Chapitre
Enîreprinse de chresîiens sur les Turcqs,
Aultre mémoire contenant qu'un nommé le chevalier blanc, mareschal de Hongrie, le- 3uel n'estoit pas noble , car il estoit mareschal e son mestier auparavant qu'il se mit à la guerre, capitaine soubs le roy de Hongrie, se mist sur les rangs pour combatre les Turqs. Et avoit en sa compaignie de vingt à vingt-quatre mille combatans, lesquels avoient desja gaigné le port de Sambrime , et avoit bien lors le Turc quatre-vingt mille hommes. Auquel lieu ils furent et s'arrestèrent quinze jours , pour attendre toute la puissance qui pourroit venir soubs luy et ses gens.
Ce venu à la cognoissance du susdit chevalier blanc , il partist de Morienne et vint se joindre audit Turcq environ deux heures avant le jour; là où il fut tellement combatu contre ceux qui estoient descendus à terre , que tout y fut tué, jusques au nombre susdit de vingt-quatre mille qu'ils estoient. Sur quoy ceux qui restoient encor sur la mer, voyans un tel désastre arrivé sur eux, et la fortune estre ainsi tournée contre leurs gens, ils s'enfuirent; et ne peurent estre pour-
l'an 14^6, etnon à l'année 145 3, de l'ère chrétienne. Le pape Nicolas V, à qui cette lettre est nominalement adressée (voy. page 36, note i), occupa le trône pontifical du 6 mars 1447 au 24 mars 14 jj (n. s. ), époque de sa mort : la]]date devroit donc porter l'an 8j7 de Mahomet.
suivis, pource que ledit chevalier blanc n'avoit aucuns navires.
En ce rude et aspre combat, lesdits Turqs combatirent et se deffendirent fort vaillamment tout ce qui se pouvoit, tant que ledit chevalier y fut fort navré , avec plusieurs de ses gens : et ainsi s'en retourna, et y furent pris cinquante Turcs ou environ , ausquels ce chevalier blanc voulut seulement donner la vie ; dont il envoya six au susdit pape Nicolas , six au roy de France, et six au duc de Bourgogne. Un propre cousin du Turcq fut aussi prins. Par ainsi demeura ledit port au chevalier blanc.