I. Pâques, le 27 mars
1407] Chronique de Jean Raoulet. 149 et accord ensemble et pardonnèrent et remisdrent l'un à l'autre toutes injures et malvueillances, en signe et pour confirmation de quoy il receurent ensemble le précieux corps de Dieu et jurèrent de n'en jamais contractier dommaige, injure ni déshonneur l'un de l'autre.
Ce nonobstant, environ xv jours après, la vigile S. Clément', le duc de Bourgogne, par traïson, fit tuer et meurtrir de nuyt le duc d'Orléans, qui de rien ne se doubtoit, en plain de rue, au lieu nommé à Paris ^ la porte Barbète, quant il venoit, sur sa mule, de veoir la royne,' qui estoit en couche de son derrain fîlz. Dii quel cas et meutre fut exécuteur ung Normant, nommé Raolet d'Octonville, avec aucuns autres satellites du duc de Bourgogne. A l'occasyon de quoy s'ensuyrent infinis maulx en France et la destruction du royaume, ainsi qu'il apparoira cy après.
[Chapitre III. — Suites du meurtre. Guerre entre les princes. Les Anglais interviennent.
Affaires de Saint-Cloud, Saint- Denis, Etampes , Le Puiset.
Paix de Chartres.]
r\\i quel énorme cas le roy et la royne , avec ï-^le duc d'Orléans et le conte d'Angolesme,
1. La Saint-Clément, c'est-à-dire le 23 novembre, et la vigile ou veille, le 22. — L'assassinat eut lieu le jour m-me de Sainr-Clement, et non la veille. Voy. Chronique de Cousinot, i8j8, in-i6, chap. 90, et Monstrelet.
2. Cette manière de s'exprimer semble indiquer que l'auteur n'étoit pas de Paris. Voy. Notice.
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enffans du mort, et la duchesse d'Orléans, leur mère , aussi les ducs de Berry, d'Anjou , de Bourbon, d'Alençon et de Bar, et le sire de Lebret, conestable , le conte d'Armagnac, et autres princes et seigneurs de France , furent moult desplaisans et indignés contre icelui duc de Bourgogne. Lesquelx demandèrent de lui justice et venjance au roy. Mais pour ce qu'il avoit confessé le fait en la présence des ducs d'Anjou, d'Alençon et de Berry, et qu'il avoit apperçu qu'il leur desplaisoit moult, il s'en ala tant tost par après es pais de Flandres et es environs , et envoya en Angleterre pour avoir des Anglois souldoiers. Auquel vint le conte d'Arondel, Anglois, avec quatre mille souldoiers, qu'il tint avec lui. Puis sur espérance de paix et accort entre lesdits princes et le duc de Bourgogne, on feist parlement et convention à Marcoucy, près Paris, auquel ils furent, et aussy la royne. Toutefois , pour les cavillacions du duc de Bourgogne, il n'y fut riens conclut ne accordé , mais entra le duc de Bourgogne par ses fraudes en Paris, atout ses souldoyers anglois et autres , et eut le roy en son gouvernement, et maintint guerre contre lesdits princes du sang , qui tousjours demandoient de lui venjance.
Tantost après, quant la guerre fut ouverte, vint le duc d'Orléans avec dix mille combattans jousques au pont de Saint-Clou , qu'il mist en son obéissance sans cop frapper. Et de là vint à Saint-Denis, avec quatre mille de ses gens d'armes. Au quel ceulx de dedens obéirent; et laissa pour son arrière-garde environ six mille combatans au Pont Saint-Clou. Les quels des-
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confist audit lieu le duc de Bourgogne, avec ses souldoiers anglois et autres. Avec lesquels il assiéga , à grosse armée , la ville et tour d'Estampes , qui estoit au duc de Berry. Et tant par mynes que par faulte de vivre et bateure de murs , ceulx de dedens furent contrains se rendre à lui.
Puis alèrent les Bourguignons au Puisset. Lesquels conduisoit le conte de La Marche , qui après fut nommé roy Jacques , pour ce qu'il épousa la royne Jonnelle de Cécille. Lequel, avec plusieurs Bourguignons , fut destroussé et prins par les sires de Gaucourt et de Barbazan, et autres vaillans cappitaines et gens de guerre tenant le parti des princes de France. Peu de temps après, fut assigné parlement à Chartres, sur espoir d'accord ; et pour ce que l'on espéroit que tout y fust pacifié , lesdits princes du sang royal renvoyèrent leurs gens d'armes en leur pais; et en la fin il ne fut accordé chose qui tenist.
[Chapitre IV. — Le roi devant Bourges. Parlement à Auxerre. Charles VII retonrne à Paris. Le duc de Bourgogne met des garnisons dans les places qui lui sont dévouées , et se retire en Flandres.]
ins en l'an mil quatre cens douze , le duc de Bourgogne, continuant toujours sa mauvaistié.