‹ Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du HurepoixChapitre 8 sur 191 · DOURDAN SOUS LES PREMIERS CAPETIENS · texte numérisé non relu

DOURDAN SOUS LES PREMIERS CAPETIENS

A seconde année du règne de Lothaire , le vieux duc passa gaiement les fêtes de Pâques avec Gilbert, prince des Bourguignons. Trois jours après Pâques, Gilbert était surpris par une mort subite, et Hugues, peu après, venait mourir à son tour dans le village de Dourdan, apud Dordingham villam. C'était le XVI des calendes de juillet de Tan 956. '

Les chroniques des abbayes de Sainte-Colombe de Sens ( i) et de Saint- Victor de Paris (2), celle du moine Aimoin (3), celle de Hugues de Fleury (4) sont d'accord dans leur narration comme dans leur austère et sèche brièveté. Celui qui, depuis Charlemagne, fut le plus puissant

1. «Hugo dies Paschs Istus ducens cum Gisleberto principe Burgundionum : « idem Gislebertus feria tertia post Pascha morte subita prœventus,manibus praedicti « Hugonis principatum suum commisit : quem brevi apud villam Dordingam secu- 4 tus est Hugo Dominiez kalendasJuIii.» (Ex CAronico 5enone7f5i5ânc/d? Columbce; D. Bouquet, t. IX, p. 41, A.)

2. Exstat haec historia in codice ms. abbatis S. Vîctoris Paris, n* 419. {Dordetieus villa). Florebat auctorsub principatu Phil. Augusti. (D. Bouquet, IX, 44, D.)

3. « Secundo anno (régis Lotharii) obiit Hugo Magnus dux Franconim apud Dor- « dingham villam, xvi kal. Julii, sepultusque est in basilica B. Dionysii manyris Parrhisiis. » (Aimoini monachi D. Germani à Pratis, de Gestis Francorum^ lib. V, cap. XLiv; apud Bouquet.)

4. c Obiit Hugo Magnus dux Francorum apud Drodingam villam xvi kal. Jul. « sepultusque est in basilica B. Dionysii martyris Parisius {sic). (Ex Chronic. Hugonis Floriacensis monachi; apud Bouquet, t. VIII, p. 32 1.)

sur la terre de France, disparaît sans que ses contemporains disent de lui autre chose que ces seuls mots : il mourut. Le nom de Dourdan a été au moins conservé à l'histoire. Soyons-en reconnaissants à nos avares annalistes.

La chronique de l'abbaye de Saint-Denis, oti fut enseveli Hugues, ajoute seule quelques détails sur les derniers moments de Païeul des Capétiens :

a Bien senti Hues li granz que li termes de sa vie aprochait: les « princes de sa duchée manda^ et par leur conseil livra en garde Hue « Tainzé de ses fiux au duc Richart de Normendie; de cest siècle très- « passa vieux et plains de jors es Kalendes de Jugnet : ensepouturez fu « en l'église de Saint-Denys en France (i). » ^

Nous sommes en droit de penser que Dourdan fut à cette heure suprême le rendez-vous d'une véritable cour royale : car dans sa duchée le puissant moribond avait pour feudataires une foule de nobles princes. A Dourdan s'assurèrent les destinées de Taîné des Capétiens. Ce n'était pas la dernière fois qu'il devait y venir.

Quelques auteurs ont écrit à tort que Dourdan garda la sépulture de Hugues le Grand. C'est à Saint-Denis, dont il était abbé, que reposa le corps de celui qui^ sans daigner être roi lui-même, fut le père de tant de rois.

Trente ans s'écoulèrent. Hugues Capet vint-il quelquefois au village de Dourdan^ se délasser de la vie agitée de prétendant, comme l'avance assez vraisemblablement de Lescornay^ sans d'autres preuves pourtant que des lieux communs? Nul ne le sait; mais ce que les textes nous apprennent et ce que n'a point su de Lescornay, c'est qu'en 986, année décisive où mourut réellement avec Lothaire la dynastie de Charlemagne^ Dourdan fut le rendez- vous d*une importante et mystérieuse entnevue.

Hugues n'avait plus qu'un pas à faire pour être roi; mais il fallait se débarrasser d*un puissant compétiteur, Charles de Lorraine, appuyé sur sort droit et sur l'Allemagne. Trois hommes y travaillaient : l'évêque de Laon^ Tévêque de Reims Adalbéron, et le fameux Gerbert, qui, avant de mener la politique de son siècle du haut de la chaire romaine, prêtait, comme écoiâtre de l'Église de Reims, le secours de sa plume et de son adresse diplomatique aux ambitieuses menées de la dynastie baissante. C'est une lettre de Gerbert à Adalbéron qui nous révèle, au tnilicu d'avis obscurs sur les affaires privées de l'évêque, une phase peu connue de cette longue négociation qui prépare l'avènement de Hugues au trône.

« Il s'agit sérieusement de la grande affaire, écrit-il, magna res serio a agitur. L'évêque de Laon, par le conseil d'Othon (duc de Bourgogne),

I; Chronique de Saint-Denys i Bouquet, t. VIII, p. 349.

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« et d'Herbert (comte de Troyes), est venu trouver le duc au lieu qu'on a nomme Dourdan. Revenez sans aucun délai (i).» La chose était grave : a res enim sunt grandes. » (Epistola cxx.) L'entrevue de Hugues avec Févéque de Laon pouvait avoir une immense portée. En effet, autour de la viUe de Laon, siège principal de la royauté, s'agitaient les ambitions rivales. L'année d'après, Hugues, sacré roi, devait perdre cette cité, puis la reprendre par la complicité de Tévêque et y faire prisonnier son antagoniste vaincu.

C'est ainsi qu'en peu de temps le nom de Dourdan est enregistré deux fois dans l'histoire des origines de la grande famille des Capétiens.

Le village de Dourdan, villa Dordinga^ domaine particulier du duc de France, devint terre de la couronne, villa regia, regium municipium (2). Municipe dans les deux sens de lieu fortifié et de ville de simple bourgeoisie, Dourdan appartenait à cette zone centrale demeurée intermédiaire entre les régions du consulat au midi et de la commune au nord. Conservant, comme les municipes non réformés, sa constitution antérieure plus ou moins libre, plus ou moins démocratique, Dourdan était une de ces villes qui jouissaient des libertés civiles et de quelques droits administratifs restreints et dépendants de ceux de la royauté, mais qui s'en contentaient parce qu'elles se trouvaient suffisamment protégées contre les empiétements de la féodalité par l'attitude et l'intérêt même du souverain. Aussi verrons-nous Dourdan échapper à la propagande réformatrice du xii* siècle et au mouvement communal. Ses citoyens ne demanderont aucune de ces franchises qui tenteront pour un instant seulement ceux d'Orléans et d'Étampes; et son meilleur privilège sera celui d'être conservé, revendiqué, au besoin reconquis ou racheté par le trône comme un bien de famille.

Dourdan avait un château, et de la tour de ce château relevaient toutes les terres voisines. A cause de ce château aussi, à ce que nous apprend Brussel (3), Dourdan sera, avec Paris, Poissy, Mantes, Senlis, Étampes, Melun, Villeneuve près Sens, etc. , une des prévôtés privilégiées de France qui ne payeront rien à la sénéchaussée. Quand le grand sénéchal viendra chaque année tenir dans la ville son assiie ou grand jour, c'est dans le château du roi son maître qu'il prendra son logement et ses livrées (4)^ sans rien demander aux habitants. Quand le roi viendra, la ville ne lui devra aucun droit de gîte; le roi descendra dans sa propre maison, dans son patrimoine.

1 . < Laudunensis episcopus, consilio Ottonis et Heriberti sibi faventium, ducem I adiit eo loci quem dicunt Dordingum. Redite, mora sit nulla. t (Gerberti Epis-^ tola, xciT. — Dans la collection de Duchesne et dans O. Bouquet 3 citée en partie dans le Notifia Galliarum deHadr. de Valois. Paris, 1673.)

2. M Apud Dordinchum quod regium municipium est. t (Chron. de Morigny, vers 1 147; Bouquet, t. XII, p. 71. Cité par Hadr. de Valois.)

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