‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 28 sur 191 · Voir le chap* consacré à THôtel-Dieu · texte numérisé non relu

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PERSONNES ET BIENS d'ÉÔLISE A DOURDAN AU XIII* SIÈCLE. 3^

a été trouvé dans le jardin d'une maison du faubourg d'Étampes, non loin du quartier qui portait jadis le nom de Saint-Ladre, et s'appelle encore aujourd'hui le Madré, Ce sceau, en cuivre, de forme ovale, trèsbien conservé et fournissant des empreintes très-nettes,a seulement perdu Tanneau qui servait à le suspendre. IlmesureSSmillim. delongsur33 de large. Dans le champ est gravé un agneau avec un drapel en pal. Autour se lit, en beaux caractères du xiii* siècle, la légende suivante : s"« prioris SCI. LAVRENcii. AD. CAS. (causos). Ce sceau aux causes était destiné à être apposé sur les actes judiciaires émanés du prieur (i).

A quelques centaines de mètres de Saint-Laurent, s'élève le coteau des Jalots, d'oii la vue embrasse tout le panorama de Dourdan et de la vallée, et dont les pentes sablonneuses, garnies de bois médiocres, se couvraient sur plusieurs points, au xiiie siècle, de vignes étagées. C'est un des lieux les plus élevés du territoire de Dourdan, et, par sa situation, sa solitude, parfaitement convenable pour un monastère. Aussi, les religieux de Saint-Augustin de l'abbaye de Claire-Fontaine^ dans la forêt Yveline, fondés ou tout au moins confirmés en 1 164 par l'évêque Robert, et enrichis du privilège de mainmorte par Philippe- Auguste, en 1207, avaient établi aux Jalots une sorte de colonie rurale qui exploitait les anciens champs de Biaurepére (Beaurepaire), cachés dans un repli solitaire de la vallée, au pied du coteau, non loin de Roinville, et défrichait des terres couvertes de bois pour les rendre à la culture. La maison, comme les terres, était sur la paroisse Saint-Germain, et c'est encore une question de dîmes et de droit paroissial qui mettra les religieux des Jalots en concurrence avec les chanoines de Saint-Germain.

Le prieuré de Louye, bien qu'un peu plus éloigné de Dourdan, lui appartient réellement. Il formait, au xiii* siècle, le centre religieux le plus intéressant peut-être de son territoire. Il servait de retraite aux austères bonS'kommeSy qui suivaient dans toute sa pureté primitive la règle sévère de leur fondateur (2). L'inventaire des biens de Louye, dressé en 1696, ne rapporte aucun titre qui puisse faire supposer que, pendant les xii* et xiii« siècles, cette maison ait eu d'autres possessions que l'enclos donné par Louis le Jeune et les rentes en grains et en argent concédées sur les Templiers de Paris par la reine Alix. Les reli-

I. On pourra Toir ce sceau dans la collection de la ville de Dourdan. U vient d'être offert par M. Desjardins, qui Tavait trouvé dans le terrain de la maison qu'occupe aujourd'hui, au faubourg d'Étampes, M. Constant Clément.

a. Tellement sévère, qu'elle fut modérée en 1247 par le pape Innocent IV, et par Clément V en iSog. Lors de la réformation de Tordre, en i3 17, la maison de Louye, dont le supérieur portait le nom de correcteur ou maître, fut érigée en prieuré-chef, et se vit annexer les monastères de Bois-Saint-Martin et des Moulineaux, au diocèse de Chartres, et celui de la Coudre ou de Sainte-Radegonde, au diocèse de Sens. — Voir Recueil de chartes et pièces relatives au prieuré de Notre-Dame des MouHneaux publié par M. A. Moutié. — Inventaire de 1696 et journal de àoin K\coà, Archives départ, d Eure-et-Loir, — Hermant, Hist, des ordres religieux.

gieux, d'abord nombreux, y avaient été réduits, et, dans un chapitre général de l'ordre tenu à Grandmont en 1295, Louye n'est destiné que pour sept religieux seulement, et sa pension annuelle à la maison-mère fixée à 20 livres,

Les fossés d'enceinte, qui appartenaient au monastère, renfermaient un terrain d'une contenance totale de 453 arpents environ, dont 346 en bois et 96 arpents, 72 perches en terres labourables, trop ombragées par la haute futaie et ravagées par le gibier. Cette clôture extérieure ou grande clôture renfermait une enceinte intérieure ou petite clôture. Dans cette dernière se trouvaient Téglise. les bâtiments claustraux et réguliers, le jardin et les dépendances servant au couvent et à l'exploitation. Ce double enclos s'appelait aussi franchisCy parce qu'il jouissait des nombreux et beaux privilèges accordés à l'ordre de Grandmont par lesroiset les souverains pontifes : exemption de la juridiction épiscopale et ordinaire du diocèse; permission aux religieux de sonner les cloches et d'officier même en temps d'interdit général et d'exercer les fonctions curiales à l'égard de leurs domestiques et commensaux; exemption de toute dîme, pour tout ce qui se recueillait dans Tenclos , de toute mouvance, cens^ servitudes, tailles, logement de gens de guerre, etc.; droit de haute, moyenne et basse justice dans l'étendue de l'enclos (i).

Dans les siècles suivants, tour à tour favorisé par les seigneurs de Dourdan, ou ravagé par la guerre, le prieuré de Louye acquit et perdit successivement des biens assez considérables et des rentes nombreuses sur le territoire de Dourdan et sur les territoires voisins. La perception d'une partie des dîmes de la paroisse Saint-Germain, en lui imposant quelques charges, forma aussi une des principales sources du revenu du couvent. Dès le xiii* siècle, c^est une matière à litige et l'occasion d'un long procès avec les chanoines de Saint-Chéron.

Nous devons mentionner enfin, bien qu'elles n'aient jamais été présentesà Dourdan que par leurs procureurs, les dames de YUmilité-Notre- Dame, ou dames de Lonchamp, qui, par la cession de Jean Bourguignel, jouissaient du champart seigneurial à Dourdan et aux Granges. Elles ne tardèrent pas à y ajouter, par diverses acquisitions, une foule d'autres droits, qui leur constituèrent, à une certaine époque, une censive trèsimportante sur laquelle nous aurons occasion de revenir (2).

1. Pour justification de tous ces droits et privilèges, le prieuré de Louye conservait dans fcs archives un manuscrit ancien, écrit en caractères gothiques, et aujourd'hui perdu, contenant cent rôles de parchemin, où étaient les bulles, règles et privilèges concédés à l'ordre.

2. Le rôle des cens dus à l'abbaye pour Tan 1340, conservé aux archives d'Orléans, sur un parchemin à demi-elfacé, de 0,90 centim. de long, contient des noms de personnes et de lieux intéressants pour l'histoire locale de cette époque. Nous en donnons ici un échantillon sous forme d'extrait, d'après une fidèle copie faite pour nous par l'aimable et savant archiviste du Loiret, M. Maupré :

€ La famé feu Oilcl Mahi, pour sa terre de l'Estanc, 3 deniers; item, pour sa mcson des Vergiers, 5 sols.

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Voilà, en abrégé^ quels étaient au xiii* siècle les principaux établissements religieux de Dourdan^ et les personnages importants qui, à titre de propriété ou d*aumône, possédaient sur le territoire une partie du sol ou de ses produits. Un certain nombre de pièces du temps^ qui ont échappé à la destruction, révèlent d'une manière intéressante les droits, les prétentions, les relations de ces divers personnages. Nous en donnerons ici l'analyse, en renvoyant, pour quelques-uns des textes les plus intéressants, aux pièces justificatives (i).

En avril 1209, sous le règne de Philippe-Auguste, se clôt entre les

« Agnès la Bernine, pour sa vtngne des Ourmeteaux, 9 deniers. « Guillaumin Cornille, pour sa vingne dessus l'Estanc, 5 deniers. *c Perrotle Roy, pburlameson qui fxi à la Cornillele, i denier. « Item, pour la meson qui fu Sirou, 3 deniers. « Colin Gautier, pour la terre qui fu Tirboilleau, 2 deniers, obole. « La feme feu Thomas le Prince, pour sa meson des Bordes, 6 sols.

< Houdon la Girarde, pour sa terre de Vau Roullet, 12 deniers.

« Robin du Pont, pour seshaires delà Sauçoye (la Saussaye), 22 deniers, ob.

« Gautier Renier, pour sa terre de Longue Raye, 9 deniers, ob.

« Item, pour sa terre de Saint-Ladre, 6 deniers.

« Micheau Guillart, charon, pour sayre (sa haire) de la Sauçoye, 6 deniers.

ff L'Oustel-Dieu, pour sayrcdela Sauçoye et pour sa noue, 14 deniers.

« Item, pour sa vingne des Baleiz, 5 deniers, ob.

« Guiot.le Chandelier, pour saire (5' ou sa aire) de la Sauçoye, i denier.

« Nolet Caperon, pour sa meson des Vergiers, 20 deniers.

« Jehan Taudin, pour ses ayres de la Sauçoye, 2 deniers.

< Jehan le Texier, pour ses courtiz de PEstanc, 4 sols 8 deniers, etc., etc.

« Ce sont les cens ad dames de Lonc Champ, receus ad Granges le Roy, le jour de Sainct Rémi, qui furent jadis ad dames de Breban, l'an de grâce mil CCC XLIIII.

c Noulin Cheron, pour demi quartier de vingne en Mont-Gilebert, tenant à la femme feu Jehannot le Preste, 5 deniers, poitevine.

c Jeh'annin Quinefaut, pour quartier et demi de vingnes en Mont-Gilebert, tenant à Thenot Baril, 3 deniers.

« Jehannin Vivien, pour quartier et demi de vingnes en Mont-Gilebert, tenant à Thenot Lermite, 4 deniers, obole.

« Jehannot Vivien poie p. (par) achange.

« Thenot Lermite, pour demi quartier de vingnes en Mont-Gilebert, tenant à Symart Orry, 3 oboles.

« Les en^nts Jehan Chelaut, pour un quartier de vingnes en Mont-Gilebert, tenant à Thenot Ourry, 3 deniers»

4 Item, pour demi quartier de vingnes en isse lieu {in hocce loco), tenant à Thenot Lermite, 3 oboles.

« La famé feu Gilot Guinebert, pour trois quartiers de vingnes en Mont-Gilebert, tenant ad enfans Robin de la Croix, 6 deniers, obole.

€ Johannin Provost, pour un quartier de vingnes en Mont-Gilebert, tenant à Colin de Loye, 2 deniers, obole. »

Ce qui précède représente 1 1 lignes d*un rôle de 77 centim. de long, écrit des deux côtés, sur parchemin, et comportant i5o lignes environ, du même intérêt. (A. 1387.)

I. Ces pièces, toutes inédites et originales, sont tirées des Archives dEure-et' Loir ^ fonds de V abbaye de Saint-Chéron. — M. A. Moutiéen a fait, avec une scrupuleuse exactitude, des copies qu'il a bien voulu nous communiquer.

40 CHAPITRE lY»

bourgeois de Dourdan — burgentes de Dordano — et le chapitre de Saint-Chéron un long différend au sujet de la dîme de toutes les vignes situées c dans la paroisse Saint-Germain, » qui n^avait point encore été payée et que les chanoines réclamaient d'après leur droit paroissial L'affaire avait été longtemps débattue, — causa diutius agitata; — enfin, grâce à la médiation de gens de bien, une composition et paix à l'amiable se fait par-devant trois chanoines de Chartres, juges délégués à cet effet, et les parties signent l'obligation [cyrographum) suivante : les bourgeois de Dourdan et leurs héritiers rendront annuellement, au temps de la vendange, à la réquisition des chanoines, par chaque arpent de vigne, quatre setters de vin de cuve, pressé au pied (pede pressi), à la mesure actuelle du pays, sans augmentation ou diminution,suivant la récolte. Les vignes ne rendront rien avant la cinquième année de leur plantation. Si les chanoines se défient de la probité des détenteurs, ils pourront exiger le serment une fois et devront s'en contenter (i).

En 12 17, par-devant deux chanoines dç Paris, juges délégués par le pape, est signée, à la demande des parties, une transaction entre Tabbé de Saint-Chéron et le curé des Granges, « au sujet des dîmes des vignes a et menues dîmes possédées à Dourdan par ce dernier. » Le procureur de Saint-Chéron revendique pour le couvent ces dîmes au nom du droit paroissial, et le curé des Granges, Barthélemi Jorri, après preuve et délibération, se décide à reconnaître qu'il rendra chaque année de bonne foi au couvent la dîme des vignes. Quant aux menues dîmes, tant qu'il vivra, il les recueillera au nom du monastère et, en reconnaissance, il devra, au jour de la collecte des dîmes, 2 deniers. Après son décès, les dîmes reviendront intégralement au monastère.

En mars 121 3, une donation de Tévéque de Chartres, Renaud, aux frères de Louye devient l'origine d'un interminable procès entre Saint- Chéron et Louye. Renaud, ayant acheté « quelques dîmes menues et grosses sur les paroisses de Dourdan et des Granges » de Robert de Guillerville {de Willervilla)^ avec l'assentiment et mainlevée des personnages dont relevaient les terres, entre autres Hugues de Marchais {de Marchesio), les donne en pure et perpétuelle aumône aux frères de Louye (2).

Malheureusement, Tévéque mal informé donnait ce qui appartenait à un autre : le vendeur, Robert de Guillerville, détenait injustement lesdites dîmes au préjudice des chanoines de Saint-Chéron, et ceux-ci s'étaient empressés de former opposition. En conséquence, délégation de Tabbé de Saint-Victor et du prieur de Sainte-Geneviève de Paris, — premier décret du doyen de Rochefort donnant raison à Saint-Chéron et demeuré sans exâ:ution. — Au bout d'un an, second décret du

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