‹ Chronique de Charles VII, roi de France (volume 4)Chapitre 125 sur 240 · Ou Caaueran · texte numérisé non relu

Ou Caaueran

5. Théaude ou Théodore de Valperga^ famille considérable du Piémont : Valpergue.

184 Chronique de Jean Raoulet. [1424

quante lances de Lombars , qui est03rent n'avoit guères descendus en France au service du roy. Laquelle place fiit prinse par traitié tel que ceux de dedens s'en alèrent à tout leurs biens.

Incontinent le roy eut nouvelle que le siège estoit à Yvry-la-Chaucé » par le duc de Betford et pluseurs Anglois et Bourguignons , et qu'il y avoit journée assignée par Girauït de La Paillière et sa compaignée de rendre la place en cas qu'il n'auroit sescours du roy. Pour lequel sescourir le roy manda tous ses cappitaines et seigneurs nobles de son pais, lesquels s'assemblèrent sur la rivière de Loire. Entre lesquels vint Jehan, duc d'Alençon , et tous les chefs et cappitaines et nobles des basses frontières d'Anjou et du Maine; le conte d'Aumalle et le visconte de Narbonne, et grant noblesse du Daulphiné , d'Auverçne et de Lymosin , et des pais d'environ et obéissans au roy ; d'Escoce, le conte de Bochan, naguères fait connestable de France ; et le conte Duglas, auquel le roy avoit donné le duchié de Touraine à sa vie; et James Duglas, son fils, et pluseurs nobles et vaillans d'Escoce. Tant que l'armée du roy montoit bien vingt mille chevaulx, que naguères le roy avoit envoyé quérir en Escoce ; qui partirent de sur la rivière de Loire, de pluseurs places , et s'assemblèrent tous à Chasteau* dun et à Bonneval ; et de là tirèrent par au dessus de Dreux, et se logèrent sur la rivière d'Eure, à Nonencourt.

Et le lendemain, se misdrent aux champs en

I. Aujourd'hui ivry-la-Bataille, canton de Saint-André, arrondissement d'Évreuz (Eure).

août 14-17] Chronique de J. Raoulet. 185

bataille. Et là firent les seigneurs leurs ordonnances et chevauchèrent fort , droit à Yvry. Et quant ils furent environ huit lieues, vindrent nouvelles de la place que jamais on n'y pourroit estre à temps qu'elle ne fust rendue; et que aussi les adversaires estoient sur une montaigne; et y avoit si grant nombre d'arbalestriers en ce lieu y qu'il n'estoit pas possible en approucher sans mort. Adonc tous les seigneurs tindrent conseil , et ad visèrent qu'il estoit à faire. Et conclurent qu'il valoit mieulx aler prendre Verneuil et autres places sur les ennemis.

Alors tirèrent lesdits seigneurs droit devant Vemoil. Et tantost la ville lust prise ; car ceulx de dedens se retrayrent comme craignans au chastel. Adonc en après aucuns des Françoys entrèrent dedens par sur les murs, le lundi, veille de Nostre-Dame d'aost * , et puis les bonnes gens ouvrirent les portes d'icelle, et fut assiégé le chastel par les Françoys et fort approché , et le lendemain au matin se rendit; puis prindrént par composicion ceulx du chastel. Quant les Anglois cognisdrent que la ville estoit prinse , si attendirent environ deux jours les Françoys devant la ville, en bataille, pour veoi'r se les Anglois vendroient , et jouscjues au jeudi , Qu'ils vouloient desloger, à la péticion des gens a'armes. Et avoit esté ordonné le visconte de Narbonne en garnison, avec mille hommes pour gardes; mais nouvelles vindrent des Anglois^ Mais les chiefs envoyèrent sur les champs Guillaume de Peliège, gentilhomme du pays de

s. Ou Assomption, 15 août; la Vigile, 14.

i86 Chronique de Jean Raoulet. [1424

Berry, homme d'armes moult hardi et lieutenant d'aucuns cappitaines, lequel chevaucha tant qu'il rencontra ung religieux qui avoit chanté la messe devant le duc de Betfort, régent en France pour le roy d'Angleterre , lequel , avec le conte de Salbry et pluseurs autres seigneurs d'Angleterre, à grosse bataille de treize à quatorze mille combatansi tous d'eslite, venoyent pour combatre les François, ainsi que leur certiffia ledit religieux , que ledit de Peliège leur amena. Adonc les François ordonnèrent les batailles, et les ailes, dont Poton, le baron de CoUonches et le Rouscin, cappitaines, atout environ quatre cents lances, avoient la charge de la main gauche devers la forest. Et Théaulde de Valpigne , ou Valpergue , et le borgne Cakeran, avec les Lombars, avoient la charge de l'autre aie, à main destre devers La Justice. Et incontinent que les François visdrent les Anglois^ comme oultre-cuidés 'marchèrent droit à eulx et laissèrent leurs champs. Et se misdrent à pié, fors ceulx des aies qui estoient à cheval , et quant vint au joindre, Poton et ceulx de son costé frapèrent sur Pale des Anglois de leur costé et les desconfirent, et en misdrent bien à mort trois cents ». Et les Lombars de leur costé frappoient sur les Anglois, qui estoient tous ensemble ; mais ils n'entrèrent point dedens. Adonc les Anglois frappèrent sur le visconte de Narbonne et sa bataille , en laquelle estoient tous les Espaignolz, lequel s'estoit avancé ung peu plus que le coRte d'Aumalle. Là fut mort le visconte et Bertran de

I. L*auteur a successivement mis et effacé deux mille, mille, et s'est arrêté à trois cents.

août 17-18] Chronique de J. Raoulbt, 187

Rochefort et Loys de Blanchefort, chevaliers. Incontinent marchèrent les banières des Anglois et joignirent aux banières du conte d'Au* malle, qui avoit grosse bataille. Là fut moult vaillament combattu d'un costé et d'autre, et dura la bataille assez bonne pièce ; et en la fin, fut mort ledit d'AumalIe auprès de sa bannière avec grande chevalerie de François , et aussi le duc d'Alençon « avec sa bataille et plusieurs nobles chevahers. Et après joignirent les Anglois et frappèrent ensemble sur la bataille des Escoçois, qui estoient encore derrière et où estoient environ mille nobles hommes et trois ou quatre mille combatans. Là fut moult fort et longuement combatu de chacun costé ; mais en la fin la vie* toire demoura aux Anglois, et là moururent ledit conte de Bochan, connestable, et le conte Duglas et son fils, et moult d'autres Escoçois, jousques au nombre de plus de quatre mille *. Et aucuns recouvrirent la ville de Vemoil ; desquels % pluseurs se sauvèrent. A celle journée morut oien mille ou quatre mille Anglois ) et plus de huit mille François.

Après, le lendemain, le duc de Betfort vint devant la ville , que lui bailla le seigneur de Rambures , qui estoit dedens. Et s'en alèrent les François avec sauf-conduyt , atout leurs biens. Mais nonobstant le saufconduit, ils en destroussèrent pluseurs aux champs et au saillir de la ville. De là s'eschapa Poton, après qu'il eut bien

1 . Erreur ; le duc , tombé parmi les morts, fut seulement prisonnier.

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