‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 1 sur 235 · VIE DE JEAN CHARTIER · texte numérisé non relu

VIE DE JEAN CHARTIER

2 a vie de Jean Chartier et les circonstances dans lesquelles il écrivit sa Chronique sont demeurées assez obscures jusqu'à ce jour. Les recherches que nous avons faites jetteront sur ce sujet quelque lumière nouvelle. Nous espérons qu'elles ouvriront la voie à des résultats plus complets et plus satisfaisans.

Jean Chartier étoit frère de Guillaume Chartier, évêque de Paris, et d'Alain Chartier, le poëte le plus renommé de son époque. Ces trois frères naquirent, suivant une tradition constante, à Bayeux, dans une maison que la même tradi-

vj Notice.

tion désigne encore de nos jours 1 . La famille Chartier paroît avoir été au nombre de ces familles normandes que l'invasion angloise éprouva d'une manière si remarquable. Les désastres qui vinrent, au XVe siècle, s'abattre sur leur province avec les armes étrangères, activèrent et vivifièrent au sein de ces familles , de ces hommes, le sentiment patriotique et national, qui alors se confondoit avec le dévouement à la monarchie. La famille Chartier s'attacha de bonne heure à la cause de Charles VII, encore Dauphin, qui lui rendit en bienfaits ces gages de sympathie. Alain Chartier se vit employé par ce prince dès l'époque de la régence, vers 141 9, en qualité de secrétaire. Charles VII pourvut à l'instruction de Guillaume, qui fut, selon le témoignage de Martial d'Auvergne, son escholier premier 2 , c'est-à-dire le premier des clercs que Charles se plut à entretenir aux v écoles. Introduit plus tard à la cour par son frère Alain, Guillaume y retrouva la protection durable du roi , qui lui fit sa fortune dans la carrière de la science et de l'Église.

Ces faits connus peuvent nous servir à éclairer, par induction ou par analogie, les commencemens de la carrière du troisième frère, Jean Chartier, commencemens sur lesquels nous manquons de notions directes et positives. Jean Char-

1. Voy. Mancel, Alain Chartier, etc., 1849,111-8, p. 14. 2 . vigiles de Charles VII.

Notice. vij

lier naquit vraisemblablement à Bayeux, vers le commencement du xve siècle. Le premier renseignement que l'histoire nous fournisse , et qui se rattache précisément à sa personne, est le suivant : On lit dans V Inventaire général des titres de l'abbaye de Saint-Denis 1 , dressé en sept volumes in-folio, au XVlIe siècle , et conservé aux Archives de L'Empire, un article ainsi conçu :

« 143$, mai 27. Lettres accordées par frère Jehan Chertier*, commandeur et hostellier de Pabbaye de Saint-Denis , à Guillaume Ganneron et sa femme, pour exercer le menu mestier de la ville de Saint-Denis, consistant à vendre et achepter œufs, fromages, volailles et autres menues denrées appartenant audit menu mestier, dépendant dudit office d'hostelier, à la charge de lui en payer les droits acoustumez. — Original *. »

La date de ce précieux document est particulièrement notable. Ce fut seulement le 1er juin 14} 5, ati rapport de J. Chartier 4 lui-même , que le bâtard d'Orléans pénétra dans la ville de Saint- Denis et entreprit le recouvrement de cette ville et de la célèbre abbaye sur les Anglois. Ainsi

. 1. Tome 4, p. 673.

Page 1