‹ Chronique de Charles VII, roi de France (volume 2)Chapitre 71 sur 232 · Épiphanie · texte numérisé non relu

Épiphanie

Disoit aussi que ledit Gillet , par son rapport, lui avoit dit que ledit duc d'Iorde se recommandoit à lui et le remercioit de son bon voulloir, et aussi lui prioit que tousjours le vousist continuer, et que avant qu'il fust le moys de septembre ensuivant ledit duc, acompaigné des plus grans seigneurs d'Angleterre, descendroit en nostre pays de Normendie à si grande et bonne puissance , que ledit d'Alençon en devroit estre content.

Aussi que nostre dit nepveu trouvast manière de recouvrer aucune place ou port de mer pour la descente de nosdits ennemys, et qu'il leur fist savoir se nostre dit filz le Daulphin yroit point en Normendie. Et autre telle et semblable responce avoit fait ledit Thonmas Gillet du chancellier d'Angleterre , pour la dire et faire savoir audit d'Alençon.

Et oultre plus, confessa que incontinent après le retour desdits Pouenci et Thonmas Gillet, il envoya en Angleterre ung nommé Maistre Emond Gallet , après ce qu'il ouït prins de lui le serment sur le Livre 1 de tenir les choses segrettes, et u'il bailla audit Gallet unes lectres adreçans auit duc d'Iorck, signées de son vray seing et de son nom Jehan , lequel il avoit trencné en quatre, et le bailla audit Gallet pour le garder à part desdites lettres; desquelles il disoit l'effect estre tel : « Seigneur, je me recommande à vous.

J'ay ouy ce que m'avez fait savoir, et vous prie que j'aye de vous autres nouvelles le plus tost que vous pourrez. Se vous voullés entendre aux

i. La Bible.

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matières dont ce pourteur vous parlera , il en est temps. Je y entendray voullentiers, et feray tant que vous serez contents ; et le croiés de ce qu'il vous dira de ma part. »

Aussi disoit qu'il avoit donné charge audit Gallet de savoir la responce dudit mariage et des autres choses qu'il leur avoit fait savoir par lesdîts Hotinton, Pouencé et Gillet, et de leur dire qu'il estoit temps de besongner s'ilz voulloient riens bien faire , et qu'il vouldroit qu'ilz fussent dessenduz aussi espès que mouches ou gresle, et au'il estoit acertené que nous alions sur nostre nlzle Daulphin, et qu'il se tenoit sceur d'avoir du retour des nopces. Et que se ilz venoient et prenoient appoincttement avesques lui, ledit d'Alençon leur aideroit de ses places , de son artillerie , et de tout ce aue en monde lui seroit possible; et qu'ilz ne faillissent pour ce à venir, et aussi qu'il n'y eust point de faulte que ne lui fussent délivrez lesdits vingt mille escuz. Disant oultre que , environ Pasques lors prochain ensuivant , pour ce qu'il s'esmerveilloit fort que ledit Gallet n'estoit retourné d'Angleterre, il renvoya ledit Fortin audit lieu de Callais, et lui donna charge de parler ausdits Angloiz aux ensaignes que dessus, et leur demander c'ilz voulloient rien ou non.

Et oultre plus , dist et confessa que environ Quasimodo 1 ensuivant, ledit Gallet retourna d'Angleterre par devers lui et lui apporta lectres du roy d'Angleterre, signées, comme disoit ledit Gallet, de Ta main d'icellui roy d'Angleterre,

i . Le premier dimanche après Pâques.

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c'est assavoir Henry, et que les lectres contenoient en effect ce qu'il s'ensuit. «Très chier cousin, nous vous mercions du bon voulloir que avez envers nous. Nous envoyerons nos facteurs au premier jour d'aoust à Bruges pour le fait des trêves d'entre nous et beau cousin de Bourgongne. Et que là se tiennent vos facteurs pour appoincter de toutes choses; et ferons tant > se Dieu plaist, que vous serez bien content. »

Et oultre disoit que ledit Gallet avoit dit que le roy d'Angleterre avoit recuilli le gouvernement et que ledit duc d'Iorck estoit allé en Galles, et que à ceste cause ledit Gallet s'estoit adrecié audit roy d'Angleterre et lui avoit dit le voulloir et ïntencion dudit duc d'Alençon : dont il le remercioit et faisoit dire par lui qu'il envoyeroit ses ambaxadeurs audit lieu de BrugeS, selon le contenu èsdites lectres, et que ledit duc d'Alençon y envoyast semblablement ; et que lesdits ambassadeurs appoincteroient ensemble desdits vingt mille escuz et aussi de bailler sééllez de toutes autres choses.

Dist aussi et confessa ledit d'Alençon que, tant pour ce que le lieu dessusdit auquel nosdits ennemys lui dévoient envoyer lesdits vingt mille escuz lui estoit long , que , aussi , pour ce qu'il désiroit savoir l'issue de son appoinctement avec nosdits ennemys, il renvoya de rechief ledit Gallet en Angleterre affin de advancer ledit argent, et aussi pour recouvrer ung saufconduit pour ung de ses gens, duquel saufconduit le nom devoit estre en blanc , affin qu'il peust envoyer aucun homme pour besongner avec lesdits An-

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gloiz, là où mestier eust esté, et passer ses appoinctemens.

Et que en oultre il deist audit Gallet qu'il ne savoit quelles les fortunes de la guerre seroient, et au'il vouldroit bien avoir quelque retrait en Angleterre se le cas advenoit, affin qu'il se traïst

Î>ar dellà ; et qu'il lui parla de la duchié de Bethord , de la duchié de Clocestre et des terres que les ducs dessusdits duchiez tenoient en leur vivant , afin qu'il en fust parlé au roy d'Angleterre. Et que au parlement dudit Gallet, il lui bailla uneslectresadresans audit duc d'Iorck, contenant ceste forme : « Seigneur, je me recommande à vous, et me donne grant merveille que autrement je n'ay eu nouvelles de vous par ce porteur, et vous prie que m'en facez savoir de brief , et le vueillez croire de ce au'il dira de par moy. » Et oultre, escrivit autres lettres à Maistre Loys Gallet, demourant en Angleterre, et père dudit Maistre Emond , contenant que ledit d'Alençon le mercioit de sa bonne voullenté qu'il avoit vue à lui , ainssi qu'il avoit sceu par son filz, et qu'il adreçast tousjours les matières.

Di'soit oultre que, ainssi que lui et ledit Maistre Emond devisoient des matières , ledit Maistre Edmond lui dist que l'intention desdits Anglois estoit que le duc ae Glocester et le filz du sire de Talboth descendroient en Guyenne à tout dix ou douze mille combatans; et que le roy d'Angleterre et ledit d'Iorck et autres descendroient en nostredit pays de Normendie, et le duc de Bouquinghan, et le conte de Willechet, et Duncheste, dessendroient à Callais et vendroient par Picardie à dix ou douze mille combatans.

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Oultre plus dist et confessa ledit d'Alençon avoir parlé à Fortin, son varlet de chambre, affin que ledit Fortin fust de son aliance touchant le fait desdits Aneloiz. Et en oultre lui a voit donné charge de savoir comment nostre place de Grantville estoit emparée et s'elle estoit bien fortiffiée et quelles repparacions on y avoit faictes, et en espécial du costé où elle avoit esté autreffoiz pnnse. Et que se il se fust joinct avec lesdits Angloiz comme il espéroit qu'il feist, il eust bien voulu trouver manière , par quelque moien que ce eust esté, de bailler ladite place de Grantville et toutes les autres places qu'il lui eust été possible ausdits Angloiz , et faire tout le povoir et diligence qu'il eust peu.

Disoit oultre ledit d'Alençon qu'il a esté meu de faire exciter et esmouvoir lesdits Angloiz à venir descendre en ce dit royaulme par lesdits messagiers, à la subeescion d'un nommé Mathieu , prestre , duquel il ne savoit le surnom, qui se disoit estre du pays de Lion et serviteur du bastard d'Armignac. Lequel, comme disoit icel* lui d'Alençon, lui avoit apporté lectres de créance sur le porteur d'icelles , de par nostre dit filz le Daulphin et aussi de par le bastard d'Armignac , èsquelles lectres de nostredit filz , ledit d'Alençon , ainsi qu'il disoit , faisoit doubte, pour ce qu'elles n'estoient pas en la forme selon laquelle nostredit filz lui avoit acoustumé escripre.

Et aussi faisoit doubte en la signature desaites lectres. Sur laquelle chose et à sa requeste eussent esté examinez par aucuns noz commissaires, plussieurs tesmoins nommez par ledit d'Alençon, ses serviteurs de son hostel, lesquelz affer-

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nièrent comme ilz avoient veu ledit prestre. Et aussi eust esté examiné ledit Maistre Emond Gallet , avecques lequel ledit d'Alençon se disoit avoir bien amplement communiqué touchant le fait dudit prestre , et ledit Gallet eust esté sur ce confronté avec ledit d'Alençon.

Aussi eussent esté interrogez sur ce lesdits messagiers et autres complices dudit d'Alençon, lesqueïz, comme estoit à croire, dévoient savoir de ladite matière ou cas que ce fust chose vraye. Par tous lesquelz tesmoings n'a esté trouvez aucune chose de ce que dist est en ceste partie par ledit d'Alençon ; ainssoiz aient desposé plussieurs choses qui donnent présumption au contraire.

Et en oultre disoit ledit d'Alençon que oncques n'eult lectres de nostredit filz , et ne ouyt parler de ladite matière à aultre que audit Mathieu, et ne savoit encores s'il le disoit de lui mesme ou par qui il le disoit, et que ledit d'Alençon n'avoit oncques veu povoir ne instruction de nostredit filz touchant telle matière.

Et sur ce et autres choses eussent esté faictes audit d'Alençon plussieurs remonstrances par lesquelles eust apparu que c'estoit chose controuvée par lui, pour soy cuider couvrir et donner coulleur à sa charge» Ausquelles remonstrances, ou à la plus part d'icelles, ledit d'Alençon eust dit qu'il n'y savoit que respondre, ou autres parolles d'autre effect.

Et oultre plus , icellui d'Alençon , en parlant dudit prestre et en respondant ausdites remonstrances et aussi aux interrogacions qui sur ce lui avoieni esté faictes, eust esté vaxillant et

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variant en plussieurs poîntz et articles 9 comme ce appert plus applain par ledit procès. Parquoy ne par chose qui ait esté dicte par ledit d'Alençon, ne depposée par lesdits tesmoings sur ce examinez et à sa requeste, et autrement par chose contenue oudit procès, n'a esté trouvé chose parquoy nous et nostredite court devions tenir ne tenons nostredit filz , ne aussi ledit bastard d'Armignac, aucunement chargés envers nous et justice.

Et depuis eult esté conclud et délibéré que ledit proçès estoit en estât à juger.

Savoir faisons que, veues et visitées par nous et nostredite court, garnve des pers et d'autres, comme il appartient, les charges, informacions et confrontacions des tesmoings faictes à rencontre dudit d'Alençon, ensemble les confessions et autres choses contenues oudit procès bien au long et à très grande et menue délibéracion de nostredite court garnye comme dessus ; avons dit et desclairé, disons et desclairons par arrest ledit d'Alençon estre criminel de lèze-majesté, et comme tel estre privé et débouté de l'onneur et dignité de parrye de France , et autres dignités et prérogatives.

Et l'avons condampné à recevoir mort et estre exécuté par justice.

Et avecques ce , avons desclairé et desclairons tous ses biens quelconques estre confisquez et à nous compecter et appartenir.

Toutteffois , nous avons réservé et réservons de faire et ordonner sur le tout nostre bon plaisir. Lequel desclairons estre tel , c'est assavoir que, au regard de la personne dudit d'Alençon,

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nous plaist que l'excécucion d'icelle soit différée jucques à nostre bon plaisir.

Et quant aux biens qui furent et appartinrent audit d'Alençon, jà soit ce que, veu l'énormité des cas et crimes dessus desclarés , les enffans d'icellui d'Alençon 9 selon droit et usages gardez en tel cas , deussent estre privez et débouttez de tous biens, honneurs et prérogatives, et vivre en telle povreté et mendicité que ce fust exemple à tous autres , néantmoins , en remenbrance aes services des prédécesseurs dudit d'Alençon faiz à nosdits prédécesseurs et à la chose publicque de nostre royaulme; espérant aussi que lesdits enffans se gouverneront et conduiront envers nous comme bons, vrays et loyaulx subgetz doivent faire envers leur souverains seigneurs, et en faveur et contemplacion des requestes à nous sur ce faictes par nostre trèschier et trèsamé cousin le duc de Bretaigne , oncle dudit d'Alençon ;

Nous, de grâce, en modérant la confiscacion et forfaiture dessus desclairée , voulions desclairer et nous plaist , en tant que touche les biens meubles qui furent audit d'Alençon, qu'ilz soient et demeurent à ses femme et enffans , réservé à nous l'artillerie, harnoiz et autres habillemens de guerre.

Et au regard des seigneuries et biens immeubles , nous , en modérant comme dessus , retenons à nous les ville , chasteaux , chastellenie et viconté d'Alençon ; les ville , chasteau , chastellenie et viconté de Dompfront; les ville, chasteau , chastellenie et viconté de Vernoil , tant de çà que de la rivière d'Orne , avec les apparte-

nances, deppendances desdites villes, chasteaux, chastellenies et vicontés ; lesquelz dès à présent nous unissons, adjoingnons et incorporons au patrimoine et domaine de nostre couronne.

Et avecques ce avons retenu et retenons à nous le surplus des chasteaulx, chastellenies, terres , vicontez , fiefs , rentes , revenues , pocessions et biens immeubles qui furent de la duchié d'Alençon, adjacence et appartenance d'icelle duchié, ensemble tous droitz, noms, raisons et accions qui furent et pourroient escheoir, com-

Eecter et appartenir audit d'Alençon , à cause de idite duchié, tant en propriété , pocession c^ue autrement , et tous autres droitz et seigneuries ui sont parties de nostre couronne et appanaee e France, où qu'ilz soient ; réservé la conté du Perche , dont cy après sera faicte mencion ; pour en faire et ordonner nostre bon plaisir.

Et aussi avons retenu et retenons à nous les chasteau, chastellenie, terre et fief de Saint-Blançay, en Touraine, ensemble ce que ledit d'Alençon avoit et prenoit sur les péages de nostre ville de Tours, et autres rentes, fieë et revenues que icellui d'Alençon avoit et prenoit en nostredite ville et chastellenie de Tours, pour en faire et ordonner comme dessus.

Et semblablement avons réservé à nous fojr et hommages, droitz et recognoessances qui compectoient et appartenoient audit d'Alençon à cause de ladite comté du Perche , sur et pour raison des terres et seigneuries de Nogent-le- Rotrou, ses appartenances et appendences, et autres terres appartenans à nostre trèschier et très-amé cousin le conte du Maine , à cause de

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nostre très chière et trèsamée cousine sa femme.

Et au regard des autres terres , seigneuries et biens immeubles qui furent et appartindrent audit d'Alençon , nous les laissons et voulions qu'ilz soient et demeurent ausdits enffans dudit d'Alençon, ainssi et par la manière qui s'en suyt, c'est assavoir: la conté, terre, seigneurie du Perche, pour en joir par Pierre », seul filz dudit Jehan d'Alençon , et par ses héritiers masles, descendus de son corps et loyal mariage, sans toutes voyes aucune dignité ou prérogatives de parrie.

Et quant au surplus des terres et seigneuries qui furent et appartindrent audit Jehan d'Alençon, nous les laissons et voulions qu'elles soient et demeurent aux enffans dudit d'Alençon, tant masles que fumelles, pour en jouir par lesdits enffans soubz nostre main jusques à ce qu'ilz et chacun d'eulx soient en aage ; et après ce qu'ilz seront aagiez*, par leurs mains comme de leur propre chose, et par les héritiers, descendans de leurs propres corps en loyal mariage, et tout selon les coustumes des pays où lesdites terres et seigneuries sont cituées et assises.

En tesmoing de ce, etc.

Donné à Vendosme le dixième jour d'octobre l'an mil quatre cent cinquante huit, et de nostre règne le trente septiesme.

Icelle sentence donnée et prononcée en l'absence dudit Jehan d'Alençon , et après à lui notiffié et fait assavoir en la prison où il estoit, par Monseigneur le grant président de Thorette,

1 . Erreur. Le fils unique de Jean , et qui lui succéda , s'appeloit René et non Pierre.

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