I. Ou Assomption, 15 août; la Vigile
i86 Chronique de Jean Raoulet. [1424
Bcrry, homme d'armes moult hardi et lieutenant d'aucuns cappitaines , lequel chevaucha tant qu'il rencontra ung religieux qui avoit chanté la messe devant le duc de Betfort, régent en France pour le roy d'Anglete^Te , leque'r, avec le conte de Salbry et pluseurs autres seigneurs d'Angleterre , à grosse bataille de treize à quatorze mille combatans, tous d'eslite, venoyent pour combatre les P'rançois, ainsi que leur certiffia ledit religieux, que ledit de Peliège leur amena. Adonc les François ordonnèrent les batailles, et les ailes, dont Foton, le baron de Collonches et le Rouscin , cappitaines, atout environ quatre cents lances, avoient la charge de la main gauche devers la forest. Et Théaulde de Valpigne , ou Valpergue , et le borgne Cakeran, avec les Lombars, avoient la charge de l'autre aie, à main destre devers La Justice. Et incontinent que les F"rançois visdrent les Anglois, comme oultrc-cuidés 'marchèrent droit à eulx et laissèrent leurs champs. Et se misdrent à pié, fors ceulx des aies qui estoient à cheval, et quant vint au joindre, Poton et ceulx de son costé frapèrent sur l'aie des Anglois de leur costé et les desconfirent, et en misdrent bien à mort trois cents '. Et les Lombars de leur' costé frappoient sur les Anglois, qui estoient tous ensemble ; mais ils n'entrèrent point dedens. Adonc les Anglois frappèrent sur le visconte de Narbonne et sa bataille , en laquelle estoient tous les Espaignolz, lequel s'estoit avancé ung peu plus que le conte d'Aumalle. Là fut mort le visconte et Bertrin de
I . L'auteur a successivement mis et effacé deux mille , mille, et s'est arrêté à trois cents.
août 17-iS] Chronique de J. Kaoulet. 187
Rochcfort et Loys de l'.Iancliofoit, clicvalicrs. Incontinent niarchCront les baniùres des Anglois et joij^nirent aux baniùrcs du conte d'Aumalle, qui avoit [grosse bataille. Lu lut moult vaillait'.ent comb'attu d'un costé et d'autre, et dura la bataille assez bonne piùce; et en la fin, fut mort ledit d'Aumalle auprès de sa bannière avec f^rande chevalerie de Iwançois , et aussi le duc d'Alencon ' avec sa bataille et |ilusiours nobles chevaliers. Kt après joij^nirent les Anf^lois et frappi^'"enl ensemble sur la bataille des Kscocois, qui estoient encore derrière et où estoient environ luilhî nobles hommes et trois ou ipiatre mille combatans. Là tut moult fort et longuement combatu de chacun coslé ; mais en la (in la victoire demoura aux An^^lois, et 1;\ moururent ledit conte de Hochan, connestable, et le conte Duglas et son fils, et moult d'autres Lsco(;ois, jousques au nombre de plus de quatre mille *. Et aucuns recouvrirent la ville de Vernoil ; desquels
Eluseurs se sauvèrent. A celle journée morut ien mille ou quatre mille Anglois J et plus de huit mille François.
Après, le lendemain, le duc de Betfort vint devant la ville , que lui bailla le seigneur de Ram'bures, qui estoil dedens. Kt s'en alèrent les François avec sauf-conduyt , atout leurs biens. Mais nonobstant le saulconduit, ils en destroussèrent pluseurs aux champs et au saillir de la ville. De lii s'eschapa I^oton , après qu'il eut bien
I-. l'irrcur; le duc, tombe parmi les luoits, fut sciilemont piisonnii'i.
2. QiKitre mille ou mille. Ce iioiiil)ie a été raturé. ). Raturé.
i88 Chronique de Jean Raoulet. (1425)
combatu, pour ce qu'il estoit à cheval. Et l'endemain de la bataille , les seigneurs d'Angleterre quérirent entre les morts ou champ le viconte de Narbonne (qui disoient qu'il avoit esté à tuer le duc de Bourgogne) par les héraulx. 'Lequel ils firent pendre , tout mort qu'il fût, fort vilainement et cruellement. De là vindrentles Lombards se logier et retraire sur la rivière de la Loire, et aussi les autres qui se purent sauver. Puis , en celui temps , le roy, qui estoit à Amboise, vint à Poitiers, avec Tanneguy du^Chastel , le président de Provence ' et Frotier, qui gouvernoient , et puis fist rallier tous ses gens d'armes et s'en ala atout eux au Puy, en Auvergne. Et ainsi se passa l'iver, jousques vers le karesme , qu'il s'en retourna vers les frontières de la rivière de Loire, establir garnisons es frontières des adversaires -. Et fist à Angiers le conte de Richemont 5 connestable de France , lequel estoit naguères venu de prison des Anglois de la journée d'Agincourt. Mais il avoit fait le serment au roy d'Angleterre de le servir, et pour lui assiega , avec gensdarmes qu'il avoit amenez, le pont de Meulent et le print par composicion , et aussi avoit-il assiégé et prins Monfort l'Amaury; mais en la fin il vint au service du roy, et fut conétable comme dessus.
!. Jean Louvet.
2. Charles Vil étoit à Amboise le 17 août 1424, le 22 à Poitiers ; il étoit le 2Ç novembre à Riom, le 2 janvier 1425 (n. s.) au Puy, le 6 février à Espally, près le Puy, et le 9 à Chinon. {Itin.)
3 . Richemont , reçu par le roi à Angers, prit l'épée de connétable à Chinon le 7 mars 1425, nouveau style. Voy. Charles VU et ses conseillers, p. 1 1 .
[1425] Chronique de Jean Raoulet. 189
[Chapitre XVI. — Le roi change ses conseillers.
Nouveaux favoris : Beaulieu, Giac.
Les Anglais dans le Maine.
La Hire à Vendôme.]
En celuy an ' le roy eut moult à faire ; car les envyes étoient bien fort en sa maison pour le gouvernement. Pourquoy il envoya Tanneguy du Chastel, prévost de Paris, et le président de Provence, et Frotier, lequel le roy pourveut très-bien et assigna. Et les envoya à la sugestion du conestable, qui disoit que jamais le roy et le duc de Bourgogne ne feroient accort tant ue iceulx fussent en l'ostel du roy, car le duc e Bourgogne disoit qu'ils avoient tué son père. En la cour eut pluseurs grans brouillis celle année; en laquelle le Camus de Beaulieu entra au gouvernement et n'y régna guières, car le seigneur de Boussac, mareschal de France, le fist tuer derrière le chastel de Poitiers, en ung pré. Et puis entra et gouverna le seigneur de Cyac , lequel ne régna pas longuement ; car, le roy estant à Yssodun , par ung matin vindrent gens d'armes de Bourges , qui le prindrent en son lit et le menèrent à Bourges , et là fut geté à la rivière et nyé ^. Là eut grant bruit de l'ostel du roy, lequel s'arma , doubtant qu'il fust tray, et
1. Continuation de l'année 1424 pour l'auteur, mais non pour nous . Les faits dont il va être question sont tous postérieurs au I" janvier de notre année 142J. Pâques le 8 avril.