FRAGMENT A
Chronique de Jean Raoulet, ou Chronique anonyme du roi Charles VU {de 140 j à 1429) ».
[Chapitre I. — Prologue de l'auteur.
Naissance de Charles VII. Son
baptême. Ses gouverneurs.
Sa destinée^.']
Affin que mieulx on puisse a[voir] cognoissance des [haultz ?] taiz et aussi [de l'heur ?]
1 . Voy. notice ci-dessus, t. I , p. xlvij. — Les amateurs de notre histoire accueilleront sans doute avec plaisir cette petite chronique inédite. Elle contient, comme on verra, diverses particularités neuves et intéressantes. Ce fragment est malheureusement très-court et très-négligé. Le manuscrit , interrompu et mutilé, paroît en outre avoir été rédigé à la hâte. Le texte, d'une lecture déjà difficile, est hérissé de ratures et de surcharges. L'auteur n'a pas toujours pris la peine ou le temps de se relire et de raccorder le discours. Sa chronologie^laisse beaucoup à désirer. Tout en respectant scrupuleusement l'original, nous avons essayé de remédier i ces inconvénients par des éclaircissements que nous soumettons, sous La forme de notes, au lecteur.
2, La chronique ou fragment de Jean Raoulet est dé-
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et félicité de Charles Vile de ce nom, roy de France, qu[i furent ou qu'il eut ?] en son temps et règne, il est molt convenable dire et raconter en bref, par manière de prologue, ce qu'il s'ensuit , combien que au long il est escript cy-devant es croniques de Charles Vie de ce nom , roy de France, son père. Duquel et de dame Isabel, fille du duc de Bavière, royne de France, il fut guatriesme fils, procréé et né à Paris le dix-huitiesme jour de février mil quatre cent et deux ' . Et là fut nourrit et instruit en science et meurs, par pluseurs nobles et saiges seigneurs : Hugues de Noyers 2, le seigneur de Beauvau ? , le seigneur de Mailly 4 et damoyselle Jehanne du Mesnil $ , et autres nobles du
pourvue de chapitres et rubriques. Nous avons jugé nécessaire, pour la commodité des recherches, d'introduire dans le texte ces utiles divisions. Afin d'éviter toute méprise, nous plaçons entre crochets ces additions de l'éditeur.
1. Charles VII naquit, non pas le i8, comme le dit notre chroniqueur avec inexactitude, mais le 21 ou le 22 février 1403 nouveau style. J'ai composé un mémoire spécial sur l'état civil des princes et princesses nés de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Ce mémoire , où j'ai tenté d'édaircir les qiiestions relatives à la date de la naissance, mariage, etc., de chacun de ces enfans, doit paroître prochainement dans la Bibliothèque de l'École des chartes.
2, 3, 4, j. Hugues de Noyers ou Noé, chevalier (disent les auteurs de V Histoire gènèaologique de la maison de France^ I7Î3» in-folio, au chapitre des Grands-écuyers, t. VIII, p. 472), fut institué premier écuyer du corps et maître de l'écurie de Charles, fils du roi de France, dauphin de Viennois, duc de Touraine et de Berry, comte de Poitou, lorsque ce dauphin n'était que comte de Ponthieu. Il y fut depuis confirmé par lettres données au château de Rouen le 4 août 141 7. Il en prêta serment dans les mains du chancelier le $ septembre suivant, et en fut déchargé en 1419. En 141 7, après la conspiration qui devoit éclater
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royaume. Le <juel, après son nasquiment, fiit tenu sur les sains fons de baptesme par Charles
cette année aux fêtes de Pâques , le Dauphin fit don à Hugues de Noyers des biens confisqués sur Nicole d'Orgemont , l'un des conspirateurs (PP, n" 1 18, f» 79). Au mois d'août 1419, conseiller et chambellan du régent, il signa le traité du Ponceau, passé entre Charles et le duc de Bourgogne ÇBarante). Au mois de février suivant, Hugues de Noyers (écuyer), conseiller du dauphin, donne quittance de 2,000 livres à lui ordonnées par le Dauphin sur le receveur général de toutes les finances. Hugues venoit d'être nommé capitaine du châtel de Roquemaure en Languedoc (Anselme , ibidem). En 1428 et 1429, chevalier, maître d'hôtel du roi, il étoit Wsiteur général des gabelles à sel du Languedoc , adjoint à l'évêque de Laon (Guillaume de Champeaux), comme administrateur général des finances (D. Vaisséte, in-folio, t. 4, p. 473, et Anselme, ibid.). La même année 1 429 il assista au sacre , et céda par ordre du roi un coursier rouan au ministre La Trimouille. Le roi , par lettres du 5 octobre, pour l'hidemniser de ses dépens, lui accorda 600 livres sur les gabelles de Languedoc (Charte additionnelle 4J7* du British Muséum. Voy. Biblioth. de l'École dis chartes y t. 8, p. 14J, n" 16). Le roi, par autres lettres datées de Loches le 15 octobre 1429, lui accorda une autre gratification de 400 livres {Catalogue Joursanvault^n? 482). Il avoit 1,000 livres de pension en 1432 (Anselme). En 1434 il accompagne le roi à Vienne, en Dauphiné; puis en octobre à Poitiers, comme membre du grand conseil {Charles VII et ses conseillers, p. 16). Nous le retrouvons à Tours en 1436 et 1^38. Là, le 1$ août 1436, le roi lui achète pour ses écuries deux coursiers de poil bai , au prix de 400 écus d'or (Anselme). Le lendemain, Hugues de Noyers, maître d'hôtel, signe en qualité de témoin au contrat de mariage, entre Yolande de France, fille du roi, et Amé ou Amédéé, fils du prince Louis de Piémont (Ms. Brienne, n" 80, f" 137). Par lettres données à Tours le 16 janvier 1437-8, le roi octroyé à son familier 1,000 livres tournois en accroissement de dot de l'une de ses filles que Hugues de Noyers mariait à cette époque (Anselme). 11 figure comme témoin et membre du grand conseil dans la formule finale de plusieurs actes ou lettres-patentes émanés du roi : à Paris le 30 novembre 1437; en novembre 1441 et le
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de Lebret, le quel, en ce jour mesmes , le roy feist conestable de France pour sa proesse.
2 décembre de la même année {Charles VII et ses conseillers). Il existoit encore en 1447, toujours capitaine et châtelain de Roquemaure. Le 2 ( juillet de cette année il donna quittance de 400 livres sur ses appointemens , signée Huguet (Anselme).
3. Pierre I de Bbauvau, seigneur de la Roche-sur- Yon et de Champigny, gouverneur d'Anjou et du Maine , sénéchal d'Anjou et de Provence , appartenoit à une ancienne famille étroitement attachée , depuis le treizième siècle, à la maison d'Anjou. Il fut successivement le bras droit de Louis II , qui le fit en 1417 l'un de ses exécuteurs testamentaires (Bouche, Hist. de Provence j 1665, in-folio, p. 434), et de Louis III , rois de Sicile et ducs d'Anjou. Au sortir de l'enfance, Charles VII épousa Marie d'Anjou. Pierre de Beauvau exerça sur Charles VII , -dés le berceau, l'influence que la maison d'Anjou conserva pendant tout le règne de ce prince. Pierre étoit fils aîné de Jean I de Beauvau et de Jeanne de Tigny. Il naquit vers 1380. En 141 6 il combattoit contre les Anglois en Normandie. En 141 8 il étoit gouverneur de Provence, d'Anjou et du Maine (Berry, le hérault).
En 141811 habitoit Paris, auprès du Dauphin, lorsque les Bourguignons y entrèrent, et contribua, comme le raconte la chronique de Jean Raoulet, à sauver le Dauphin des pé^ rils qu'il couroit en cette circonstance. Signataire du traité de juillet 141 9, dit du Ponceau, il figura dans le camp du Dauphin parmi les acteurs du drame historique qui ensanglanta (10 septembre suivant) le pont de Montereau (Besse, Recueil de pièces, p. 304; Barante, Ducs de Bourgogne). Il est encore mentionné, sous les dates des 14 octobre et 30 novembre , même année , comme un des conseillers et chambellans du régent (Bréquigny, ms. 80, et ci-après page 2jo, en note.)
Louis III et Yolande d'Aragon lui transportèrent, par lettres du 20 octobre 1423, la seigneurie de Champi^y ou Champigné-sur- Vende. La même année (1423) il prit part au succès de la Gravelle , remporté par le jeune et héroïque comte d'Aumale.
Parmi les documents relatifs à la Pucelle réunis par M. Quicherat à la suite des deux procès, on trouve un poème latin, anonyme et contemporain (dont l'auteur me parott
Jean Chartier. IIl. lo
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Cestui Charles Vile fut roy après son père, pour ce que tous ses frères nez devant lui, et
eue Robert Blondel). Quelques vers de ce poème nous apprennent ce qui suit : Pierre de Beauvau , vaiUant et renommé serviteur du roi de France , avoit donné à l'un des frères de ce prince (probablement le dernier dauphin, mort en 1417) un coursier dont la vitesse étoit encore remarquable douze ans après *, en 1429. A cette dernière époque, ce cheval appartenoit au roi, et la Pucelle, arrivant auprès de Charles VII à Chinon , lui demanda ce coursier pour monture. Voici les expressions mêmes du poète :
Est equus hic tecum , yelocior unus in istu^ Quem quondam fratri dédit ille vaUns vir PetruSy qui dominas de Bella valle; fidelis Dilectus que tuus^ et pro te vulnera passas Plurima militiâ; toto jam cognitus orbe.
Hune peto cornipedem^ etc
(Procès, etc., t j, p. -)8, vers 85 à 90.)
Le 17 juillet 1429, Pierre de Beauvau assistoit, à Reims, au sacre de son pupille et de son roi. Il écrivit, ce jour même , avec deux autres gentilshommes appartenant à la reine d( Sicile , une lettre curieuse. Il y rena compte à cette princesse, ainsi qu'à sa fille, la reine de France, Marie d'Anjou , de ce grand événement ( Voy. cette lettre. Procès, t. 5, p. 128 à 131). Beauvau exerçoit, à la date du 10 dé* cembre 1429, les fonctions de lieutenant pour le roi de Sicile Louis III, dans ses comtés de Provence et de Forcalquier. Il jouissoit encore de la même qualité en 14^2 (Bouche, cité, p. 449 et 4$o). En 1431, le lieutenant de Provence fut chargé par Louis III de négocier le mariage qui
* Charles VII, à l'exemple de son père et de sa mère, avoit le goût des chevaux nombreux et de prix. Cest ce qae l'on voit en étudiant les registres des comptes appartenant au règne ou à la période de Charles VI. Il y avoit dans les écuries royales des chevaux qui se payoient 40 livres tournois et mime au-dessous; mais le roi, la reine, et spicialànent ù dauphin Charles y mettoient quelquefois des prix bien plus élevés. En 1420, Guillaume Bataille, conseiller du régent, cède à ce prince iming cheval bay brun , pii blanc derMre et marqué en la cuisse destre, au prix de i , joo livres tournois. » (KK, J3, folio 9, verso.)
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ung autre après, décédèrent par malac't'e en peu de temps. Il eut môlt à souffrir, vivant encore
€ut lieu entre ce prince et Marguerite de Savoie , fille du duc Amédée. En aviil 1432, il prit part à la bataille de Saint- Célerin (voy. ci-dessus t. i, p. 156). Pierre de Beauvau avoit épouse Jeanne de Craon, qu'il perdit en 1421. Il mourut avant le 20 mai 1441. (Voy. Sainte-Marthe, Histoire de la maison de Beauvau^ 1626, in-folio, p. 7 et 116.)
4. Hardouin Vlll, seigneur et baron de Maillé ou Mailly en Touraine, étoit mineur en 1 392. Le 1 3 juin 141 2, il contracta mariage , à Angers, en présence du roi et de la reine de Sicile (Louis II et Yolande), avec Perrenelle d'Amboise. Il figure comme membre du grand conseil présent à des lettres patentes données par le roi Charles VU, à Poitiers le 2 décembre 1427, à Montargis en octobre 1430, à Tours €n septembre 1434 (C/wriM VU et ses conseillers^ 1858, in-8, p. 13, 1$ et 16). Le 17 juillet 1429, au rapport de Monstrelei, il remplit au sacre de Charles VII l'emploi de Vun des pairs de France absent. Il étoit, le ler novembre 1433, grand mattre d'hôtel de la reine, à \oq livres de pension, qui fut augmentée jusqu'à 1,200 livres en 1447. On le retrouve, avec ce dernier titre, auprès de la reine, à Tours, en 1436 (Voy. ci-dessus, t. i, p. 230), et sous la date du 8 septembre 1437 (Archives de la mairie de Tours, registre des dépenses communes). Des fragments de comptes de Marie d'Anjou, qui s'étendent de 14 n ^ M)9f nous le montrent remplissant toujours les mêmes fonctions. Ces fragmens, retirés des magasins de l'artillerie, ont été restitués i la direction générale des archives en 1853. Hardouin vivoit encore en 1466. (Anselme, Hist. généalogique , tic. , au chapitre des Maréchaux de France.)
j. Jeanne du Mesnil figure dans les comptes royaux de Charles VI comme gouverneressc ou gouvernante de Charles, comte de Ponthieu , depuis la naissance de ce prince jus- ^ qu'à l'époque où , selon l'usage , il sortit des mains des femmes; c'est-à-dire de 1403 à 141 1 (KK, n«43, folio 6, à KK, n« 48, folio 36). En 1423, nous la retrouvons inscrite dans le registre ou comptes de l'hôtel de la reine Marie d'Anjou, au chapitre des dettes, pour le terme de sept mois et quatorze jours, compris entre le 16 novembre 1422 et le dernier jum 1423 (KK, 56, folio 24). En 141 9 et années suivantes, Jean et Hervé Du Mesnil étoient officiers du Dauphin.
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son père, et après, du commencement de son règne; mais, en la fin, il fut victorieux et redoubté entre tous les vivants, et il suppédita tous ses adversaires, et recouvra tout son royaume et le acreut, comme on pourra voir par ce qui s'ensuyt.
[Chapitre II. — Assassinat de Louis ^ ducd'OrléanSf proche la porte Barbette,]
En l'an mil quatre cent et sept >, quant, en la présence de ses parents et frères, on le norissoit et instruisoit à Paris, comme dessus, survint débat, contention et haine mortelle, pour envie et convoitise de régner, entre le duc d'Orléans, frère du roy, et le duc de Bourgogne, cousin-germain ; lesquels vouloient, ung chacun par soy, du tout la disposicion et gouvernement du roy et du royaume. Laquelle hayne voyant, le roy en son conseil, pour obvier aux inconvénients qui povoyent s'en ensuyr, envoya le duc d'Orléans avec grosse armée; lequel vint es frontières de Bourdeloys, que les Angloys, anciens ennemys de France, détenoyent de long temps par force. Mais, pour l'importunité de river, il s'en retourna atout son armée deven le roy, à Paris, sans rien faire. Pareillement ftit envoyé le duc de Bourgogne, pour assiéger Ca^ lais, que aussi tenoyent les Angloys par force. Lequel n'y ala pas , ains revint à Paris devers le roy. Lesquels, ainsi retournez, par le moyen du roy et des princes de son sang, firent paix