‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 129 sur 235 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

Une journée de François contre Angloiz et Bourguignons.

Oudit an y avoit une grant compaignie d'Angloiz et de Bourguongnons assemblez, -et jucques au nombre de sept à huit mille combatans, lesquels tiroient pays pour aller mettre aucun siège ou autrement quérir leur advantaige. Et quant ilz furent entre la ville de Chaallons en Champaigne et Nostre-Dame de l'Espine, vint bruit audit Chaallons de ladite assemblée. Pourquoy, doubtant qu'ilz n'eussent fait aucune entreprinse sur icelle ville, par le conseil d'un ancien chevallier moult subtil en guerre, nommé Messire Barbazam, qui pour lors estoit logié audit lieu de Challons en Champaigne, en l'abbaye de Saint-Mange , et fut appoincté que on prévendroit sur lesdits Angloiz et Bourguaicnons, et que on les yroit assaillir. Et pour ce forent assemblez avecques ledit Barbazam monseigneur Eustace de Comflans, chevallier capitaine dudit lieu de Challons, ung escuier nommé Versailles, ung aultre escuier, Pierre Martel, cappitaine de Sepsaulx, et plussieurs autres cappitaines de gens d'armes des garnisons d'environ, et jucques au nombre de trois mille ; qui estoit

pou de chose au regard de la compaignie d'iceulx Angloiz et Bourguongnons. Et néantmoins se partirent dudit Challons et allèrent courir sus ausdessus dits Angloiz et Bourguongnons. Lesquels se misdrent à leur advantaige, quant ils virent lesdits François venir en ung lieu appellé la Croisette, et là fut vaillanment combatu tant d'une part comme d'autre.

Et durant que ladite bataille se faisoit, fut envoyé quérir par ledit Barbazan une escuier nommé Henry de Bourges, cappitaine au chastel et ville de Sarré 1 , pour venir à leurs secours. Et combien que ledit cappitaine fust promptement venu de courir les pays de ses ennemys, touteffoiz, comme vaillans, preux et hardi, changèrent lui et ses gens nouveaulx chevaulx, et y avoit en sa compaignie quinze cens 2 combatans ou environ, bien en point. Desquels estoit le principal le bourg l de Vignolles , frère de La Hire, et vindrent audit lieu où la bataiile estoit, à une lieue près dudit Sarré. Et tindrent leur chemin tout au long des vignes tout le plus couvert qu'ilz peurent, et sans marchander se boutèrent dedans icelle bataille, et tellement s'i gouvernèrent que lesdits Angloiz et Bourguongnons furent desconfilz, et n'en eschappa guaires que tous ne fussent mors et prins. Et disoit on qu'ils estoient bien de cinq à six cens prisonniers, qui furent menez dedans ladite ville de Challons. Et furent enterrez les mors par les gens des villages d'environ. Et

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