LA SEIGNEURIE DE ROUILLON
Fief de Rouillon. — Il est un de ceux qui intéressent le plus l'histoire topographique de Dourdan. Par sa censive et sa justice, il embrassait, en effet, la plus grande partie delà banlieue de notre ville, et pénétrait jusque dans ses murs.
Rouillon, aujourd'hui hameau de la commune de Dourdan, a sis en « la paroisse de Saint-Germain de ladite ville,» est situé dans un repli de terrain, derrière Semont, sur le plateau qui domine la ville au nord. Son nom, qui était autrefois Roullon, paraît avoir pour étymologie le nom propre Rollo (i). Très-anciennement possédée par un prêtre du nom dt Pierre Bourguignon^ qui la tenait lui-même de ses pères, cette terre fut donnée par lui, à la condition d'entretenir un religieux chargé de prier f)our sa famille, aux chartreux de Paris, qui en jouissaient encore en 1287, et la vendirent à divers particuliers. Vers i3i5, la plus grande partie du bois de Rouillon fut réunie à la foret de Dourdan. Le plus ancien seigneur de Rouillon, connu par les titres, est Jean Cinguot, dont la veuve, Jeanne La Girarde, en rendit aveu au duc de Bem% seigneur de Dourdan, le. 9 juin 141 5, et le gendre Guillaume Aymery^ avocat au Chàtelet de Paris, en rendit aveu au roi le 29 avril 1467.
En 1473, Aymar d de Poisieu^ dit Capdorat^ seigneur de Sainte- Mesme, acquit la terre de Rouillon de Guillaume Aymery, et sa petitefille, Louise de Poisieu, l'apporta à la famille des VHospital^ qui la conservèrent pendant deux siècles (aveu de iSBg). Échangée \in instant, en i565, entre Henri de THospital et Saladin de Montmorillon , écuyer(2), elle sortit de la maison de Sainte-Mesme en 1723, vendue par Élie-Guillaume de l'Hospital, comte de Sainte-Mesme, à Jacques^ Michel Lévy^ grand-bailli de Dourdan, Les enfants de celui-ci la cédè-
I. Rouillon ayant, au siècle dernier, appartenu en partie aux seigneurs de Bandcville, nous avons puisé sur ce fief des détails assez complets» en dépouillant d^anciens titres et surtout l'inventaire des titres du marquisat de Bande\nlle, dont les trois registres in-folio nous ont été confiés avec la plus grande bienveillance par M. le comte de Pourtalès, propriétaire actuel de Bandeville et de la ferme de Rouillon.
î. Hommage du i5 juillet ib^i.— Archives de V Empire^ P. 8.08.
LA SEIGNEURIE ET LES CENSIVES DE DOURDAN. iSg
rent, en lyBç, au président de Bandeville, qui la réunit à son marquisat jusqu'à la révolution.
Dès 1473^ le fief de Rouillon, outre Thôtel seigneurial, avec colombier, cour, mare et jardin, entouré de plus de cent arpents de terre, cinquante arpents de bois avec rentes foncières, droits de menus cens, coutumes et justice, pâture dans la forêt de Bonchamp, etc., s'étendait jusqu à Roinville et Sermaise, sur une partie des terres et prés des chantiers de Grousteau, des Minières, de Montauban, de Blanchien, de l'Oiselet, de Gaudrée et du « Mardre, » sur plusieurs maisons de la rue Saint-Pierre et sur presque tout le quartier d'Étampes, entre la rue de ce nom et les remparts ; mais ce qui triplait son importance et sa valeur, c'étaient ses arrière-fiefs, depuis longtemps inséparables, de Liphard, Cens-Boursier y Pierre de Sonchampj Semonds, les Jorias^ La Leu, ]c Sauit'de~!'Eau, Gri l Ion ^ le Moulin- Grousteau , Vausoleil, qui enveloppaient presque complètement la ville.
Fief de Liphard. — Anciennement Luffehard, Luphard^ Lyphard, situé sur le plateau, au nord-est de Dourdan. Il n'était, à proprement parler, qu'un démembrement de Rouillon, et se composait d'un manoir avec huit à neuf vingt diV^ents de terre, en y comprenant celles de l'Hôtel-Dieu de Dourdan, baillés à cens et à rentes à plusieurs particuliers; soixante livres tournois environ de menus cens, droits de justice confondus avec ceux de Rouillon (aveUx de 1415, 1467, iSSg, 1602, i685,etc.). Liphard,qui n'est au jourd'hui qu'une ferme, paraît avoir été autrefois un hameau composé d'habitations espacées et occupées par des vignerons, qui cultivaient en vignes tout le coteau qui regarde le midi, depuis Semont jusqu'à Châteaupers et au delà. On a retrouvé de vieilles caves, et la charrue a mis plusieurs fois à découvert des vestiges de constructions entre Liphard et Semont, au nord du bois des Brosses.
Fief de Cens-Boursier, ou Chamboursier ^ sis à Dourdan. — Ce fief, dont l'origine est fort ancienne, se composait de 40 sols parisis de menus cens, à prendre le jour de la Saint- Remy, sur plusieurs héritages de la ville et terroirs voisins de Dourdan, par le seigneur de Rouillon pour moitié, et ensuite pour le tout, en vertu de la cession que fit de sa part, en 1455, à Guillaume Aymery^ Jean Couturier, héritier de messire Jean Boissy, son oncle, par-devant Dechénac, notaire à Dourdan.
Fief de^ Pierre de Sonchamp, sis à Dourdan. — Il se composait de cinq quartiers de prés assis à Grésillon (Grillon), et de huit à onze sols parisis de cens sur plusieurs héritages à Dourdan et es environs, naguère acquis de feu Pierre de Sonchamp (1461), achetés par Guillaume Aymery, de Jean Vian de Dourdan, et vendus par lui au seigneur de Sainte-Mesme (1473). Aveux du 27 sept. 1463, etc.
Fief de Semonds, Semons, aujourd'hui Semont, — Situé entre Rouillon et la lisière de la forêt, au nord de Dourdan.
La terre et seigneurie de Semonds, d'après un aveu passé la veille de
ÏAssension, devant Chenetier, tabellion à Brethencourt, appartenait, en 1 35 5, à Adam de Moncelles. Le 12 mars 141 5, nous voyons le bailli de Dourdan, en conséquence des lettres patentes du duc de Berry, seigneur de Dourdan, donner main-levée de la saisie féodale faite du fief de Semonds sur noble homme Charles de Fumechou. Son petit-fils, Louis y en fait foi et hommage^ le 7 décembre 1473 et le 1 5 juin 1476 ; le vend en 1477 à noble dame Marguerite de Montorsier^ dame de Sainte-MeSrae, qui possédait du même temps la terre de Rouillon, et depuis cette époque ces deux terres ont toujours été dans la même main.
La seigneurie de Semonds consistait anciennement, d'après Taveu de 1476, en Thôtel seigneurial de Semonds, bâtiments, maisons, cour, jardins, bois et terres labourables, le tout contenant i5i arpents 20 perches en domaine; plus en 3 arpents 25 perches de prés; 35 sols de cens, payables à la Saint-Remy ; trois septiers de dîmes et champarts et cinq fiefs ci-dessous décrits. Elle relevait de Téglise, chanoine et chapitre de Notre-Dame de Cléry, à cause de leur terre et seigneurie de Dimancheville (i).
Au-dessus de Semont, vers le nord, non loin du pavé de Rochefort, dans une petite plaine au milieu du bois, existait une ferme qui portait le nom de Bonchamp. Michel le Fébure, conseiller du roi, procureur en la maîtrise des eaux et forêts de Dourdan et procureur général de la confrérie de la charité des pauvres de la paroisse Saint-Germain, s'intitulait sieur de Bonchamp en 1690. Le fermier de Bonchamp faillit être, au xvni' siècle, Tune des victimes de la bande de Renard, qui infestait le pays (2).
Fief de Jorias ou des Jourriat^ (i*' relevant de Semont). — Acquis à ce titre, avec Rouillon, par le seigneur de Sainte-Mesme, en 1477, ce fief était assis à Dourdan, devant l'église Saint-Pierre (ou Moustier de Saint- Père, suivant l'aveu du 9 juin 141 5). Il consistait en un manoir, hôtel et ses dépendances (cet hôtel n'était plus, en 1473, qu'une masure occupée par Guillaume Chereau et sa femme) (3); en deux arpents de vignes derrière ledit hôtel; une maison rue Saint-Pierre, appelée Vhotel de VEcu de France (141 5); droits de cens sur 42 maisons de la ville, 37 jardins et 1 14 arpents de terre; dîmes de vignes, de vin et de terres, en commun avec le prieur de Saint-Pierre. — Aveux de 1473, 1672, etc.
Fief de La Leu ou Lalun pour moitié (2® relevant de Semont). —
1. Sur remplacement de cet ancien fief existent maintenant le petit Semont, la ferme de Semont et le château de Semont qui, après avoir passé dans les mains d'un grand nombre de propriétaires, appartient aujourd'hui à M. ÂUain, qui Ta réparé et agrandi.
2. La ferme de Bonchamp a fait place à la pittoresque et solitaire habitation de M. le baron Jubé delà Pérelle.
3. 24 juin 1476. — Saisie féodale du fief de Jorias, qui est la maison du Cheval Blanc, rue Saint-PieiTe, à Dourdan,
Assis près et en la paroisse de Saint-Arnoult, et consistant en manoir, hébergement et divers menus cens. — Tenu en 1476 par Jean Ramelot.
Fief du Sault-de-l'Eav (3« relevant de Semont). — Joint à celui de la place devant le moulin Pareau, situé en la paroisse de Roin ville-sous- Dourdan. — Tenu par les hoirs de Bernard Hubert, en 1476.
Fiefs de Grillon et du Moulin de Grillon (4* et 5» relevant de Semont). — D'après des aveux de Semont du i5 juin 1476 et de i5 14, il y avait à Grillon ou au Grésillon^ dans la prairie, au nord-ouest de Dourdan, une maison avec cens et rentes d'avoines, etc., qui fut aux RobigueSy tenue par Jean Macés, écuyer, au lieu de Philippe Massard. Jehan de Nasselles, écuyer, était seigneur de Grillon, de la Fosse, du Jallier et des Loges, en 1499. Sa sœur, Louise de Nasselles , apporta en dot à noble homme Jean Lesaîne le fief de Grillon, dont des aveux de 1 5 14 et i5i9 nous donnent la description : a Consistant en une masure « qui fut aux Robigues, oîi de présent a une maison et grange couverte « de thuilles, cour, lieu et accint, avec un colombier qui souloit estre « sur le portail et entrée dudit hostel ; le tout fermé d'anciens fossés à « eaux, contenant le tout environ un arpent, qui est le principal manoir « dudit fief de Grillon, tenant d'une part aux prés du seigneur de Se- « monds, d'autre part à la rivière d'Orge, — un jardin entre le manoir « et le moulin de Grillon, — pièces de terre (i) allant jusqu'au Gravier « ou fief du Jallier et au clos du Moine des Fourneaux, — au champtier « duChamp-des-Prezou du Mineray, — auMesnil, — àCk)chereau, — à la « fontaine de la Thiboulde,— à la pointe de Potelet, — à la croix PEslu, « — plus le Moulin de Grillon. »
La fille, Françoise Lesaîne, femme de Denis Harmand, écuyer, céda Grillon en i520 à Jean Hurault^ conseiller et maître des requêtes, seigneur de Veuil, le Val Saint-Germain, etc.; et c'est ainsi que ce fief passa et demeura sous la censive des propriétaires du Marais (2). Jean Hurault, en se réservant tous ses droits seigneuriaux, qui furent souvent l'occasion de litiges, saisies, main-levées, etc., engagea Grillon, qui changea fréquemment de mains. Le moulin de Grillon, acquis en i5o6 par Jean Paroissien^ appaLTtitnt, en i534, avec Grillon, à Guillaume du Roussel^ écuyer, sieur de la Mare. Antoine Duferrier est menacé de le perdre par saisie en 1 558. Guillaume du Gué^ valet de chambre et organiste du roi, en est propriétaire en i563. Jean Le Roux, receveur des tailles à Dourdan, le vend à Paul Pénot en 1659, ^^ Denis Jonquet l'achète en i663. Denis Jonquet était un docteur en médecine qui fit de fort mauvaises affaires, et ceux qui achetèrent de lui Grillon eurent longtemps à souffrir des saisies, décrets, oppositions, etc., de ses créanciers.
1. Environ 3o arpents, avec 10 à 11 livres tournois de menus cens, demi-septier d*avoine et 10 à i5 poules.
2. Au sujet du fief de Grillon, nous avons trouvé des détails dans les archives du Marais, qui nous ont été ouvertes de la meilleure grâce par M.* le marquis de la Ferté.
Jean du Cerceau^ conseiller du roi et de son altesse royale, lieutenant en la maîtrise des eaux et forêts de Dourdan, ayant fait cette acquisition, vint s'établir à Grillon avec sa femme Antoiaette des Érables. Bien que les biographies mentionnent Paris, on a souvent répété que le célèbre jésuite et poëte latin, le père du Cerceau, était né à Dourdan ; ses parents possédaient effectivement Grillon à l'époque de sa naissance (1670).
Etienne Le Large de Ruys acheta Grillon, le 23 septembre 1676, de Jean du Cerceau. Il était conseiller du roi, maître des requêtes du conseil du duc d'Orléans et contrôleur général de la maison de la duchesse; il trouva quelque intérêt à s'établir sur le nouveau domaine de son maître. Il fit démolir l'ancien manoir de Grillon et construire un château qui, bien qu'il fût de proportions restreintes, contribua à l'endetter. A sa mort, Marguerite de Bonnière,sa veuve, vendit Grillon moyennant 1 8,000 livres, dont 8,000 comptant et 10,000 représentées par une rente de 5oo livres, à un personnage célèbre dont le nom et le souvenir vivent encore dans notre vallée, à Jean-François Regnardy le poëte (22 juillet 1699).
C'est dans un chapitre spécial que nous parlerons du séjourde Regnard à Grillon. Il y passa les dernières années de sa vie en joyeuse et noble compagnie, y composa plusieurs de ses plus spirituelles comédies et la relation des pérégrinations de sa bizarre existence. Il y mourut non moins bizarrement, le 5 septembre 1709, et ses héritiers vendirent, le 7 mars 1710,1a maison, le moulin et les terres de Grillon pour 2 1,000 livres, et le mobilier pour 2,000 livres, à Nicolas-Joseph Foucault, chevalier, marquis de Magny, lieutenant de la grande vénerie du roi, lieutenant général des armées du roi d'Espagne et fils de l'estimable administrateur et antiquaire Foucault. Regnard devait toujours 10,000 livres sur sa maison, et on racheta la rente de 5oo livres.
M. de Magny possédait encore Grillon en 1771. Le chevalier de Maupeou le vendit le i5 novembre 1773 au sieur Duclos, moyennant 5o,ooo livres, qui ne lui furent sans doute pas payées, car nous trouvons une seconde vente du chevalier de Maupeou, le 4 novembre 1779, moyennant 40,000 livres, à M. Lebrun^ alors attaché au chancelier de Maupeou, plus tard prince et architrésorier de l'empire. C'est la terre de Grillon qui a attiré M. Lebrun dans un pays dont il n'a pas cessé de faire sa résidence favorite, et où il s'est plu à exercer sa bienfaisance*. Nous dirons ailleurs (i) les jours tour à tour paisibles et agités qu'il passa à Grillon, et le rôle joué par le modeste château de Regnard durant la période révolutionnaire de notre histoire.
Le fief de Grillon, comme on le remarquera en passant, avait vu, par suite de transmissions successives, se multiplier et se croiser ses liens