I. Archives de TEmpire, O
Ui SEIGNEURIE ET LES CENSIVES DE DOURDAN. l35
été coupé une bonne partie du hault-bois. Les usufruitiers ont quelque peu agi en propriétaires, et sans vouloir faire tort au roi, les bons moines , pour leur usage et celui de leurs pauvres^ ne se sont pas toujours contentés des taillis.
Bien des dégâts devaient s*expliquer aussi par les droits de paisson , glandée, pacage, etc., concédés de tout temps, et les privilèges accordés à certaines personnes. Le fermier du domaine pouvait faire pâturer cinquante bétes, le maréchal de la vénerie et des petites écuries du roi avait droit pour six vaches. Le seigneur de Sainte-Mesme pouvait faire paître tous ses troupeaux, et, de plus, prendre du bois pour ardoir et édifier en son manoir de Rouillon. Sans compter Tusagedes habitants de Sainte- Mesme, Rouillon, Denisy, etc.
Ce que nul n'objecta, c'était la quantité exorbitante de combustible octroyée à chacun des officiers de la maîtrise pour son usage particulier, et qui n'était pas pris, croyons-le, sur le plus mauvais. M. Philibert Michel, écuyer, sieur de Grinville, avait à lui seul 5o cordes par an, comme maître particulier ancien et alternatif. M. de Bautru, en sa qualité de maître particulier triennal, en prenait 25 cordes, et il en réclamait 3o autres comme gouverneur du château. Le sîeur de Pinceloup, contrôleur ancien, et les deux autres contrôleurs ses collègues, étaient taxés chacun à 25 cordes. Le lieutenant en avait 1 5 ; le procureur du roi, le greffier, le garde-marteau, chacun lo ; il en revenait 6 à chaque garde, et ils étaient quatre ; et le sergent en prenait autant. C'étaient plus de 25o cordes de bois, sans compter les bourrées et les fagots.
Dès le mois de juin 1 665, parut une sentence de bornage et d'arpentage qui fixait la contenance de toutes les parties de la forêt de Dourdan à 2,799 arpents 18 perch. (1429 h. 54 a. 12 c.), et par un arrêt du 21 juillet 1675 il fut ordonné qu'on y couperait chaque année, au profit de son altesse royale le duc d'Orléans, 20 arpents de baliveaux et 220 arpents de taillis. On ne pouvait retirer au duc la ferme des droits de paisson et glandée, mais l'enquête de réformation avait laissé un bon règlement ; les taxations des officiers avaient été revisées, et un triage spécial de la forêt affecté à leurs concessions de bois; les deux garennes du gouverneur à Saint-Arnoult et aux Granges, causes incessantes de dégâts, avaient été supprimées et tous leurs terriers comblés. Enfin, .en Tauditoire royal de Dourdan, l'audience forestière devait se tenir tous les jeudis à midi, et les assises ou a haults-jours » revenaient deux fois Tan dans ladite maîtrise, à Pâques et à la Saint-Remi. — Ce grand acte de réformation de i665 est complété par d*autres actes, procès-verbaux et plans qui subsistent encore, datés des années 1673, 1691 et 1734.
Les ducs d'Orléans, pendant le cours du dix-huitième siècle, ne négligèrent rien pour améliorer les conditions de leur domaine. L'ouverture de cinq grandes routes, celles de la Fresnaye, de Denisy, de Saint-Arnoult, d*Auneau et de Garencières, donna une vie toute nouvelle aux
l36 CHAPITRE XIII.
environs de Dourdan. La forêt cessa d'être un obstacle aux communications. Les trois dernières routes coûtaient à elles seules 120,000 livres. Un arrêt du Conseil d'État, de février 1760, autorisa des coupes extraordinaires dans les forêts de Dourdan, pour subvenir aux frais de construction de ces voies d'utilité publique. A peine terminées, le commerce s'en empara, et la circulation s'y établit de telle sorte que les dépenses d'entretien et de réparation coûtèrent bientôt plus de 2,000 livres chaque année au domaine. Les ducs d'Orléans, trouvant la chose onéreuse, obtinrent, en décembre 1781, un arrêt du Conseil qui les déchargeait de l'entretien, en les obligeant à une redevance annuelle de 400 livres, représentant les dégâts causés par l'exploitation de leurs bois.
Les exigences de la chasse étaient presque aussi puissantes que celles du commerce. Le roi Louis XVI dressa, dit-on, de sa propre main, un plan oùfurent tracées les routes que son intention était de faire construire, « pour la plus grande commodité et sûreté de chasses de Sa Majesté <c dans la forêt de Dourdan. »
Le devis en fut dressé en mars 1782, en conformité d'un arrêt du Conseil du 28 février, et ce devis monte à ii6,o55 livres (i).
Louis XV s'était déjà occupé des routes de chasse de Dourdan. Etant à Rambouillet, il était venu, le 2 juillet 1735, lancer un cerf dans les bois de Rochefort. Il le poursuivit à travers la vallée de Dourdan, et, passant par Grillon, le prit dans la cour même des religieux de Louye. Les pères offrirent au roi un rafraîchissement et prêtèrent leur voiture pour porter le cerf à Rambouillet. Louis XV reprit son chemin, passa tout le long des murs de Dourdan et donna des ordres pour faire percer des routes dans la forêt, à dessein d'y venir chasser.
La vieille forêt avait conservé son antique réputation d'être giboyeuse, et spécialement commode pour ce plaisir de roi. Le comte de Toulouse convoita toute sa vie la chassede la forêt de Dourdan, et Louis XIV dut à plusieurs reprises éluder sur ce point, par un refus positif, les demandes les plus insinuantes et lesofTres d'échange les plus avantageuses. Le prince de Rohan-Gueménée, revêtu de la charge de grand-veneur, profitait souvent du voisinage de Rochefort pour venir chasser dans la forêt de Dourdan avec la meute royale. La plus haute société des environs se donnait là rendez-vous en grand attirail {2).
Le lecteur trouvera sans doute plaisante une anecdote arrivée aux environs de Dourdan à l'occasion d'une chasse de Louis XV I,et dont nous empruntons le récit à une lettre écrite à l'intendant d'Orléans, le 3 août 1775, par le subdélégué de Dourdan, auquel on demandait, par circulaire,