‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 125 sur 235 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

Siège mis à Compiègne par Angloiz et Bourguongnons.

E t en Tan dessus dit, Messire Jehan de Luxembourg, le conte de Hautinton, le conte d'Arondel et plussieurs autres -Angloiz et Bourgueienons , vindrent, à grant ost, mettre le siège aevant la ville de Compiengne d'un costé et d'autre de la rivière d'Aise. Et firent plussieurs bastilles où ilz se tenoient. Et ce venu à la congnoessance de Jehanne la Pucelle, dont dessus est faicte mencion, se partit dudit lieu de Laigny pour aider à secourir les assiégés d'icelle ville, en laquelle icelle Jehanne la Pucelle entra. Et après commencèrent chacun jour grans escarmouches entre les Angloiz et Bourgueignons tenans ledit sièee, d'une part, et les cappitaines et gens de ladite ville, d'aultre. Et advint ung jour que ladite Jehanne la Pucelle estoit saillie sur ledit siège moult vaillamment et hardiement ; maiz aussi les Angloiz et Bourguei-

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gnons chargèrent très fort sur elle et sa compaignie , et tant au'il fut de nécessité à ladite Jehanne la Pucelle et autres à eulx retirer. Et disoient aucuns que la barrière leur fut fermée au retourner, et autres disoient que trop grand presse y avoit à rentrée. Et finablement fut prinse et emmenée ladite Jehanne la Pucelle par iceulx Angloiz et Bourgueignons 1 .

De laquelle prinse plussieurs du party du roy de France furent dollens et couroucez; et fut tenue longuement en prison par les Bourgueignons de la compaignie dudit Luxembourg. Lequel Luxembourg la vendit aux Angloiz, qui la menèrent à Rouen , où elle fut durement traictée, et tellement que , après grant dillacion de temps , sans procès , maiz de leur voulenté indeue, la firent ardoir en icelle ville de Rouen 2 publiquement , en luy imposant plusieurs maléfices, qui fut bien inhumainement fait, veu la vie et gouvernement dont elle vivoit. Car elle se confessoit et recepvoit par chacune sepmaine le corps de nostre Seigneur, comme bonne catholique. Et n'est point à doubter que l'espée qu'elle envoya quérir en la chapelle Saincte-Katherine de Fierbois, dont dessus est faicte mencion, ne fut trouvée par miracle, comme ung chascun tenoit , mesmement veu que par le moien d'icelle espée, en paravant qu'elle îust rompue, a fait de beaulx conquestz cy dessus desclairez. Et est assavoir que après la journée de Patay, ladite Jehanne la Pucelle fist faire ung cry, que nul

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