cantons au conseil général de Seine-et-Oise.

M. Moulin, baron de Menainuille, fut maire de Dourdan de septembre 1821 à février 1826. Des réparations importantes à l'église et au presbytère datent de son passage. Un souvenir précieux aux Dourdanais se rattache à son administration : Tinstitution de la Rosière.

Un homme généreux^ né à Dourdan^ M. Michel^ doyen des avoués de la Cour d'appel de Paris, eut l'heureuse et féconde pensée de laisser un legs de douze mille francs, dont l'intérêt permettrait d'offrir, chaque année, une dot de six cents francs à la jeune flUe de Dourdan réputée la plus vertueuse, «cdans la vue de ramener la jeunesse à de bonnes moeurs,

a à la saîne morale et aux pratiques de la religion chrétienne. » Le premier couronnement d'une rosière eut lieu en juin 1823. Une jeune ouvrière de la filature de Grillon, mademoiselle Cocheteau^ recueillit tous les suffrages. Solennellement conduite, en grand cortège^ le dimanche de la Trinité, elle fut reçue au Parterre par le sous-préfet et les autorités de la ville. Le maire^ après un discours, la mena en procession à Téglise. Une foule immense se pressait au dedans et au dehors; deux cents jeunes filles en blanc escortaient leur compagne. En face la chaire, où un ser* mon fut prêché, une estrade était dressée pour madame la baronne Auguste Lebrun. C'est elle qui déposa sur la tête de la rosière la couronne de roses blanches bénite à TauteL Vis-à-vis^ le vieux duc de Plaisance, octogénaire, assis, aimable et souriant, près d'une charmante quêteuse, mademoiselle Guenée-Guerrier, donnait, avant de mourir, à la population de Dourdan, le dernier témoignage d'une fidèle sympathie. L'après-midi, deux cents ouvriers de la filature, avec musique et bannières, vinrent offrir à la rosière une chaîne d'or ; des jeux, des illuminations, des bals au Parterre retinrent la foule jusqu'à la nuit.

Tel est encore aujourd'hui le programme de la fête qui, chaque année, le dimanche de la Trinité, attire à Dourdan un grand concours. C'est maintenant la première des fêtes de Dourdan, et, depuis bientôt un demi-siècle, modestes et sages rosières, riches et nobles couronnantes, joyeux et brillants cortèges n'ont jamais manqué à cet anniversaire de la vertu. La mémoire de M. Michel est en grand honneur à Dourdan, et quand on sait la salutaire émulation des futures rosières et les mérites persévérants des rosières passées, on ne peut s'empêcher de bénir l'homme dont une bonne pensée encourage tant de bonnes actions (i).

Le 26 février 1826, M. Denis-Aubin Boivin, qui avait puisé dans le notariat une connaissance approfondie des affaires, et dont l'expérience et l'éminent bon sens avaient déjà rendu à Dourdan plus d'un service, fut installé comme maire, et depuis, plusieurs fois réélu. Conseil et ami du duc de Plaisance, il fut honoré de la. part de ses concitoyens d*une confiance qui fit sa force dans les années difficiles qu'A dut traverser. La révolution de i83o, avec les malaises et les agitations qui en furent les symptômes et les conséquences, l'invasion du terrible choléra de i832, qui fit à Dourdan un grand nombre de victimes et eût pu faire des séditieux, s'opérèrent sans fâcheuse secousse. A cette période se rattachent : la délimitation des territoires de Dourdan et de Saint- Arnoult, — l'annexion de la forêt au territoire de la commune de Dourdan, — la reconstruction complète de la halle (i836) (2).

1. On trouvera a la fin de ce livre la liste des quarante-sept rosières qui se sont déjà succédé à Dourdan. Nous avons voulu leur rendre cet hommage et conserver des noms modestes mais estimés de tous, qui sont aujourd'hui, pour la plupart, ceux de vertueuses filles ou de dignes mères de famille.— Pièce justificative XXIV,

2. La nouvelle halle de Dourdan fut adjugée pour 27,963 fr. à M. Pommier, entre-

M. Emile Boivin remplaça son père le 9 juillet 1843. Il avait appris à bonne école la science administrative, et son passage fut tout d*abord signalé par une grande impulsion donnée à l'instruction primaire, à la vicinalité, à la police urbaine. La révolution de 1848, précédée de la disette de 1847, ^^^^ ^ ^^ traverse, mais le bon esprit de la population sut prévenir et empêcher tout sérieux désordre.

M. le docteur Diard^ médecin de la ville et adjoint, fut élu maire au mois de novembre, et pendant dix-sept ans a mené de front cette lourde tâche avec les devoirs de son art. Sous son administration, la ville de Dourdan a été tenue constamment au courant de tous les progrès utiles : réédification des clochers de Téglise , — construction d'une école de garçons, — addition d'une aile aux bâtiments de Thospice (avril i853), — acquisition et réunion au domaine communal de la belle et précieuse propriété du Parterre, — édification d'une prison municipale, — création d'une société de secours mutuels et de prévoyance {2 mars i85i\ et d'une caisse de retraite pour les vieillards, — établissement d'une caisse d'épargne (décret du 27 nov. iBSg). Nous ne faisons qu'indiquer en passant ces différents résultats d'un développement matériel et moral. La confection et l'ouverture du chemin de fer de Paris à Tours, par Vendôme (automne i865), avec station à Dourdan, ne sauraient être oubliées , car c'est là un de ces faits à portée immense qui eussent tant étonné nos pères et qui modifient profondément toutes les relations économiques de la contrée.

Par décret du 2 3 septembre 186 5, M. Emile Boivin a repris une seconde fois la charge de la mairie. Représentant d'un des cantons de Dourdan, depuis près de quarante années, au conseil général de Seineet-Oise, qui lui a confié à chaque session la délicate et laborieuse rédaction du budget, ce n'est pas seulement à la ville de Dourdan, c'est au département tout entier que l'habile administrateur a dévoué son infatigable activité. Jaloux de là fortune, du bien-être et de l'honneur de sa ville natale, il voudrait la voir à la fois s'enrichir de toutes les ressources et de tous les progrès. Dourdan, disons-le, paraît devoir rapidement marcher dans la carrière qui lui est ouverte. Un conseil municipal, intelligent et uni, ne néglige et ne diffère aucune bonne mesure. Depuis peu de temps, il a été beaucoup fait : développement de l'instruction primaire, classes d'adultes, études et exécutions instrumentales et chorales, — amélioration de la voirie urbaine et progrès de la petite vicinalité, — fixation des plans d'alignement des rues de la ville. — création d'un octroi municipal sur les boissons (i), — construction d'une spacieuse caserne de gendarmerie, — établissement d'une usine

preneur, et exécutée sur les plans de M. Vanclemputte. La première pierre fut posée par M. Boivin, le 3i mars i836.

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