CliscoD ou CliftOD
145)] Chronique de Charles VIL 17
amiable coinposicion. A quoy le roy eut esgard, pour deux causes : la première, qu'il estoit prest de faire et rendre le bien pour le mal ; la seconde raison fut qu'il considéra la mortalité qui estoit grande en son camp , ce qui estoit une chose fort à redoubler : de sorte qu'afin de chan* ger air, fut content de composer avec lesdits Angiois , en la manière briefve qui s'ensuit.
C'est à sçavoir, que ladite ville et cité de Bourdeaulx seroit réduite et rendue au roy de France, et demoureroient tous les habitans d'icelle ses vrays et obéissans subgectz, et feroient le serment de non jamais plus eulx rebeller ne souslever contre la couronne de France, recocnoissans et affermans le roy de France estre leur souverain seigneur. Puis les Angiois eurent congié d'eulx en aller par le moyen de leurs navires en Angleterre, ou à Calaix, ainsi que bon leur sembleroit.
Et pour ce que aulcuns des seigneurs dudit pays et de ladite cité avoient esté traistreusement , malicieusement et frauduleusement quérir en Angleterre les susdits Angiois, en rompant la foy, la promesse et le serment qu'ils avoient fait l'année précédente au roy, lequel de force, à grant peine, frais et despens, avoit reconquis cette ville comme à luy appartenant, furent bannis du pays de Bourdelois, au nombre de vin^ personnes, telles qu'il plairoit au roy de choisir du nombre de ceulx qui avoient esté quérir iceubc Angiois en Angleterre, entre lesquels estoient des principaux les sires de l'Esparre, de Duras, et plusieurs autres seigneurs.
Icelle composicion tut ainsi faite le dix-sep-
Jean ChartUr. III. 2
i8 Jean Chartier. [Oct. 17 et mai 28
tiesme jour d'octobre audit an mille quatre cent cinquante-trois.
Et si ' le roy à cet exploit et cette conqueste de conséquence se peina et traveilla grandement de corps et de biens, avec bon sens et moult grant diligence, de sorte qu'après l'aide et la çrâce de Dieu , la bonne et la prudente conduite qui a esté en luy, le doulx aqueuil qu'il avoit coustume de faire à ses gens, et le reconfortement et l'assistance qu'il leur donnoit avec soin en allant de place en aultre, l'ont fait enfin estre et devenir seigneur de tout ce grant pays de Bourdeloys, et cela fort paisiblement.
Tous ses vassaulx pareillement, subgectz et alliez cy-dessus nommez, l'ont tousjours servy bien et loyaument de toute leur puissance, comme [si] c'eust esté de leur propre fait et intérest : en quoy ils en ont esté et sont encore grandement à louer, et, pour le regard et l'amour d'eulx, leurs enfans et successeurs en sont fort honorez. Messire Pierre de Beauvau, seigneur de la Bessière, mourut environ trois jours après la bastaille de Castillon. Aussi fit Messire Jacques de Chabannes, grant maistre d'hostel du roy, qui fut fort plaint , car il estoit vaillant chevalier. De la perte desquels deux personnages ce fiit grant dommaige.
Iceluy pays estant ainsi mis à délivre, se délibéra le roy de s'en retourner en sa cité de Tours. A ce sujet il laissa pour la provision et la garde de ce pays de Guyenne Monseigneur le conte de Clermont, son lieutenant général, et avec luy