‹ Chronique de Charles VII, roi de france (volume 5)Chapitre 26 sur 230 · Néron · texte numérisé non relu

Néron

j2 Jean Chartier. [Mai

en mer ne sur terre, ne ainsi ne sera pays du monde qui ne luy porte les clefs à sa première démarche et approche des lieux, .avant et plustôt que de l'attendre ; considérant qu'il a pris par force Constantinoble, la plus forte cité de l'Europe , et si puissante qu'on n'eust jamais creu que armée, pour grande qu'elle feust, la deust surmonter, et considérant que luy et les siens sont hardis et ingénieux en armes plus qu'autres ne se peuvent estimer de leurs vies, et tant plus que l'on ne peut; oultre que les Turcs ne font, dans les périls et hasards de la guerre , presque aucune estime de leurs vies.

L'on estime que pour cest estey le Turc ne fera aulcun aultre grant faict d'armes, mais entendra à ses faiz pour venir demourer à Constantinoble, et s'establir bien dans cette ville, si ce n'estoit qu'aucun lieu, de volonté, sans guerre, se voulust rendre. Ses gens vouldroient retourner chacun en leur maison, pour recueillir leurs biens et eulx reposer; mais on peult tenir pour certain qu'il s'apprestera merveilleusement, par mer et par terre, pour se mectre sus au temps nouveal. Mais se les chrestiens y pourvoyent prestement , on tient fermement qu'on le chassera hors du pays, et recouvrera l'en sur luy ce que parcy devant il a conquis, et tout le pays qu'il tient à tout jamais. Or la manière d'y pourvoir et d'y parvenir seroit telle :

Premièrement y il faudroit faire une bonne paix entre les chrestiens.

Item, fauldroit que les Vénitiens, le duc de Milan, les Florentins, et autres seigneurs d'Italye, fassent une armée de vingt mille chevaulx ,

145?] Chron'ique de Charles VII. ^3 bien en poinct avec de bons cappitaines, laquelle fust conduite devers Péra par l'Albanie, jusques aux censives ou frontières des. chrestiens, et là se posast en lieu fertile et habondant en vivres; car là ils sont et seroient seurs qu'incontinent ils setrouveroient accreus et augmentez d'Albanois, Sclavons et autres nations chrestiennes, qui voulentiers viendroient pour defFendre la foy catholique.

Item, par mer, oultre l'armée sus-exprimée desjà faicte , à icelle faudroit adjoindre une aultre armée du roy d'Arragon, de Véniciens, de Genevois, de Florentins, corsaires, et aultres gens qui sont à la marine; laquelle armée navale souffiroit à vaincre et surmonter celle du Turq, si elle n'estoit pas plus grosse qu'elle est de présent. Et laquelle devroit s'en aller et prendre sa route au port de Nigre-Pont (ou Negrepont) pour prendre Sagripoli ' , et autres lieux du Turc, afin d'obvier et résister au passage de l'estroit que le Turc veut faire de Turquie en Grèce, et en tout le reste de l'Europe.

Item, fauldroit que l'Empereur, les Hongres, les Bohesmes et les Polonois, les Boasves^ et autres nations d'iceluy pays, avec Jehan Waivoda, très redoubté des Turcs en cette partie, feissent une aultre armée, qui entrast, et qui seroit en Grèce pour prendre Andrinopoli, et autres lieux occupez des Turcs; et fauldroit tenir manière que toutes ces choses fussent toutes en ung temps èsdits lieux et eussent toutes bonne

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