‹ Chronique de Charles VII, roi de france (volume 5)Chapitre 122 sur 230 · Le 22. Voy. notre t. 1, p · texte numérisé non relu

Le 22. Voy. notre t. 1, p

1422] Chronique de Jean Raoulet. 175

toutes fois, pour ce qu'il estoil moult aimé de son peuple, tant qu'il a le nom perpétré de Charles le bien aymé, pluseurs de Paris lui firent honneur, et dévotement prièrent Dieu pour son àme par les esglises, à grande solempnité.

Alors estoit à Mehun-sur-Evre son seul fils et héritier, le Daulphin Charles, qui de ce nom fut Vile, roy de France, après lui ; lequel fist moult grant deuil, du décès de son père, et avec pluseurs seigneurs et ses gouverneurs comme dessus, fist faire le service moult hounorable et prières dévotes par toutes les églises de son obéissance, et fut nommé roy de France par tous les pais de Berry, Bourbonnoys, Lyonnois, Auvergne, Languedoc, Lymosin, Poytou, Touraine, Anjou, Berry et les environs. Et fist tenir son parlement moult auctentique par saiges hommes à Poitiers^ lequel il avoit fait tenir par avant à Beziers ; et de par luy es dis pais furent fais mandemens et autres choses appartenans à roy.

Il avoit petit sescours de princes de son sang et du royaume, car ils estoient presque tous mors et prins es batailles, comme il appert dessus ; mais il eut avecques lui le conte d'Aumalle, le viconte de Narbonne , le conte de Bouchan et du Glas, avec pluseurs nobles Escoçoys ; ceulx qui le gouvernoyent, comme dessus ; avec, aussi , autres vaillans cappitaines et chevaliers et gens d'armes , tant de son royaume que d'Espaigne et ailleurs, qui le sescouroient et aidoient à rencontre des Anglois et Bourguignons, lesquels tenoient soubz eulx tous les pais du duc de Bourgogne, Flandres, Picardie, Normandie, France, Champaigne et les environs, presque

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tout oultre la rivière de Loire , par force et violence, et sans tiltre juste; avec tout le pais de Bourdeloys, partie des Lannes (landes), Bayonne, Labourt, et tout jousques en Navarre, qui estoit avec eulx conjoint, et aussi jousques en Espaigne

Lesquelx Anglois et Bourguignons , après ce que Charles Vie roy fut enseveli ainsi que dessus, à Saint-Denis et ailleurs firent crier Vive le roy Henry, roy de France et d'Angleterre ! lequel n'avoit pas un an de aage , qui estoit né de dame Katherine de France et dudit feu roy Henry. Et ou nom de lui et de par lui se faisoit toutes choses grandes appartenant à roy es dis pais à eulx obéissans. Pour lequel estoit régent de France le duc de Betfort, son oncle de père,

Pourquoy on puit bien ymaginer que le roy Charles Vile, ainsi environné d'ennemis si puissans et extrêmes , avoit moult à souffrir, et que, sans l'aide de Dieu , soubz la puissance duquel et par le vouloir duquel toutes créatures ont vertu , il ne leur pust résister, IMais , nonobstant, il n'eut pas le courage et son bon droit failli; mais mist son fait et son bon droit es mains de Dieu, lequel il servoit chaque jour moult dévotement. Et mena guerre contraire à grant et magnanime vouloir contre sesdis ennemis Anglois et Bourguignons. Et mist garnisons es marches d'Anjou, du Maine, Touraine et les environs, le conte d'Aumalle, le viconte de Narbonne , et aussi lesdis seigneurs d'Escoce et le baron de Colonches , le seigneur de Lohéac, André de Laval, le seigneur de Baumanoir; avec pluseurs vaillans chevaliers et gens de

(1421) Chronique de Jean Raoulet. 175

guerre , qui résistèrent fort contre lesdits adversaires. Aussi mist-il Poton de Saintrailles, avec cent lances garnies d'archers, à Guise en Thierasche , sur les marches de Hénault. Laquelle place il tenoit pour le roy et le conte de Guyse ', segond fils du duc d'Anjou *. Et aussi à Vitry, en Partois, se tenoit, pour le roy, Estevenot 5 de Vignolles , nommé La Rire , avec six vingts lances 4 fournies d'archers.

[Chapitre XIV. — Prise du comte de Vaudemont

par la Hire. Affaire de Saint-Riquier.

Prouesses de Jean Raoulet.

Bataille de Gravant.']

Mais en l'an mil quatre cents vingt-trois '>, le conte de Vaudesmont , qui estoit Bourguignon, assembla en Alemaigne , Lorraine et Bour-

I, René d'Anjou.

a. La phrase qui précède est barrée dans le manuscrit.

j. Diminutif d'Etienne. — J. Raoulet, d'après la présente chronique, paroît avoir été un ami ou compagnon d'armes de La Hire. Monstrelet, sous la date de 1422 (liv. 2, chap. 2, édit. du Panthéon, 1838, in-8, p. j}8), parle de La Hire et de Raoulet comme de deux intimes.

j\. Cent vingt lances.

5. En 1423, Pâques fut le 4 avril. Mais il y a ici erreur de date. Le religieu-^c de Saint-Denis, édit. in-4, t. 6, p. 459, et son abréviateur, J. des Ursins, racontent le même épisode; le premier à la fm de l'an 1420 (a. s.), et l'autre sous l'année 1421 (a. s.), qui commença pour eux le 23 mars. La vraie date de l'année est 1421. Voy. ci- après notre auteur, p. 177, note i, p. 182, note i, et divers édaircissemens qui vont suivre. Les détails que fournit Raoulet

lyô Chronique de Jean Raoulet. (1421)

gogne grosse armée, et vint pour courir devant Vitry et se misi en embusche. Dont ne sceut rien La Hire , jousques à ce qu'il vit devant la ville les courreurs ; et tantost se arma avec ses gens et monta à cheval avec cinquante lances d'eulx. Et après le surplus de ses gens saillirent à pié. Et quant furent hors, il vist l'embusche à grosse compaignie de genS'd'armes qui venoient après les courreurs. Si dist il qu'il les faloit combatre ou tous mourir '.

Alors il mist devant lui quinze lances de ses gens d'armes de cheval, et leur commanda que allassent fraper à travers les estendars et bataille des Bourguignons. Ainsi le firent, et rompirent la bataille tout au travers ; et lui , qui les suyvoit de près avec l'autre partie de ses gens à cheval, leur aida fort. Et faisoit moult vaillamment de beaulx fois d'armes ; aussi ses gens de pié, qui de près suyvoient ; combien que la puissance des adversaires le cuida faire reculer.

Toutes fois , quant ils veirent leur cappitaine La Hire et les autres combatre si vaillamment, ils prindrent courage fort et joignirent après. Et tellement fut combattu que les Bourguignons furent desconfis , et sur le champ en mourit plus de quatre vingts et moult grant nombre en fut prins, et le surplus, avec ledit conte de Vaudesmont , eschapa à course de cheval; et là gaigna La Hire et ses gens sans encombrier bons chevaulx de selle et moult de prisonniers.

sur le compte de Lahire et sur cet épisode sont plus développés que partout ailleurs.

I . L'auteur a effacé cette phrase et y a substitué celle-ci : «Et frappa à travers, et là furent mors et pris, etc.» {sic.)

(142 1) Chronique de Jean Raoulet. 177

Aussi se tint pour le roy es frontières de Picardie , comme à Saint-Valéry, à Chasteau-Thierry et ailleurs Poton de Santrailles, qui estoit moult vaillant capitaine, avec cent lances garnies d'archers.

Et petit de temps après ' , en l'an mil quatre cents vingt-deux*, environ le moys d'aost, le seigneur d'Offémont ' et Poton, avec pluseurs cappitaines et gens de guerre, jousques au nombre de quatre cents lances garnies, prindrentparappointement, par le moyen de Jaques de Charnonces, cappitaine, la ville de Saint-Riquier4 et du Crotay, sur lesdites marches de Picardie, que tenoient les Bourguignons. Tantost vint le duc de Bourgogne (par le sceu et congié du roy d'Angleterre, qui venoit par Calaix d'Angleterre à Paris, et vint jousques à Baugency) , avec grosse armée de

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