‹ Chronique de Charles VII, roi de France (volume 3)Chapitre 112 sur 229 · Entrevue du 10 septembre · texte numérisé non relu

Entrevue du 10 septembre

i66 Chronique de Jean Raoulet. [1419-

tier', Tenneguy du Chastel et aultres, estans dedens pour le Daulphin , disrent au duc de Bourgogne et aux aultres qu'ils se reculassent; car ils avoient paour qu'ils ne voulsissent commectre en îa personne du Daulphin. Après plusieurs paroles, ils frappèrent sur le duc de Bourgogne et le tuèrent avec le seigneur de Nouailles, Gascon, frère du comte de Foix, qui estoit de sesprincipaulx^.

Il avoit mauvaisement fait meutrir le duc d'Orléans comme dessus, et avoit par traïson mis en la main des Anglois le roy, père du Daulphin, voulans le priver de son royaume et succession, et estoit cause de moult de maulx; pour quoi il estoit de justice de Dieu qu'il fût puny, car tout le royaume estoit brouillé et fut destruit par la traïson.

[Chapitre XI. — Philippe le Bon et les Anglois

entrent au gouvernement. Henri V épouse

à Troyes Catherine de France, Le

comte de Boucan amène au régent

Charles de huit à neuf mille

Écossois. Sièges de

Sens, Montereau

et Melun.]

Incontinent entra dedens Paris le roy d'Angleterre, avecgrant nombre d'Anglois au gouvernement de Paris et des pais qui leur obéissoyent.

I . Pierre Frotier, plus tard baron de Preuîlly. 3. Ici le ms. porte en marge : Mort Bourgogne.

1420] Chronique de Jean Raoulet. 167

Et s'fforca moult icelui Philippe ', duc de Bourgogne, àe mectre es mains des Anglois, anciens ennemis de France , les villes et pais du roy ; mais Soyssons, Meaulx, Melun, Sens, Monstereau, et autres forteresses en ce pais, où il avoit gens d'armes pour le Daulphin, ne obéirent pas auxdits Anglois et Bourguignons, mais leur résistèrent fort. Adonc ala le roy d'Angleterre le plus ponpeusement qu'il peut à Troyes en Champagne, là où estoient le roy, la royne et Madame Katherine, qui estoit es mains des Bourguignons. Ledit duc de Bourgogne avoit assiégé à Crespy La Hire, Poton(?) et prins ; puis vint à Troyes. Et là le duc de Bourgogne, qui tout faisoit faire, livra et bailla dame Katherine, fille du roy, audit roy d'Angleterre pour espouser , ainsi que par devant ils avoient appointié. Lequel là mesme l'espousa*. Moult extrême Anglois fut icelui Philippe, duc de Bourgogne, et encores plus que son père n'avoit esté; car par sa faveur la plus partie du pais de France, Normandie, Brie, Champagne et les environs furent par eulx despeuplés, églises brûlées et du tout destruites, innumérables hommes mors desconfès 3, femmes et filles violées, et gens inhumainement et cruellement tourmentés.

Et tantost après vindrent d'Escoce au sescour du Daulphin, estant environs les pais de Berry,

1. Leduc de Bourgogne tué à Montereau étoit Jean-sans- Peur. H eut pour successeur son fils, que l'auteur introduit ici en scène sous cette forme de langage : « icelui Philippe», Philippe le Bon. Voy. ci-dessus notre t. i, notice, p. xlix,

2. Traité du 21 mai 1420. Le mariage eut lieu le a juin. j. Morts sans confession.

i68 Chronique de Jean Raoulet. [1420-

le conte de Bouchan , fils du duc d'Albanye et autres pluseurs nobles et vaillans Escoçois, jousques au nombre de huit à neuf mille, qui lui aidèrent et servirent bien pour résister aux Anglois et Bourguignons. En celle saison, le roy Henry d'Angleterre assiéga Sens, que tenoyt le sire de Guitry, avec autres gens d'armes, pour le Daulphin; lequel , voyant que ne povoit longuement résister à la puissance desdits Anglois et Bourguignons, rendit la ville par composicion et s'en ala avec ses gens et biens.

En cet an que l'on disoit mille quatre cent dix-neuf', vint icelui roy d'Angleterre assiéger Monstereau, lequel, après plusieurs beaux faiz d'armes de chascun costé, il gaigna par composicion.

Puis retourna à Paris, et de là vint assiéger Melun à grosse puissance d'Anglois et Bourguignons; et y mena le roy d'Escoce, qu'il avoit prins sur mer 2. Et aussi là vint le duc Rouge J d'Alemaigne à grant armée. Adonc furent commis pluseurs assaulx de chacun costé et fais d'armes moult vaillans. Dedens estoit Barbazan4 et le seigneur de La Borde , à grosse garnison

1. Lisez 1420. Le siège de Montereau eut lieu «à l'entrée de juin». (Monstrelet, etc.)

2. Voy. sur ce point Wavrin de Forestel, édition donnée par Mademoiselle Dupont pour la Société de l'histoire de France, 1858, in-8, t. i, p. 209.

j. <( A l'aide des Anglois vint le duc Rouge, aliàs Roger de Bavière, qui avoit espousè la sœur du roy d'Angleterre». (Chronique du hèrault Berry, publiée par Godefroy dans VHisîûire de Charles VI, 16$}, in-folio, p. 4J9.)

4. Arnald Guilhem, seigneur de Barbasan en Bigorre. Il fut inhumé, comme Du Guesdin, à Saint-Denis.

1421] Chronique de Jean Raoulet. 169

de vaillans hommes. Mais pour la multitude de gens et grande puissance que avoit le roy d'Angleterre, et par la neccessité de vivres qu'ils souffroyent pour la bateure des murailles, ils se rendirent tous prisonniers à la voulenté dudit roy d'Angleterre; car aussi ne povoyent ils avoir sescour du Daulphin , qui estoit embesoigné en autre pais. Et durant le siège cy mis, fist armes le roi d'Angleterre avec Barbasan; et ce nonobstant, quant il le tint à Paris il le fist "...

[Chapitre XII. — Bataille de Baugé. Sièges de

Galardon , Montmirail , Meaux. Le Dauphin

en Languedoc. Il revient en Berry avec

des forces. Siège de Cône. Regnault

de Chartres va chercher de

nouveaux secours en

Ecosse.]

En l'an que l'on disoit mille quatre cent vingt ^^ petit devant Pâques, le seigneur de Ruelle î, connestable des Escocois, venus à l'aide du

1. «...Il le fist combattre avec plusieurs et par fois?» Ces mots sont d'une lecture très-douteuse. En 1424, Barbasan, tombé au pouvoir des Anglois, fut mis en jugement à Paris. Dans ce procès de Barbasan, qui nous est resté, Jean Raoulet est signalé ou mentionné comme un capitaine au service du Dauphin. Il y est dit que Jean Raoulet et ses gens, en 1420, «prindrent Torsenay, cappitaine de Dammartin», grief ou action de guerre qui étoit imputé au seigneur de Barbasan. Voy. ms françois Colbert 9681,5,, folio 125; ci-après p. 23 j, note 2, et p. 247, note i.

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