‹ Chronique de Charles VII, roi de FranceChapitre 19 sur 235 · Raoul, Raoulet · texte numérisé non relu

Raoul, Raoulet

2. Pintigny pour Picquigny est la faute d'un Normand, plutôt que d'un Picard. Voir le texte, ou nous avons signalé ces particularités par des notes au bas des pages.

Notice.

Hij

Fragment B.

Il existe au British Muséum de Londres une chronique, également mutilée, qui n'est pas sans analogie avec la précédente. Cette chronique, exécutée comme celle-ci au XVe siècle, a été achetée en 1839 à la vente Joursanvault. Elle porte au feuillet 40 le nom de Raullet, inscrit par une main contemporaine au bas et en dehors du texte. Ce manuscrit, coté 1 1,542, contient une chronique normande accompagnée de divers documens spécialement propres à la Normandie.

Elle remonte à 1 j 46 et se poursuit d'abord jusqu'en 1 374 1 ; puis çlle s'interrompt par une lacune, et saute de 1374 à 1428, terme auquel s'arrête, de son côté, le fragment A. La chronique du British Muséum, ou fragment B, reprend donc à 1428 et continue jusqu'en 1429, où elle se termine. D'après ces rapprochemens, on peut être tenté de conjecturer que les deux fragmens A et B se rapportent l'un à l'autre et ont dû faire partie d'un seul et même ouvrage. Nous devons toutefois faire observer que le fragment A et celui de Londres, quoique écrits vers le même temps, n'ont jamais appartenu au même volume ; l'orthographe et la forme du langage

1. Voy. t sur cet ouvrage, Bibliothèque de l'École des chartes, t. 8, p. ni et suiw

liv Notice.

diffèrent sensiblement de l'un à l'autre En tout cas, l'analogie, ainsi que l'utilité du rapprochement, sont visibles. Ces motifs nous ont engagé à reproduire le fragmenttiré du manuscrit u , 542 , qui continue en quelque sorte le fragment A, et que Ton trouvera dans le troisième volume du présent ouvrage, à la suite du fragment A.

Quoi qu'il en soit de ces signes ou apparences en ce qui concerne l'auteur de ces deux fragmens, ces indices ne nous ont point paru suffisans pour changer une conjecture en affirmation. Quelque nouvelle découverte fera peut-être, d'un jour à l'autre, faire un dernier pas dans tel ou tel sens à cette question. En attendant nous laisserons à ce deuxième fragment la qualification d'anonyme.

i. En examinant avec attention les deux textes, on remarquera les différences ci-après signalées :

Fragment B.

Jehenne , Sainte-Suzenne, Englez, Anglez.

Mès.

0 les solempnitez, 0 l'eide-

de ceulx.

Signours, grignours.

Bourgoignons , Boigency.

Orléens, Orliens.

Si les diverses formes orthographiques recueillies dans ces deux tableaux nous étoient offertes confusément ou successivement par chacun des deux textes, à tour de rôle, ces variétés ne présenteroient rien de caractéristique ; mais ce mélange n'a pas lieu. Chacun des deux textes semble indiquer, par cette diversité , deux auteurs ou au moins deux scribesdistincts.

Fragment A.

Jehanne.

Anglois, Angloys.

Mais.

Atout son armée , à grant

puissance.

Seigneurs.

Bourguignons , Beaugency.

Orléans.

Notice. Iv

Ces deux morceaux, considérés comme appartenant à une seule composition, rentrent dans la classe de ces abrégés assez nombreux et d'un intérêt secondaire qui nous sont restés sur l'histoire du XVe siècle. Cependant nous sommes très-pauvres en notions relatives à la jeunesse de Charles VII et à la première partie de son règne. Ces deux fragmens, notamment le premier, nous offrent à cet égard quelques renseignemens précieux et qui ne se trouvent point ailleurs.

Fragment C.

L'original se compose simplement d'une feuille de papier, haute de 32 centimètres sur 8 de largeur environ. Cette feuille, écrite des deux côtés, provient évidemment d'un registre. D'un côté on lit plusieurs sommaires ou enregistrement d'actes de notaire, tels que vente, achat, échange, en date des 24 et 28 juin 1429. Au verso de ce feuillet se trouvoit un vide. Le notaire, qui se nomme lui-même sur ce verso : moy Michel de Berry, notaire de monseigneur le duc d'Orléans à Baugency, a employé ce vide ; là il a consigné de sa main quelques faits, dont il parle en témoin oculaire , et qui s'étoient accomplis récemment.

Notice.

Fragment D 1 .

Il se compose de neuf feuillets (18 pages) de papier in-folio, de ji centimètres sur 22 environ. La marque ou filigrane du papier, circonstance très-importante, représente une ancre. Cette marque se retrouve, pendant tout le cours du XVe siècle, dans le papier qui servoit à l'usage du couvent et des religieux de l'abbaye de Saint- Denis en France. Comme preuve ou moyen de vérifier cette dernière assertion, j'alléguerai, notamment et entre autres, deux manuscrits qui subsistent et qui présentent également l'ancre pour filigrane. Le premier consiste dans le registre contenant les comptes du maître des charités de l'abbaye de Saint-Denis pour l'an 14 jj et années environnantes. Ce registre fait partie des archives de l'abbaye de Saint-Denis, et se conserve au palais Soubise sous la cote LL 1296*. Le second n'est autre que le manuscrit ou l'un des manuscrits originaux de la chronique de Charles VI composée par le Religieux de Saint-Dénis. Ce volume existe au département

1 . Le manuscrit original qui contient le texte de ce fragment a été communiqué à la Société impériale des antiquaires de France, dans la séance du 5 août 1857. Voy. Bulletin dt cette société, à la date, p. 14Î (in-8).

2. Voy. aussi LL 1293 et autres registres de la même abbaye au xv« siècle.

Notice. lvij

des mss. de la Bibliothèque impériale : 5959 Colbert latin 1 .

Le fragment D, comparé à la partie correspondante de la chronique même que nous venons de citer, Histoire de Charles VI y présente avec cette chronique une analogie aussi remarquable, quant à la conformité du récit, que sous le rapport matériel , signalé précédemment. Le lecteur peut aisément opérer cette comparaison en examinant d'une part le texte que nous publions du fragment D, et d'une autre part la chronique du Religieux de Saint-Denis publiée par M. Bellaguet , texte latin et traduction françoise , dans la collection des documens inédits, etc., in-4, 1852, tome VI, pages 5 1 3 et suivantes. Les faits, dans les deux ouvrages, sont généralement identiques et présentés exactement en suivant le même . ordre. Le rapport ou l'identité d'origine entre cette chronique et le fragment D nous paroissent ; constants et irréfragables. Aussi n'hésitons-nous point à le qualifier : Fragment d'une version françoise des Grandes Chroniques de Saint-Denis.

Examinons maintenant les circonstances qui caractérisent ou qui recommandent particulièrement ce morceau.

Le fragment D n'est, en général, qu'un abrégé par rapport au récit du Religieux publié par M. Bellaguet ; mais il est écrit en françois, et non

1. L'ancre se dessine particulièrement au feuillet 190; on la retrouve d'ailleurs dans tout le cours de ce manuscrit.

Iviij Notice.

en latin, comme l'original. Or on sait combien est obscur le latin du Religieux de Saint-Denis. Une autre observation intéressante résulte de cette traduction contemporaine ; on voit par ce nouvel exemple que depuis le XI Ile siècle les chroniques de France composées à Saint-Denis étoient écrites en latin et aussi en francois. Jean Chartier nous fournit, à son tour, un dernier fait à l'appui de la même remarque 1 .

Si le fragment D est plus succinct que le Religieux, il est beaucoup plus ample, en revanche, que la portion correspondante du texte, imprimé bien des fois, des Grandes Chroniques de Saint- Denis; ou, en d'autres termes , l'abrégé du Religieux imprimé dans les Grandes Chroniques , en 1477, 149?, etc., est beaucoup moins étendu ou développé que le texte du fragment D.

On n'ignore pas , du reste , que le texte original du Religieux est multiple; il se compose de diverses parties, qui parfois se doublent et varient entre elles. L'auteur du fragment a probablement opéré non-seulement sur les manuscrits du Religieux (dont il fut probablement le confrère), mais sur les documens historiques de Saint-Denis où le Religieux lui-même avoit puisé. Le fragment, en effet, tout en abrégeant le Religieux, produit diverses notions qui sont propres au fragment seul.

La part d'originalité qui revient à l'auteur du

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