‹ Chronique de Charles VII, roi de France (volume 2)Chapitre 67 sur 232 · Chapitre · texte numérisé non relu

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Arest prononcé y le roy présent, à Vendosme, contre Jehan , duc d'Alençon.

Charles , par la grâce de Dieu , roy de France, à tous présens et advenir, salut et dilection. Comme nous , duement informez que Jehan, duc d'Alençon , per de France , avoit conduit et démené, et fait conduire et démener plussieurs traictez et appoinctement avec noz anciens en* nemys et adversaires les Angloiz, et pour ce faire avoit envoyé en Angleterre et ailleurs ès pays

1. Voy. Procès criminel de Jean, duc d'Alcnçon, pair de France, tic. Mss. Dupuy,n° Harlay, n° 47, f» 10 s et suiv., etc.

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desdits Angloiz plussieurs messages sans noz congié et licence , et sans aucune chose nous en faire savoir, au grant préjudice de nous et de la chose publicque de nostre royaulme. Et pour ceste cause, et pour obvier aux inconvéniens qui s'en eussent peu ensuir, se par nous ne ust esté donné remède sur ce , nostre très-chier et amé cousin le conte de Dunoiz et de Longueville, et nos amez et féaulx conseilliers et chambellains Pierre de Brezé, seigneur de la Varenne et grand sénéchal de Normendie , Jehan le Bourssier, général sur le fait de noz finances, Guillaume Cousinot , bailli de Rouen , chevallier, et Ouder 1 d'Aydie, bailli de Costance», eussent par nostre commandement et par vertu de noz lectres patentes données au chastellier, près Esbruille, le quatorziesme jour de may, Tan mil auatre cens cinquante-six , prins et arresté ledit c'Alençon, nostre nepveu.

Et pour procéder à Pexpédicion de son procès, par Padvis et délibéracion des gens de nostre conseil, eussions ordonné, par noz autres lectres données au Montrichard le vingt-quatriesme jour dudit moys de may desrain passé , que nostre court de parlement, lors scéant à Paris, seroit et se rendroit en nostre ville de Montargis , en conmenchant le premier jour de juing desrain passé, et jucques à la perfection d'icellui procès; et pour icelle court tenir eussions mandé et ordonné venir audit lieu de Montargis de noz présidens et conseilliers en nostre dite court en bon

i. Odet.

a. Cotcntin.

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et souffisant nombre, et mandez pour y estre les pers et seigneurs de nostre sang et lignage tetans en parrye et autres , et aussi y estre nostre amé et féal chancellier, et aucuns des maistres des requestes de nostre ostel , et autres gens de nostre conseil.

En ensuivant laquelle nostre ordonnance, nostre dit chancellier et noz amez et féaulx conseillers, Parcevesque et duc de Rains, les évesqueset ducz de Laon et de Langres, les évesques et contes de Beauvoiz, Challons et Noyon, pers de France, et noz dits présidens et aucuns de nosdits maistres des requestes et de nosdits conseilliez de nostre dite court de parlement, et aussi de nostre dit conseil, se sont trouvez ausdits jours et lieu , et illec aient besongné aux préparations dudit procès par aucuns temps, et aux .interrogatoires d'aucuns adhérens, facteurs et complices dudit d'Alencon , et jucques environ le quinziesme jour de juillet desrenier passé, actendant l'allée de nous par de là et des seigneurs de nostre sange et d'autres gens de nostre conseil estans par devers nous, en intencion de procéder à la fin dudit procès.

Laquelle allée nous eussions différée à cause de la mortallité qui , pendant ledit temps, survint en la ville d'Orléans , Sully et autres lieux circonvoisins dudit lieu de Montargis, èsquelz nous convenoit passer pour y aller, et tant à cause de ladite mortalité et pour obvier aux inconvéniens qui à cause de ce s'en eussent peu ensuir, et aussi que nouvelles nous survindrent de plussieurs pays que noz ennemys avoient fait certaine grosse armée sur la mer en intencion

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de faire descente en nostre royaulme et marches de noz pays de Xaintonge et de Poitou ou de la basse Normendie. Et affin que peussions estre en lieu de marche plus propice et convenable pour secourir aux lieux de l'entreprinse denosdits ennemys, eussions, par Padviz et délibéracion de nostredit conseil , voulu ordonner et establir nostre dite court de parlement estre continuée et estre tenue en ceste ville de Vendosme ; et aussi les gens de nostre dite court garnie des pers et ceulx de nostre sangc et lignage et autres par nous mandez y estre et comparoir au douziesme jour du moys d'aoust desrenier passé; et semblablement, eussions mandé et ordonné y estre le surplus de noz présidens, maistres des requestes de nostre dit hostel et autres nos conseilliers en nostre dit parlement ; lesquelz pour lors estoient encores demourans en nostre bonne ville et cité de Paris, pour procéder oultre et beson^nei*oudit procès jucques à la perfection d'icellui , ainssi qu'il appartiendroit par raison.

Et depuis soyons venus audit lieu de Vendosme, et aussi plussieurs des seigneurs de nostre sangc et lignage, pers de France et tenans en parrye, et les arcevesques et évesques dessus nommez aussi pers de France , et plussieurs autres prélatz, contes, barons et chevalliers, en grant nombre, de nostre dite cour de parlement et autres de nostre conseil , et par devant nous scéans en nostre dite court garnie de pers et autres à ce appeliez , ait esté amené ledit d'Alençon ;

Lequel, après le serment par lui fait de dire vérité, interrogé sur les cas et crismes dont il a esté

trouvé chargé par information , a dit et confessé de libéralle et franche vollenté ce qu'il s'en suyt : Que après que le sire de Talleboth oult prins à Bordeaulx ung nommé Jacques Haye, Angloiz, serviteur d'un nommé Richard Wideville , chevallier, aussi Angloiz, vint à saufconduit à Alençon et parla audit d'Alençon en segret du fait du mariage de la fille du duc d'Alençon avec le filz du duc d'Iorck , et que tant pour le fait dudit mariage que aussi pour toutes autres choses qu'ilz vouldroient faire savoir les ungz aux autres , lui et ledit Jacques Hayeeslirent ensaigne de prendre le poulce de la main d'icellui auquel le message de l'une des parties s'adressoit.

Et environ le moys d'aoust que on disoit mil quatre cent cinquante cinq, ledit d'Alençon envoya quérir ung nommé Thonmas Gillet, prestre, demourant à Dampfront, et lui fist faire le serment d'estre segret, et après lui dist qu'il le voulloit envoyer en Angleterre, et le tint par aucun temps à ceste cause. Et le mena avecques lui à La Flesche, en espérant le despescher illec. Et <jue lors survint audit lieu de La Flesche un nommé Hotinion , Angloiz, hérault d'Angleterre, auquel il se descouvrit et lui bailla charge d'aller en Angleterre pour admonester et exorter de par lui nosdits ennemis à venir et dessendre en nostre pays de Normendie, en leur mandant qu'ilz fussent d'acord de par Dieu ou de par le diable, et qu'ilz pensassent en autre chose et qu'il seroit heure de soy bouter en avant et que oncques ilz n'avoient eu si beau faire comme ilz avoient lors et qu'il estoit temps ou jamaiz, et •que nous estions loingtz, et nostre armée en Ar-

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mignat, l'autre en Guyenne, et l'autre pour aller contre nostre très-chier et très-amé filz le daulphin de Viennoiz, et que les nobles, les bonnes villes et le peupple, en touz estatz, estoient si mal contens que plus ne povoient ;

Et que ledit d'Alençon mesmement estoit mal eontent et que se noz ennemys se voulloient aider il leur aideroit de places, d'artillerie et de tout son po\oir, et qu'il avoit assez d'artillerie pour combatre dix mille hommes aux champs pour ung jour ; et nosdits ennemis amenassent le roy d'Angleterre et trente ou quarante mille hommes pour combatre, du moins », et qu'il n'y avoit en nostre dit pays de Normendie que ung de noz chiefz de guerre et quatre cents lances , et qu'ilz auroient conquesté partie du pays avant que y peussions mettre remède , et qu'il conseilloit à nosdits ennemys que le roy d'Angleterre, après sa dessente, feist crier à son de trompe et sur paine de la hart, que nul ne fust si hardi de prendre aucune chose sur les laboureurs et gens du plat pays sans payer, et que chacun peust demourer paisiblement en ses biens et héritaiges , et s'aucun faisoit le contraire que incontinent pugnicion en fust faicte.

Aussi que le roy d'Angleterre révocast les dons faitz par son père et par lui , et pardonnast à tout le monde tout le temps passé , et procédast comme en conquesté nouvelle ; aussi que nosdits ennemys feissent leur descente en plussieurs pays tout à la foiz , c'est assavoir le roy d'Angleterre et le duc d'Iorck en la basse Nor-

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