Voy. notice ci-dessus, t. i, p. Ivj
2. Depuis le mois de janvier 141 9 jusqu'au 6 avril 1420^ nouveau style.
}. Ce sommaire n'existe pas dans l'original.
[1419 i^^vier] Abrégé François, etc. 21}
France accordée à Henri V. Le Dauphin prend le titre de régent et tient son parlement à Poitiers. Trêves entre les François ou Charles VI et les Anglois. Prise du Tremblay, sur le Dauphin , par les Anglois et Bourguignons. Siège de Roye en Vermandois pour le Dauphin. Créçy en Valois pris par les Armagnacs, repris par le duc Philippe ou les Bourguignons.]
privez les deux enfans de la dame
et de son feu mary, seigneur du chastel, de leur succession paternelle. De la prinse du dessusdit chastel fut joyeulx le roy d'Angleterre, et dist :
I . Cette première phrase doit sans doute être restituée en ces termes pour le sens : « Et ainsi furent privés les deux enfans, etc.» Il s'agit ici du château de la Roche-Guyon, qui fut pris vers le mois de janvier de l'année 141 9, nouveau style, par Henri V. Ce château appartenoit à une dame qui mérite un ranç illustre dans l'histoire. Elle s'appeloit Perrette de la Rivière , dame de la Roche-Guyon. Veuve d'un chevalier mort à Azincourt, et mère de deux jeunes enfans, Henri V lui proposa de lui laisser son château de la Roche , à condition qu'elle reconnût son autorité ; il voulut en même temps la remarier à un chevalier normand rallié à la cause angloise. La dame de la Roche-Guyon refusa ; elle préféra s'exiler, pauvre et dépossédée, menant ses deux jeunes enfans par la main. Elle vint ainsi trouver le Dauphin, dont elle suivit le parti avec une fidélité inébranlable. Charles VII reconnut les services de la mère et de ses fils. En 1446, Perrette de la Rivière étoit première dame d'honneur de la reine. Elle fut la marraine de Chartes, duc de Berry, frère puîné de Louis XI f Monstrelet, Religieux de Saint-Denis, documens particuliers). — Ce fragment, comme on l'a dit dans la notice, suit pas à pas le récit du religieux de Saint-Denis. Vov. Chronique du religieux de Saint-Denis , publiée par M. Bellaguet, dans la collection des documens inédits^ m-4. Le passage qui correspond au fi-agment commence à la p. 3 1 ) du t. 6. Pour faciliter les références, nous indiquerons, d'intervalle en intervalle, les pages de l'édition de M. Bellaguet qui correspondent aux pages de notre édition du fragment D.
214 Abrégé FRANÇOIS [1419 janv.-
« De tous les chasteaulxde Normandie, ne reste plus à conquérir et mectre en ma subjection que Gizors, Chasteau-Gaiiiart , Meulent et Pontoize, lesquels en bref nous mettrons en nostre obéissance, avec toute Normandie qui de droit nous appartient. » Ceulx de Pontoize, oyans ces nouvelles, se garnirent de gens d'armes, vivres et autres neccessaires pour résister aux Anglois
Suant ils vendroyent, et firent leur cappitaine u seigneur de l'Ile-Adaro.
Combien que le roy ne ceulx de son royaume ne fassent contens de ce que avoit dit le rov d'Angleterre, que pour luy et pour ses heoirs il conquerroit Normandie, et que de droit lui appartenoit ■, touteffois, le roy et son conseil, voyant les divisions entre les princes de son royaume et la fortune des Anglois, anciens ennemis, désirant obvier à plus grans inconvéniens, envoya devers le roy d'Angleterre ses ambassadeurs, affin d'avoir trêves et aucuns accords, lesquels honnourablement reçut, et respondit qu'il estoit bon et convenable avoir accord ensemble pour l'utilité des deux royaumes, et que sur ce failloît avoir advis. Mais pour lors ne fut procédé oultre; et ne cessa point le roy d'Angleterre de guerroyer tousjours. Pourquoy le roy manda de rechef à Melun par certains ambassades à Monseigneur le Daulphin qu'il joignist et feist venir ses gens d'armes avec les siens et ceulx du duc de Bourgogne pour résister aux Anglois. Dont Monseigneur le Daulphin, à l'instance d'aucuns ses conseillers, fut refusant. Mais gaignèrent par am-
1, Voy. édit. Bellaguet, p. 309 a 513.
mars 8] des grandes Chroniques. 2 1 5
blée ses gens d'armes le chastel de Beaumont en Beauvoisin, et misdrent grosse garnison dedens, qui empescheoit les vivres de venir à Paris: Tantost envoya le roy, ou au moins le duc de Bourgogne , le bastard de Tien ' avec grande armée de Bourguignons pour cuider recouvrer ce dit Beaumont. Mais ceulx de dedens les reboutèrent bien vaillamment et en tuèrent et prindrent pluseurs*.
Quant fut le huitiesme jour de mars ensajvant, les gens de Monseigneur le Daulphin entrèrent dedens Soyssons par eschelles de corde et de boys, environ l'aube du jour, par le moyen d^aucuns de dedens qui leur donnèrent ayde. Quant ils furent dedens, ils misdrent à mort tout homme qui faisoit résistence. Aussi tuèrent-ils les guetez qui faisoient maie diligence de garder, et ptuseurs gens meschans qu'ils trouvèrent dormant et qui estoient yvres, et qui aussi jouoient aux dez et semblables jeuz illicites et défendus. Puis après ilz ouvrirent la portç à leur embusche qui estoit au dehors, attendant affin qu'ils entraccnt. Quant ils furent paisiblement dedens, ils contraimurent les habitans à paier grande sonnne de deniers, et tendrent la ville en grande subjec* tion. Aussi s'efforcèrent-ilz de prendre places et grever les Bourguignons; car sur eulx ils prindrent et pillèrent pluseurs cités et forteresses qui se disoyent au roy, combien qu'elfes fussent au duc de Bourgogne; car ses gens d'armes n'entendoientsinon à vivre voluptueuse-
1. Jean de Thien, dit le Bâtard, mort en 1439. Voy. Wavrinde Forestel, édit. Dupont, t. i, p, 294, note r.