‹ Chronique de Charles VII, roi de France (volume 4)Chapitre 79 sur 240 · I . Le premier dimanche après Pâques · texte numérisé non relu

I . Le premier dimanche après Pâques

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c'est assavoir Henry y et que les lectres contenoient en effect ce qu'il s'ensuit. «Très chier cousin, nous vous mercions du bon vouUoir que avez envers nous. Nous envoyerons nos facteurs au premier jour d'aoust à Bruges pour le fait des trêves d'entre nous et beau cousin de Bourgongne. Et que là se tiennent vos facteurs pour appoincter de toutes choses; et ferons tant, se Dieu plaist, que vous serez bien content. »

Et oultre disoit que ledit Gallet avoit dit que le roy d'Angleterre avoit recuilli le gouvernement et que ledit duc d'Iorck estoit allé en Galles, et que à ccste cause ledit Gallet s'estoît adrecié audit roy d'Angleterre et lui avoit dit le voulloir et întencion dudit duc d'Alençon : dont il le remercioit et faisoit dire par lui qu'il envôyeroît ses ambaxadeurs audit lieu de Bruges, selon le contenu èsdites lectres, et que ledit duc d'Alençon y envoyast semblablement ; et que lesdits aml)assadeurs appoincteroient ensemble desdits vingt mille escuz et aussi de bailler sééllez de toutes autres choses.

Dist aussi et confessa ledit d'Alençon que, tant pour ce que le lieu dessusdit auquef nosdits ennemys lui dévoient envoyer lesdits vingt mille escuz lui estoit long , que , aussi , pour ce qu'il désiroit savoir l'issue de son appoinctement avec nosdits ennemys, il renvoya de rechief ledit Gallet en Angleterre affin de advancer ledit argent , et aussi pour recouvrer ung saufconduit pour ung de ses gens , duquel saufconduit le nom devoit estre en blanc , affîn qu'il peust envoyer ^ucun homme pour besongner avec lesdits An-

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gloiz, là où mestier eust esté, et passer ses appoinctemens.

Et que en oultre il deist audit Galiet qu'il ne savoit quelles les fortunes de la guerre seroient, et Qu'il vouldroit bien avoir quelque retrait en Angleterre se le cas advenoit, affin qu'il se traist par dellà; et qu'il lui parla de la ducbié de Bethr tord , de la duchié de Clocestre et des terres que les ducs dessusdits duchiez tenoient en leur vivant , afin qu'il en fiist parlé au roy d'Angleterre. Et que au partement audit Galiet, il lui bailla uneslectresadresans audit duc d'Iorck, contenant ceste forme : « Seigneur, je me recommande à vous, et me donne grant merveille que autrement

par moy.

oultre, escrivit autres lettres à Maistre Loys Galiet, demourant en Angleterre, et père dudit Maistre Emond , contenant que ledit d'Alençon le mercioit de sa bonne voullenté qu'il avoit vue à lui , ainssi ^u'il avoit sceu par son filz, et qu'il adreçast tousjours les matières.

ofsoit oultre que, ainssi que lui et ledit Maistre Emond devisoient des matières, ledit Maistre Edmond lui dist aue l'intention desdits Anglois estoit que le duc de Glocester et le filz du sire de Talboth descendroient en Guyenne à tout dix ou douze mille combatans; et que le roj d'An^eterre et ledit d'Iorck et autres descendroient ennostredit pays de Normendie, et le duc de Bouquinghan, et le conte de Willechet, et Duncheste^ dessendroient à Callais et vendroient par Picardie à dix ou douze mille combatans^

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Oultre plus dist et confessa ledit d'Alençon avoir parlé à Fortin, son varlet de chambre, afTin que ledit Fortin fiist de son aliance touchant le fait desdits An^loiz. Et en oultre lui avoit donné charge de savoir comment nostre place de Grantville estoît emparée et s'elle estoit bien fortiffiée et quelles repparacions on y avoit faictes, et en espécial du costé où elle avoit esté autreffoiz pnnse. Et que se il se fust joina avec lesdits Angloiz comme il espéroit qu'il feist, il eust bien voulu trouver manière , par quelque moien que ce eust esté, de bailler ladite place de Grantville et toutes les autres places qu'il lui eust été possible ausdits Angloiz, et faire tout le povoir et dilli^ence qu'il eust peu.

Disoit oultre ledit d'Alençon qu'il a esté meu de faire exciter et esmouvoir lesdits Andoiz à venir descendre en ce dit royaulme par lesdits messagiers, à la subgescion d'un nommé Mathieu , prestre, duquel il ne savoit le surnom, qui se disoit estre du pays de Lion et serviteur du bastard d'Armignac. Lequel, comme disoit icel* lui d'Alençon, lui avoit apporté lectres de créance sur le porteur d'icelles, de par nostre dit filz le Daulphin et aussi de par le bastard d'Armignac , èsquelles lectres de nostredit filz , ledit d'Alençon , ainsi qu'il disoit , faisoit doubte, pour ce qu'elles n'estoient pas en la forme selon laquelle nostredit filz lui avoit acoustumé escripre.

Et aussi faisoit doubte en la signature desdites lectres. Sur lac^uelle chose et à sa requeste eussent esté examinez par aucuns noz commissaires, plussieurs tesmoins nommez par ledit d'Alençon, ses serviteurs de son hostel, lesquelz affer«

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mèrent comme ilz avoient veu ledit prestre. Et aussi eust esté examiné ledit Maistre Emond Callet, avecques lequel ledit d'Alençon se disoit avoir bien amplement communiqué touchant le fait dudit prestre , et ledit Gallet eust esté sur ce confronté avec ledit d'Alençon.

Aussi eussent esté interrogez sur ce lesdits messamers et autres complices dudit d'Alençon, Icsauelz, comme estoit à croire, dévoient savoir de ladite matière ou cas que ce Aist chose vraye. Par tous lesquelz tesmoings n'a esté trouvez aucune chose de ce que dist est en ceste partie par ledit d'Alençon ; ainssoiz aient desposé plussieurs choses qui donnent présumption au con* traire.

Et en oultre disoit ledit d'Alençon que oncques n'eult lectres de nostredit filz , et ne ouyt parler de ladite matière à aultre que audit Mathieu, et ne savoit encores s'il le disoit de lui mesme ou par qui il le disoit, et que ledit d'Alençon n'avoit oncques veu povoir ne instruction de nostredit filz touchant telle matière.

Et sur ce et autres choses eussent esté faictes audit d'Alençon plussieurs remonstrances par lesquelles eust apparu que c'estoit chose controuvée par lui, pour soy cuider couvrir et donner couUeur à sa charge. Ausquelles remonstrances, ou à la plus part d'icelles, ledit d'Alençon eust dit qu'il n'y savoit que respondre, ou autres parolles d'autre effect.

Et oultre plus , icellui d'Alençon , en parlant dudit prestre et en respondant ausdites remonstrances et aussi aux interrogacions qui sur ce lui avoient esté faictes, eust esté vaxillant et

variant en plussieurs pointz et articles , comme ce appert plus applain par ledit procès. Parquoy ne par chose qui ait esté dicte par ledit d'Alençon, ne depposée par lesdits tesmoings sur ce examinez et à sa requeste, et autrement par chose contenue oudit procès, n'a esté trouvé chose parquoy nous et nostredite court devions tenir ne tenons nostredit filz , ne aussi ledit bastard d'Armignac, aucunement chargés envers nous et justice.

Et depuis eult esté conclud et délibéré que ledit procès estoit en estât à juger.

Savoir faisons que, veues et visitées par nous et nostredite courti gamye des pers et d'autres, comme il appartient, les charges, informa* cions et confrontacions des tesmoings faictes à l'encontre dudit d'Alençon, ensemble les confessions et autres choses contenues oudit procès bien au long et à très grande et menue délibéracion de nostredite court gamye comme dessus ; avons dit et desclairé , disons et desclairons par arrest ledit d'Alencon estre criminel de lèze-majesté, et comme tel estre privé et débouté de l'onneur et dignité de parrye de France, et autres dignités et prérogatives.

Et Pavons condampné à recevoir mort et estre exécuté par justice.

Et avecques ce , avons desclmré et desclairons tous ses biens quelconques estre confisquez et à nous compecter et appartenir.

Toutteffois , nous avons réservé et réservons de faire et ordonner sur le tout nostre bon plaisir. Lequel desclsdrons estre tel , c'est assavoir que, au regard de la personne dudit d'Alençon,

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nous plaist que Texcécucion d'icelle soit différée jucques à nostre bon plaisir.

Et quant aux biens c^ui furent et appartindrent audit d'Alençon, jà soit ce que, veu l'énormité des cas et crimes dessus desclarés, les enffans d'iceilui d'Alençon , selon droit et usages gardez en tel cas, deussent estre privez et débouttez de tous biens, honneurs et prérogatives, et vivre en telle povreté et mendicité que ce fust exemple à tous autres , néantmoins , en remenbrance aes services des prédécesseurs dudit d'Alençon faiz à nosdits prédécesseurs et à la chose publicaue de nostre royaulme; espérant aussi que lesoits enffans se gouverneront et conduiront envers nous comme bons, vrays et loyaulx subgetz doivent faire envers leur souverams seigneurs, et en faveur et contemplacion des requestes à nous sur ce faictes par nostre trèschier et trèsamé cousin le duc de Bretaigne , oncle dudit d'Alençon;

Nous, de grâce, en modérant la confiscacion et forfaiture dessus desclairée , voulions desclairer et nous plaist, en tant que touche les biens meubles qui furent audit d'Alençon, qu'ilz soient et demeurent à ses femme et enffans , réservé â nous l'artillerie , hamoiz et autres habillemens de guerre.

Et au regard des seigneuries et biens immeubles, nous, en modérant comme dessus, retenons à nous les ville, chasteaux , chastellenie et viconté d'Alençon ; les ville , chasteau , chastellenie et viconté de Dompfront; les ville, chasteau, chastellenie et viconté de Vemoil, tant de çà que de la rivière d'Orne , avec les apparte-

nances, deppendances desdites villes, chasteaux, chastelienies et vicontés ; iesquelz dès à présent nous unissons, adjoin^ons et incorporons au patrimoine et domaine de nostre couronne.

Et avecques ce avons retenu et retenons à nous le surplus des chasteaulx, chastelienies, terres , vicontez, fiefs , rentes , revenues , pocessions et biens immeubles qui furent de la duchié d'Alençon, adjacence et appartenance d'icelle duchié, ensemble tous droitz, noms, raisons et accions qui furent et pourroient escheoir, com-

Ecter et appartenir audit d'Alençon , à cause de lite duchié, tant en propriété , pocession que autrement, et tous autres droitz et seigneuries

3ui sont parties de nostre couronne et appanace e France, où qu'ilz soient ; réservé la conté du Perche , dont cy après sera faicte mencion ; pour en faire et ordonner nostre bon plaisir.

Et aussi avons retenu et retenons à nous les chasteau, chastellenie, terre et fief de Saint-Blançay, en Touraine , ensemble ce que ledit d'Alen-

Son avoit et prenoit sur les péages de nostre ville e Tours, et autres rentes, fiete et revenues aue îcellui d'Alençon avoit et prenoit en nostreaite ville et chastellenie de Tours, pour en faire et ordonner comme dessus.

Et semblablement avons réservé à nous fojr et hommages, droitz et recognoessances qui compectoient et appartenoient audit d'Alençon à cause de ladite comté du Perche , sur et pour raison des terres et seigneuries de Nogent-le- Rotrou, ses appartenances et appendences, et autres terres appartenans à nostre trèschier et très-amé cousin le conte du Maine, à cause de

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nostre très chière et trèsamée cousine sa femme.

Et au regard des autres terres, sei^euries et biens immeubles qui furent et appartmdrent au* dit d'Alençon , nous les laissons et voulions qu'ilz soient et démeurent ausdits enffans dudit d'Alençon, ainssi et par la manière qui s'en suyt, c'est assavoir : la conté, terre, seigneurie du Perche, pour en joir par Pierre S seul filz dudit Jehan d'Alençon , et par ses héritiers masles, descendus de son corps et loyal mariage, sans toutes voyes aucune dignité ou prérogatives de parrie.

Et quant au surplus des terres et seigneuries qui furent et appartindrent audit Jehan d'Alençon, nous les laissons et voulions qu'elles soient et demeurent aux enifans dudit d'Alençon, tant masles que fumelles, pour en jouir par lesdits enffans soubz nostre main jusques à ce qu'ilz et chacun d'eulx soient en aage ; et après ce qu'iiz seront aagiez>, par leurs mains comme de leur propre chose, et par les héritiers, descendans de leurs propres corps en loyal mariage, et tout selon les coustumes des pays où lesdites terres et sei^euries sont cituées et assises.

En tesmomg de ce, etc.

Donné à Vendosme le dixième jour d'octobre Pan mil quatre cent cinquante huit, et de nostre règne le trente septiesme.

Icelle sentence donnée et prononcée en l'absence dudit Jehan d'Alençon , et après à lui notiffié et fait assavoir en la prison où il estoit, par Monseigneur le grant président de Thorette,

1. Erreur. Le fils unique de Jean, et qui lui succéda^ s'appeloit René et non Pierre.

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