‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 72 sur 191 · Archives du Loiret, A · texte numérisé non relu

Archives du Loiret, A

'2. Le duc d'Orléans, désirant établir d'une manière certaine ses droits domaniaux sur les Murs et Potelet, fit une requête à la cour des Comptes pour avoir des extraits des anciens titres du domaine, qui lui furent expédiés le 18 août 1679.

3* Sentence rendue par Lallemant de Lestrée, commissaire au terrier de 167Ô de l'apanage du duc d^Orléans. — Archives du Loiret, A* i38o.

l3o CHAPITRE XIII.

les droits et jouissance des tuileries, fours et poteries dépendant de Potelet, qui avaient alors une grande importance (i).

Aux terrains des Murs et de Potelet venaient s'ajouter les a étangs » et les « prés. » — Les trois étangs, le grand étang ou étang du Roi, situé entre Dourdan et Potelet, l'étang de Gaudrée, situé au levant de la ville, et celui de la Muette ou de la Meutte, à droite de la route des Granges, avant la montée^ appartenaient tous au domaine^ ainsi que le poisson qui en provenait.

L'étang du Roi d'abord, les deux autres par suite, furent desséchés et convertis en prés. On attribua aux brouillards qui s'élevaient de ces eaux dormantes des fièvres et des maladies auxquelles les riverains avaient été sujets, et le domaine qui trouvait de l'avantage à rendre cet emplacement à la culture^ en opéra volontiers le dessèchement. Ceci porta à 29 arpents environ les prés et pâturages dont il recueillait les fruits (2}. Il faut y joindre quelques petits marais et jardins^ quelques vignes et quelques pièces de terre aux abords des étangs (3).

Villages voisins. — 1« Le village des Granges-le-Roy. Cette ancienne dépendance^ cette sorte de grenier de Dourdan qui, à une époque reculée, donnait presque tous ses produits aux maîtres du domaine, avait gra* duellement échappé à leur censive par les acquisitions successives faites par la riche abbaye de Longchamp. Presque tout le domaine des Grangesle-Roy ^appartenait aux religieuses. Par la transaction et l'échange faits avec les ducs d'Orléans en ijSô, elles se désistèrent de la plus grande partie de leurs droits. C'est ainsi que la ferme des Granges fut louée, en 1778, au compte du domaine. Certains revenus n'avaient jamais cessé d'appartenir^ dans cette paroisse^ aux seigneurs de Dourdan^ et ils en conservèrent jusqu'au bout la jouissance : c'était d'abord la garenne des Granges, terrain planté de haies et de buissons entre les Granges et Dourdan. ---C'étaient aussi plusieurs cens et rentes dus par les manants et habitants des Granges et de la Forét-le-Roy, pour leur usage dans la forêt et autres redevances, entre autres les cens « Bourgongneux 9 dus à la Chandeleur par les hoirs de Jehan Bertrand. — C'étaient encore, si on avait voulu continuer à les réclamer, car l'article figure même dans le compte de 1646, oies gélines des Granges-le-Roy qui se lèvent et a paient par chacun an le jour de Noël ou le lendemain, quand le seigneur <c vient à Dourdan; et les pains et deniers que ledit seigneur prend par a chacun an audit lieu des Granges, le lendemain de Noël (4) ».

t. Archives du Loiret, A. i3j3.

2. Le grand étang, à lui seul, en contenait 14 ; Tétang de Gaudrée et celui de U Muette, chacun 3; les prés Trembleur et de Potelet, 3 arpents 1/2; celui deGriUoo, I arpent 1/2 ; celui de Roinville, 3, et le clos Sanguin, près de Sermaise, i arpent 1/4.

3. Une de ces pièces, près l'étang de Gaudrée, servait anciennement de pépinière. — Février i683, réunion au domaine de trois pièces de terre situées hors les murs, entre l'étang et le moulin du Roi, usurpées par le concierge du château.

4. Les gélines et les pains étaient destinés aux oiseaux et aux chiens de chasse.

LA SEIGNEURIE ET LES CENSIVES DE DOURDAN. l3l

2« A Roinville^ une maison, et au-dessous de Roinville, quatre arpents de terre au moulin de la Mercerie, devaient des rentes d'avoine, et au domaine appartenait la ferme de la mairie de la justice et seigneurie de Beauvais, près Roinville.

3* A Sainte-Mesme, le seigneur, pour certains cens, les habitants, pour leur usage dans la forêt, avaient aussi quelques droits à payer.

4* Corbreuse devait des avoines pour semblable usage dans la foret, et le < verdage » y était levé sur les maisons qui ne payaient point d'avoines.

5» Sonchamp, bien qu'éloigné de Dourdan, était toujours, par suite de titres fort anciens, demeuré l'un des débiteurs du domaine. Ses habitants et ceux des hameaux voisins devaient des avoines ; de plus, le « fouage 9 de la paroisse de Sonchamp rapportait 2 deniers par « chascun ft mesnage de la paroisse qui ne doibvent aucune avoyne, » et des foins étaient levés sur 840 arpents « es quels les habitants de Sonchamp souc loient prendre leur coustume et pasturages de leurs bestes, et dont, « par arrest, ils ont esté débouttez (i). »

6* La coutume de Launay et héritage de Grande était encore une de ces antiques redevances que les possesseurs du domaine s'étaient transmises et qu'il était devenu difficile de justifier.

f Quelques terres avaient été aussi réunies au domaine par puissance de fief : c'est ainsi que s'expliquait la jouissance du revenu de la terre et seigneurie de « l'Eschanson » (2), et du fief appelé le fief de Sainte-Croix de la Bretonnerie.

Faisons mention, pour terminer, des profits de fiefs, des confiscations, aubaines et épaves excédant 10 livres parisis qui revenaient au seigneur; du bénéfice des domaines usurpés à recouvrer, et de la nomination et provision des offices de judicature et de finance, conciergeries et geôles *des prisons, etc., etc., et nous aurons, ce nous semble, mis sous les yeux du lecteur une nomenclature suffisante des articles constituant la recette du domaine de Dourdan proprement dit.

Perception des revenus du domaine. — Terriers. — La première condition, pour les nouveaux possesseurs du domaine de Dourdan, était d'avoir Un bon terrier afin d'établir clairement leurs droits. On peut dire que tout le xviii^ siècle fut employé à le compléter, qu'il ne fut jamais terminé, et ne servit à rien, puisque la révolution vint l'annuler. Les terriers sont toujours chose difficile à faire, et il reste le plus souvent certains points en litige qui les rendent inexacts. Le domaine de Dourdan,

1. Ces 840 arpents, jadis appelés a: les Coustumes de Sonchamp,i> avaient été adjugés ftu roi par arrêt du parlement, de février 1 534. 420 arpents avaient été alors engagés par lui, pour 1,100 livres, à Jean Beaulieu et autres, en mars i543. 220 avaient servi à faire un échange en octobre 1540.— Archives du Loiret, A. i382.

2. Vieux souvenir de Téchanson de Philippe-Auguste. La maison de la communauté à Dourdan était sous la censive du fief de l'E^hanson.

l32 CHAPITRE XIII.

plus qu'aucun autre peut-être^ à cause de ses passages irréguliers ou violents dans tant de mains diverses, offrait de ces matières'à procès. On se souvient des véhémentes protestations faites par le procureur du roi, en i556^ lors de la rédaction des coutumes, contre les empiétements de toutes sortes des seigneurs voisins. Un terrier avait pourtant été rédigé en i538 (i), mais il était depuis longtemps fautif. Anne d'Autriche, en 1 658, fatiguée des conflits qui s'élevaient entre son domaine et les dames de Lonchamp, avait tenté de leur faire faire de leur côté un terrier exact, mais elle n'avait qu'imparfaitement réussi.

Une estimation du domaine, soigneusement rédigée en 1668, servit de base à la constitution de Tapanage des ducs d'Orléans, et le sieur Lallemant de Lestrée, vicomte de Villeneuve, commis au terrier de 1 676, rechercha et fixa par de nombreuses sentences les droits et les devoirs des censitaires.

A la suite d'échanges et de transactions auxquelles leurs agents avaient longtemps travaillé, les ducs d'Orléans étaient arrivés, vers la dernière moitié du xviii« siècle, à rendre leur position beaucoup plus claire. En décembre 1757, les archives du comté de Pourdan furent transportées du Palais-Royal à Paris, 011 elles avaient été centralisées, dans la ville d'Orléans, pour être soigneusement classées au siège de la généralité, et Tannée suivante tout ce qui était demeuré de vieux titres dans la « chambre basse du château de Dourdan consacrée aux archives, et dans les layettes de l'auditoire royal, fut expédié dans le même dépôt (2). Par lettres de terrier, obtenues en la grande chancellerie le 17 août 1775, Antoine Le Camus, notaire royal au bailliage d'Orléans, fut commis à la rénovation du terrier du comté de Dourdan, et les censitaires du domaine vinrent faire leurs déclarations par-devant M» Héroux, notaire à Dourdan, qui en a conservé toutes les minutes, aujourd'hui déposées dans l'étude de M® Ortiguier.

Fermiers. — Les ducs d'Orléans, en même temps ducs de Chartres, de Nemours, etc., avaient pour gérer leurs nombreux domaines un fermier général, qui lui-même prenait des sous-locataires. C'est ainsi que le domaine de Dourdan fut le plus souvent affermé à des hommes du pays, plus capables que d'autres évidemment d'y trouver du bénéfice. Le fermier jouissait de tous les revenus et droits que nous avons énumérés; le duc se réservait seulement les profits des censives, les profits de fief et de roture, rachats, reliefs, etc., le château avec toutes ses

1. Messîre Jean Pommereu, conseiller du roî, avait été commis pour informer des usurpations du domaine de Dourdan, dès mars i5i8.

2. C'est ce qui explique la présence, aux archives départementales du Loiret, d'untf partie des papiers concernant le comté de Dourdan. Un fonds spécial, portant le titre <iu comté, est classé sous la cote A. iSyi à 1397.— Une autre partie de ces papiers est •déposée aux Archives de l'Empire, dans la section domaniale O. 20,248-10,250, et 20,436-20^45 1. Les n« 20,438 et suivants sont ceux des anciens terriers.

LA SEIGNEURIE ET LES CENSIVES DE DOURDAN. l33

dépendances, la nomination et provision de tous les offices de judicature et de finance sujets à la casualité, les conciergeries et geôles des prisons. Le fermier général retenait pour sa part les terres des Granges et les domaines usurpés à recouvrer. Il devait chaque année 5o livres au concierge des prisons de Dourdan. Comme exemples du taux de fermage, nous citerons le bail de Gabriel Rousseau, pour six années, à raison de 3,000 livres par an (5 février 1681) ; — celui de Jacques T Enfant, à raison de 5, 000 livres (5 juin 1720);— celui de la veuve Deslandres, moyennant 4,000 livres (18 février 1769) ; —celui des Micbeau, père et fils, pour 5,3oo livres (1790).

Charges du domaine. — On peut dire que la recette ne couvrait pas la dépense^ car en dehors des gages des officiers, des frais de justice^ d'entretien, etc., il y avait le chapitre des aumônes : 20 livres 1 5 sols à payer au chapelain du château ; 36o livres au chapitre de Notre-Dame de Chartres, pour l'entretien de la lampe d'or de Marie de Médicis ; la rente de 1,000 livres aux bénédictines du Calvaire de Paris, etc. Il y avait la contribution aux travaux d'intérêt général, voirie, pavage, ponts, etc. La taille du duc d'Orléans à Dourdan, avec ses accessoires, capitation, corvées, etc., monte, en 1790, à 3,720 livres, et les vingtièmes et droits seigneuriaux atteignent 2,574 livres, sans compter d'autres petites impositions à Richarville et aux Granges.

Comme nous le disions en commençant, le vrai, le seul revenu sérieux * de Dourdan, c'était la forêt.

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