Palma Cayet. — CoUect. Michaut, p
2. Voir, pour tous les détails de ce siège mémorable, le très* intéressant chapitre que lui a consacré M. de Lépinois dans son excellente Histoire de Chartres (ch. xxi. t. II).
3. État des dépenses faites pendant le siège et compte de Michel Bachelier. {Arch. de la mairie de Chartres,)
dans la ville vaincue; nouvelle bientôt suivie de cet autre message significatif et terrible : la marche des troupes du roi sur Auneau.
Comme dans nos grandes plaines de Beauce, on voit les laboureurs suivre du regard et prévoir presque à heure fixe l'orage qui monte à rhorizon et vient sur eux de clocher en clocher ; ainsi Dourdan voyait arriver son tour et pouvait, d'étape en étape^ calculer l'heure fatale de la lutte. Le calcul était effrayant parce que le résultat était trop sûr; disons tout de suite qu*il ne découragea pas Dourdan.
Le mois d'avril finissait : le capitaine Jacques était rentré dans Dourdan avec toutes ses troupes et sa fière attitude avait décidé la garnison à soutenir un siège à outrance contre l'armée du roi. La ville ne pouvait tenir longtemps, les forces furent concentrées dans le château. On y prépara tout, à la hâte^ pour la défense; les provisions furent entassées dans les magasins et les munitions dans les casemates^ le donjon et les tours garnis d'artillerie. Le sol de la place, devant le château, exhaussé autrefois par un grand apport de terre pour servir de jardin, dominait et commandait le rez-de-chaussée de la forteresse. On fit des prodiges de terrassement; la terre servit pour les gabions et les travaux de défense, et T ancien solage de la place fut retrouvé. Une chose préoccupait le capitaine Jacques, c'était la proximité de l'église qui touche presque au château et dont les clochers, dominant les fossés, les murailles et l'enceinte, pouvaient, entre les mains des assiégeants^ devenir un ouvrage avancé contre les assiégés. L'enragé ligueur n'hésita pas ; il fit rompre une partie des voûtes de la nef, frotter de poix et de résine toute la charpenterie du vaisseau et des clochers et entasser dans les combles de la paille et autres matières inflammables, pour y mettre le feu quand l'ennemi approcherait. Cela fait^ il attendit. Il y a tout lieu de penser qu'un grand nombre d'habitants, impropres au service de la place, durent se retirer alors de la ville et abandonner leurs maisons.
Henri IV avait quitté Chartres le 22 avril pour se porter sur Château- Thierry' assiégé par le duc de Mayenne; mais il avait laissé son armée au maréchal de Biron pour reprendre Auneau et Dourdan qui s'élevaient comfne deux obstacles entre Chartres et Paris (i). A cette prise on attachait une grande importance^ car ces deux forts étaient les deux clefs de la Beauce oti Paris se ravitaillait, et de toutes parts on répétait « qu'il « ne falloit plus qu'o^^^r la pierre au laict à ceulxde Paris pour les ranger à leur devoir par force, s'ils n'y vouloient entendre d'a- < mitié (2). 9
L^ennemi sortait d'Auneau que ChoUard venait de rendre sans combat au nom de son maître, Ange de Joyeuse. Il débouchadans la vallée
I. Lettre de Henri tV au duc de Nivernais, 29 avril iSgi. — Documents inédits de r histoire de France, Lettres missives de Henri IV, t. III.
a. Mémoires d^État de ViHeroy, — CoUect. Michaut, ir« série, Xl« vol , p. i5i .
de Dourdan du côté du couchant, et remontant vers le nord , prit position sur les pentes qui regardent le midi et dominent la ville. Le maréchal de Bîron, s'appuyant à la forêt, fit camper ses troupes dans un repli de terrain formant un vallonnement entre la lisière des bois et la route qui descend de la butte de Semonds, au lieu qui porte encore aujourd'hui le nom de Val Viron. Il y eut aussi sans doute un bivouac de troupes royales dans un champtier qu'on rencontre vers Test, en descendant le cours de l'Orge et qui s'appelle encore le Champtier de Navarre.
Quand le maréchal de Biron^ pénétrant dans la vallée, put apercevoir la ville de Dourdan serrée en amphithéâtre au pied de son haut donjon et de sa grande église^ il dut comprendre qu'il n'y avait pas à espéror d'entrer sans coup férir, comme à Auneau : car déjà des toits de l'église s'élevait un tourbillon de feu et les deux clochers flambaient comme deux torches au-dessus de la ville. « En effet, dit de Lescomay^ le capi- « taine Jacques ne veit pas plus tôt les avant-coureurs , qu'il feit c porter le feu, lequel embrasa en un instant le plus bel édifice qui se « veistà bien loin delà(i). »
C'est dire la résistance longue et désespérée que le brave commandant déploya contre les efforts combinés de T artillerie royale, contre les assauts répétés d'une milice disciplinée et dressée par toutes les manœuvres du siège de Chartres, contre les tentatives de la mine et de la sape^ trop faciles^ hélas ! dans ce terrain. Comme l'avait prévu le capitaine Jacques, les ennemis, maîtres de la ville, dressèrent leurs batteries sur la place du marché et cherchèrent à se faire une redoute du vaisseau de l'église. L'attaque du château se faisait pour ainsi dire à bout portant^ et la malheureuse ville, prise entre deux feux, souffrait autant de la riposte des assiégés que du feu des assaillants. La vieille halle, les murs de l'église, portaient encore, au bout de deux siècles et demi, engagés dans leurs façades, les projectiles que la garnison lançait contre les troupes du roi (2).
Le maréchal de Biron, avec le caractère hautain et présomptueux que lui donne l'histoire, et son habitude de regarder comme prises les villes qu'il attaquait (3), s'irritait fort d'une résistance qui dépassait toutes ses prévisions. Il correspondait de son camp avec le roi, et les grands politiques du temps venaient en personne s'entretenir avec lui des moyens de rétablir enfin la paix dans le royaume. Du Plessis-Momay,