PARIS
VERDIERE, LIBRAIIIE, QUAI DES ▲UG1]STINS,N*a& J. CASEZ, RUE HAUTE FEUILLE, If» i8
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SLR GEORGES CHASTELLAIN.
Pendant tout le siècle qui s'écoula depuis la malhctlreuse bataille de Poitiers en 1336, jusqu'aux dix annét's qui précédèrent l'expulsion définitive des Anglais en 1 453, la France, déchirée à la fois, et par les attaques des ennemis. du dehors et par les querelles intestines du souverain avec le» grands vassaux qui Tabandonnaient au moment du besoin ou se joignaient même aux Anglais contre lui, sans agriculture 9 sans industrie, sans commerce, sans capitale qui pAt servir au moins de refuge aux arts et aux letti'es naissantes, sans trêve et sans repos, ne semblait plus conserver assez de vie pour pouvoir jamais se former en corps de nation forte et unie. Tandis que les Anglais occupaient ses plus belles |)rovinces du sudouest et étendaient leur influence turbulente sur celles du nord , le roi de Navarre au midi s'avançait pour venger ses injures^ et fort de ses anciens droits sur la Champagne enlevée à sa famille et de ses nouveaux droits sur le comté d*Evreux, prince français, il entourait les souverains français de sa puissance et de ses intrigues. Au nordouest les ducs de Bretagne alliés constants des Anglais aspiraient k l'indépendance, et les ducs de
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Bourgogne, souverains d'un étal opulent, n'étaient déjà plus dépendants que de nom. Il y avait en France des Bourguignons, des Bretons, des Provençaux , des Navarrols, des Anglais; on se demandait où étaient les Français.
De tous les grands vassaux les ducs de Bourgogne du sang des Valois, furent ceux qui conservèrent le plus long-temps leur influence audedans de la France et leur prépondérance dans leurs propres états, k Je vculx bien que chsu^un sçaiche, disoit Philippe-le-Bon en i464 au chan* celier de France^*\ que s'y j'euisse voullu je feusse roi. » C'est à lui surtout que l'empereur Constantin Paléologue, menacé de près par les Turcs, s'adressait pour réclamer des secours. Les nombreux vaisseaux des marchands flamands qui parcouraient les mers du Levant ^'^ l'avaient fait placer par les peuples de l'orient au rang des plus puissants souverains et on le connaissait sous le nom de Grand duc de ^occident. Si ce duché ne devint pas un royaume à la faveur des troubles qui désolaient les états du suzerain, il faut moins l'attribuer peut-être à la jolousie de l'empereur d'Allemagne et du roi de France qu'à l'esprit de résistance qui animait encore les villes opulentes de la Flandre. Malgré tous les efforts des ducs de
(i) Mémoires de J. du Clercq L. 5 Ch. i5. J. A. B.
(a) Vojrcv un excellent mëoBoire de Mr. de Reifienberg sur Tëtat de le population, des febri<jues et manufactures et du commerce dans les prorinces des Pajs-Bas, pendant le i5e. et le i6e. siècle. Ce mémoire, •ouronnê par Tacadémie royale de Bruxelles , se trouTe dans U •oOeelion des Mémoires des prix pour 1830. J. A. B.
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Bourgogne pour anéantir les privilèges des Flamands» les villes de Gand, de Bruges > de Liège, . de Malines, de Dordrecht, opposèrent constamment une digue puissante aux. empiétements du despotisme ducal, (c Ce nom de roi, disait dans le siècle suivant Guillaume de Nassau dans son apologie, en parlant de Philippe II, ce nom de roi m'est inconnu^. Je ne connais en ce pays qu'un duc et un comte duquel la puissance est limitée selon nos privilèges , lesquels il a jurés à sa joyeuse enti'ée. » Souvent comprimées dans leurs révoltes par le secours que prêtaient les rois de France à leurs ducs, elles n'en conservaient pas moins toujours des habitudes de liberté qui donnaient une grande impulsion h tous les développements intellectuels de leurs habitants. Le commerce, presque dégagé de toutes entraves, avait élevé les villes manufacturières de Bruges, de Ulle et de Dinant au plus haut degré de splendeur ^'\ei malgré la prodigalité désordonnée du
(i) Cette opu'ence entraînait toureiit le» ducs de Bourgogne k det tsactioDft aux qnellet il n'était pas toujours aisé de résister ; ou tn jifera par le fait suirant raconté par J. du Clercq (L. 3 Cb. 27) m Eu icelui temps (14^7) ^^ Pelletier nommé Jean Pinte étant t,lc lendemain matiu^ ainsi que Jean Pinte fut mis en terre, sa , la quelle étoit jeune femme de trente-quatre ans ou enriron, et épousa ce propre jour un nommé Willemet de NoeuTilIe, aussi , de rige de Tiogt ans ou cnfiron,et Ja nuit ensuifant avrc son dit second mari. Je mets ce par écrit, pour tant que je crois, on a tu peu de femmes soi plustftt remarier^ cqmbien qatoi aacuiies manières on la pourroit excuser, car en ce temps , par tavtlepavs du due de Bourgogne, sil6t qu'il adrenoit que aucuns marchands, kbouriers, et aueaoefeis bourgeois d'une bonne TÎl.'e, on trépessoii de ce siècle , qui fût ricbe , et il délaissât s*
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souverain cl les pillages des gens de guerre, une industrie active réparait à mesure les sottises du gouvernement. Le despotisme n'était pas moins destructeur dans les autres pays voisins et on n'avait pas les mêmes ressources pouj* réparer ses ravages, k En Flandre, dît Meyer ^'\ Vopulence r^nait partout et tous les genres de commerce avaient pris une grande extension. La France était au contraire si désolée que non-seulement on n'y ensemençait par les terres, mais que les bruyères et lès mauvaises herbes croissant partout lui donnaient l'apparence d'une immense forêt d'où sortaient comme d'un sur repaire les loups et d'autres bêtes féroces pour attaquer et emporter les hom- Hies. Un grand nombre de marchands de la ville même de Paris avaient suivi le duc de Bourgogne en Flandre. »
Pendant que l'industrie commerciale des Flamands fournissait à Philîppe-le-Bon les moyens de satistaire son gont pour la magnificence, l'institution de l'ordre de la Toison-cfOr^ fondé par lui
femme riche, tantôt le dit doc, sonfiJs, ou autres de ses pays.Touloient marier ces dîtes Teures k leurs archers ou autres leurs scr? iteurs; et falluit que les dites Teuves, si elles se rouJoient marier, qu^elIes épousassent ceux que leurs seigunirs leur vouloient bailler, ou fisseut tant par argent, au moins tant k ceux qui les vouloient aroir comme k ceux qui gouTemoient les seigneurs, et aucunes fois aux seigneurs marnes, que ils souflTr.'sscnt que elles se mariassent k leur gré; et encore étoicnt elles les plus heureuses qui par force d'amis et d^argent enpouroient être délivrées, car le plus sourent, voulussent ounou, si elles se vouloient marier , il falioit qu^eiles prissent ceux que les seigneurs leur vou'oient bailler. Et pareillement, quand un homme étoit riche et il avoit une fille k marier, s'*il ne la marioit bien jeune, ilétoil travaillé (tourmenté), comme est dit ci-Jessus. J. A. B.
^i) Annales Flandria} Lib. XVI. A>]. 978 verso , k Tannée i.^'^Q* ^- À. B.
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le lo Janvier i4^9 à l'occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal, en donnant un lustre nouveau à la chevalerie iaisait de sa cour le rendezvous de tous ceux qui cherchaient à retrouver dans ces jeux et l'image et la gloire des véritables faits de guerre. Dans toutes les fêtes, dans toutes les occasions solennelles, des joutes étaient proclamées, et les nouveaux chevaliers de laToison-d'Or, ainsi que leurs nombreux émules, se présentaient pour rompre quelque lance en l'honneur des belles. J. Duclercq raconte dans ses intéressants mémoires ^'^ un fait qui peint parfaitement les habitudes de cette cour galante et guerrière.
« La comtesse de Ncvers, dit-il, après avoir été festoyée dix jours durant à LiUc par des joâtes et courses de lance se partit le 1 1 de la dite ville pour aller à Englemoustier où étoit la comtesse d'Étampes sa belle s<Bur^ et la convoya (conduisit) le duc Philippe, et Adolphe de Gè^^es avec Ini sixième, armé au blanc, chacun ayant sa lance derrière ; et comme ils la convoyoient , environ im quart de lieue près la dite ville, à un poncelet fpelit pont), vinrent à l'encontre des dites dames Cbaries comte de Charolois, fils du dit duc, et Messire Anthoine, bâtard du dit duc , eux sixiè- ■es armés tout au clair; lesquels vinrent au dit Imacelet et demandèrent au dit Adolphe qui il étoît et où il menoit ces dames; lequel leur répondit qu'il ne leur chaussit (importât), et qu'ils
(i) Lme 3. Cb. 36. les mémoires de I. du Clrrcq formeront trois «•laact àê cttt« série de ma coUecliou. J. A. B.
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les laissassent passer leur chemin, car ils ne demandoient rien. Lors le dit Charles , comte de Charolois, lui et ses gens» avalèrent (abaissèrent) leurs lances, et le dit Adolphe ]>areiUement , et férirent ensemble; et rompit chacun sa lance 5 puis saisirent leurs épées, lesquelles étoientrabatues et tournantes, et illecq (}k)j comme en un tournoi, traitèrent tant Vun l'autre que chacun se recrandesist (rendit); et quand fut recrant (rendu), ils ôtèrent leurs heaumes, et vinrent aux dames, et les mirent en un très bel hôtel assez près du dit pont) qui étoit au frère maître Betremy, à la Truye» jadis maître de la chambre des comptes du dit duc, auquel lieu le dit comte deCharolois avoit fait appointer un moult riche manger; et après manger, chantèrent et dansèrent; et après tout ce, les dames remontèrent à cheval; et illecq (là) prit congé le duc aux dames et s'en retourna à Lille, et les dames et ledit comte de Neverset comte d'Étampes à Englemoustler. »
Pour que ces beaux coups de lance ne restassent pas en oubli , parmi les quatre grands officiers de Tordre de laToison-d'Or, deux, le secrétaire ou greffier et le roi d'armes, étaient spécialement chargés de les enregistrer et de les chro^ niser. Jean le Febvre seigneur de Saint-Remy fut le premier roi d'armes de la Toison-d'Or, et il nous a laissé des mémoires fort curieux sur son temps. ^'\ Son successeur Georges Chastellain, auteur de cette chronique du chevalier de Lalain , acquit une bien plus haute célébrité encore. 11
( OCei mëmcrircs font partie de cette collection. !• A. B.
SDR GEORGES CHASTELLAIW. vij
nVst pas un écrivain du temps qui n^en fasse les plus brillants éloges.
« Hélas, mon prince, monseigneur et mon maitre> dit Olivier de la Marche en s'adressant à Tai-chiduc Philippe ^'\ je plains et regrette, pour mettre ces points jusqu'à votre connaissance, que je suis lai, non clerc, de petit entendement et nud langage et que je ne puis avoir le stile et le subtil parler de messire Georges Chastellain, trépassé, chevalier de ma connaissance, natif Flamand, toutefois mettant par écrit en langage Franroîs, et qui tant a fait de belles et fructueuse choses de mon temps, que ses œuvres, ses faits, et la subtilité de son parler lui donneront plus de gloire et de recommandation à cent ans à venir que aujourd'hui. »
Le Febvrede Saint Remy^'\Molinet^'^Rober- Ifl, Geoffroy de Tory ^^\ Pierre Fabry ^*\ Guillaume Crétin ^*^; Jean le Maire Belge ^'\ Etienne Pasquier ^•\Pontus Heuterus^\ Auberl le Mire^**\
(i) latrodadioades mémoires d^OliTÎer de la Marche. J. A. B.
(3) Daos tes mémoires. J. A. B.
(3) Dans sa chronique restée manuscrite mais dont M. de Reiffenhorj Ta donner une édition arec l'exactitude et la saine critique qui le ctficttfffisenl. J. A. B.
({) Dans son Ihrre intitulé le Champ Fleury. J. A. B.
(5) Dms son prologue sur tort de pieine rhétorique, J. A. B.
(6) Dans sa Dépioration sur te trépas cTOcAr^m trésorier de St. ■ictin de Tours. J. A. B.
C7) Dans son traité intitulé La concorde des deux langaf^s François m leecmn^ iaprimé \ Paris en 1 5a8. J. A. B. (8) ilfcAcrcAes de la France^ Ht. 7, chap. 8. J. A. B. (s) Bcs Bnrgnndica lib. 4t ^ Philippo bono, sub fiucm. J. A. B. ;io;in Elofiis Belfici». J. A. B.
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Vîilère André ^'\ ei en un mot tons les écrivains belges de son siècle et tous ceux qui ont écrit sur Félat de la Belgique sous Philippe-lcTBon se sont empressés de placer Chastellain au premier rang des écrivains. Et cependant cet écrivain si célèbre de son temps est complètement inconnu , même de nom, aujourd'hui. En lisant ce qui nous restait de lui je me suis convaincu qu41 ne méritait pas un aussi complet oubli. Le public français va être à même d'en juger par La Chronique de Jacques de Lalain et par une partie de la Chronique de PhL lippe-le-Bon qui feront partie de cette collection- Geoi^;es Ciiasteliain, dit l'Aventureux, naquit à Ganden i4o4. H vécut dans la familiarité des plus illustres chevaliers de la cour de Bourgogne et ses mémoires sont remplis du récit des événements auxquels il s'est trouvé mêlé et dont il a reçu personnellement la confidence. Après avoir long-temps fait la guerre il entra au service du duc Philippe de Bourgogne en qualité de panetier et de conseiller intime. En 1 468 il succéda à Le Febvre de Saint-Rcmy dans la cliarge de premier roi d'armes de la Toison-d'Or. En i473, lors du chapitre général de l'ordre de la Toisond'Or célébré à Valenciennes, il reçut de Charlesle-Téméraire la dignité de chevalier et le titre d'Indiciaire ou historiographe de l'ordre. Il mourut pendant le siège de la ville de Bruges en i474 et fut enterré dans l'église de La Salle-le-Comte à Valenciennes où on lisait autrefois son épitaphe conçue ainsi qu'il suit et attachée dans un tableau contre un pilier.
( i) In Bibliolhccà Belgicâ. J. A. B.
SUR GEORGES CH ASTELLA IN. ix
ri dessous gist, d'excellente mémoire, George Chastellain.cheralier, Icqud . après SToir circu^ dÎTerses régions et en icelles exercé se5 armes militaires, en eage florissant, au pouvoir de ses sens, sVst veuu rendre au serrice du très Tictorienx Philippe duc de Bourgogne, en estai de panetier et privé conseil; et au reste de TÎeillard a pHns si glorieuse occupation k réduire les gestes de ce feu tant triomphant prince par tel ordre et diligence, cpie k la récitation de ses escrils 6eariront en perpétuelle recordation es cœurs des nobles et clairs engins. \ ive et règne son esprit en étemelle féRcité ! Kt au comble de LXX ans décéda de ce siècle le XX de Mars MCDLXXIV.
Priez Dieu pour son drne.
Jean le Maire, neveu de J. Molinet et secrélaire de Marguerite d'Autriche a coniitosé sur Georges Chasiellain et sur J. Molinet son oncle Tépilaphe suivante.