I . Pierre de Beauvau
bien vaillamment et courageusement à l'encontre d'iceulx Anglois, dangereux adversaires du roy.
Or va venir de grant armée et prompt abord ledit Talbot et sa compaignie, qui arrivèrent droit à la barrière, cuidans entrer oudit champ. Mais ils y trouvèrent belle frontière de vaillans gens, bien experts au faict de la guerre. Lesquels firent bon visage et hardy, et accueillirent bien vertement et comme il faut ces Anglois, et très hardiment les repoussèrent et firent reculer, dont ils furent fort esbahis, veu ce que leur avoient mandé ceulx de dedans, qui estoit bien au contraire d'un tel succès.
En cette journée ledit Talbot estoit monté sor une petite hacquenée, dont il ne descendit point, et ne se mist à pié , pource qu'il estoit fort ancien homme, desjà vieil et usé. Mais il fist mettre pié à terre à tous ceulx de sa compaignie qui estoient venus à cheval. Quand ces Anglois arrivèrent, ils avoient huict bannières acsployées, tant du roy d'Angleterre oue de Sainct- George , de la Trinité, et audit Taloot , avecques plusieurs estendars sciemment malicieusement pourpensez et inventez , chargez d'inscriptions et devises injurieuses, au mespris et desdam des bons François qui soustenoient le fidèle party de leur roy légitime.
Adonc commença grant et terrible assault , où il y eut et se passèrent de grans vaillances de
f)art et d'aultre , main à main , et y fut merveileusemént combatu à coups de haches, guisar* mes , lances et de traict moult vaillamment. Ce chaplis dura par l'espace d'une grosse heure. Car iceulx Anglois y revenoient tousjours avec
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grande ardeur ; et aussi les François ne s'espargnoient à les bien recevoir. En après , pour rafraischir les François et leur donner secours, dautant qu'ils avoient tant travaillé à la garde et conservation d'icelle barrière , et à résister aux Anglois, qu'ils n'en pouvoient plus, lesquels Anglois estoient très fort maltez, furent envoyez ûuérir les sires de Montauban et de la Hunau* aaye , qui gouvemoient et conduisoient les gens
Sue le auc de Bretaigne avoit envoyez au roy , esquels estoit chef et gouverneur le conte d'Estampes , comme dessus est dit. Et ce pqur ren* forcer et ayder à ceux qui avoient tout le jour
f^ardé cette barrière; lesquelles troupes auxilaires , de grand et noble courage, tout d'abord et incontinent qu'ils furent arrivez, firent tant, à l'ayde de Dieu et par leur prouesse , que les Angfois tournèrent enfin le dos, et qu'ils furent mis en fuite et deffaits. Et lors toutes leurs bannières furent abatues et renversées par iceulx Bretons , lesquels en sont demourez bien dignes de recommandation. Il y avoit lors , et on entendoit dedens ledit champ, une si terrible tempeste, et une telle cliqueterie de coulevrines et ribaudequins , que c'estoit une merveilleuse chose à ouyr.
Et tellement y fiit à cette fois besongné sur iceulx Anglois , qu'il leur convint à la fin et qu'ils furent contraints de s'enfuir, comme il vient d'estre dit. Et furent adonc toutes leurs bannières ruées jus, et là demeurèrent plusieurs mors sur la place ; spécialement y fut férue d'un coup de coulevrine la hacquenée d'iceluy Talbot. tellement qu'elle cheut à l'instant toute morte
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par terre; et en mesme temps Talbot, son maistre , fut renversé dessous, lequel fut incontinent tué par quelques archiers. Et ainsi fut ia 6n de ce fameux et renommé chef angiois , qui depuis si longtemps passoit pour l'un des fléaux le plus reformidable et l'ung des plus jurez ennemis de la France, dont il avoit paru estre l'effroy et la terreur ».
Pareillement, en ce n^émorable et signalé combat, furent tuez le fils d'iceluy Talbot, nommé le seigneur ou sire de l'Isle , Messire Hedouel Houl , chevalier, Thomas Omigan ou Auringhem, le sei^eur de Puguillan >, Cascon, avec trente chevaliers du royaulme d'Angleterre, et des plus vaillans hommes , comme on disoit. Et y fut prins le susdit sire de Molins. Et pour ce que les François estans à pié estoient fort lassez et travaillez , et tous hors d'haleine , ils ne peu* rent pas bien sufifire et fomir, ne pourvoir par tout. De sorte que plusieurs Anglois et Gascons eschappèrent de cette bataille , oui se sauvèrent en ladite ville de Castillon , où plusieurs d'iceulx fuyans se retirèrent, jusques au nombre de près de cinq mille, entre lesquels estoit le fils du
1. André Thevet, dans ses Vrais portraits des hommes illustres^ etc., Paris, Kcrver, 1584, in-folio, f» 282, a publié un portrait de Talbot, gravé entaille-douce. Ce portrait , qui çaroît provenir d*une bonne source, représente Iç fameux capitaine to'ut armé et portant une épée. Thevet, dans la notice qtii accompagne Pestampe, donne des détails curieux sur cette épée, qui auroit été retrouvée dans la Gi-' ronde longtemps après la mort du chef angiois. M. Teulet, membre de la Société des antiquaires de France, a lu à cette compagnie, en 1856 , une notice sur cette épée de Talbofk '