‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 16 sur 109 · DU PÉCQÉ DS LUXURE · texte numérisé non relu

DU PÉCQÉ DS LUXURE

« 0& SUS doncques, mon fils, il vous convient sça-^ voir parler de ce septième péché ^ qu\)n nomme luxure. Sachez que ce péché doit être au cœur dii vrai amant bien éteint, tant sont grandes les doutes qnesa dame n'en prenne déplaisir, qu'nn seul peâser n'en est en lui. Donc par ainsi il ensuit le dit du saint Apôtre, qui dit: Ami, fuis luxure, afin que tu ne ;(oi$ souillé en deshonnête renommée; ne crois point aussi ta chair, afin que par péché tu ne blesses Jésus-Girist Et pour ce, mon fils, |e vous admoneste, prie et commande, que vous vous abstenies des délits (plaisirs) charnels, car ils bataillent |Qur et nuit contre l'ame; et encore vous difr-je {dus, que homme qui hante les foUes femmes, perd six choses; dont la première est Pâme; la seconde, Fentendemcnt; la tierce, les bonnes mœurs; la quarte, la force; la; cinquième, la clarté; et la sixième, la voix. Et pour ce, mon fils, fuyez ce péché et toutes ses circonstances. Cassiodore dit que vanité fit l'ange devenir diable et au premier homme donna la mort, et le priva de la debonuaireté dont il étoit orné : et que vanité est nourn rice de tous maux, la fontaine de tous vices, et la veine d'iniquité, qui met l'homme hors de 4a gloire et grâce de Dieu. Et si au long je vous voulois dire et raconter ce que les philosophes et les

MESSIRE JACQUES DE L\LAIN. aC)

poètes elles autres sages pajens, qui encore n'e- ▼oîeBt senti par vraie coanoissance la très sainte et la très amoureuse grâce de notre vrai Dieu, du Saint Esprit, ont dit de ce péché tant blâmé, les écritures en seroient trop longues à réciter. Si vous dis, mon fils, que luxure est ardeur, enflammée, pulenteuse, au départir brève délectation, et de rame destruction ; et pour ce, mon fils,que ce péché tfl si très deshonnête, le vrai amoureux le fait, pour doute que sa dame n'en prenne déplaisir pour acquérir sa grâce: afin aussi qu'il n'en perde la grâce de Diett,par qui tous biens vous viendront Si vous cunivez et faites,ou mettez peine de faire, ce que )e je TOUS ai ci dit et remontré soyez assuré que tous kiflos vous en viendront

«Et vous suffise atant (maintenant), jaçoit^^e-que

(fucM^e) je ne vous ai point dit ni remontré les dît

eoomandements par ordre, ainsi qu'ils vont, car je

içaisde certain que vous les savez;etpour ce je vous

prie et commande que les teniez et accomplissiez

à votre pouvoir. Aimez et craignez Dieu sur toutes

dnites: ne faites ni dites d'autrui, non plus que

TOUS voudriez qu'on fit de vous. Et quant est de

TOUS plus en dire, je le remets en vous et en la dis^

cretlon de votre confesseur, qui le vous saura mieux

dire que moi. Je vous ai dit et remontré ce que

c^csl des sept péchés mortels, et quels biens vouft

pQQTex acquerre de les fuir; et aussi le mal qui vous

ca idviendroit, si vous y enchéyez (tombiez).

« Mon très cher fils, je vous envoyé i la coiîr de Ita mu verain seigneur Philippe duc de B'ourgo-

3o CHBONIQUE DU BON CHEVAMER

gne, pour servir et accompagner le jeune duc de Clèves, lequel vous a fait tant d'honneur et à noutf de vous requérir» que je crois, si à vous ne tieftl, que ne pouvez faillir de parvenir à un grtmd bien. Si ainsi le faites, à moi et à votre mère ferez plaisir. Et je vous promets de vous entretenir si honnêtement, au casque vous le deserviez (méritiez), qu'entre les autres enfants des barons et chevaliers, vous vous pourrez montrer, etj être entre les grands. Mon fils, sur toutes choses je vous défends que ne hantiez varlets, et que ne leur prêtiez vos oreilles pour les ouïr, si ce n'est de chose qui vous touche pour le service en quoi ils seront entour de vous. Croyez les bons. Je ne veux jpas dire qu'il n'en soit de bons, maïs je le dis pour cenx qui voudroient ou feroient chose qui vous pût tourner à deshonneur; oyez les bons; n'écoutez pas les mauvais et vicieux. Ne battez, ni malmenez vos serviteurs. S'ils font chose qui ne soit à faire, remontrez leur courtoisement leurs fautes; et si ainsi est qu'amender ou corriger ne se veulent, payez les du service qu'ils vous auront fait et leur donnez congé: car à nul homme de bien n'appartient de férir ni battre ses varlets ou serviteurs. Battez et corrigez vos enfants quand les aurez : car de battre- ou férir autrui sont aucunes fois grands meschefs avenus. Fuyezles mauvaiscomme le venin et suivez les bons; et hantez souvent ceux dont vous puissiez mieux valoir. Et sur toutes choses, mon fils, je veux et vous commande que vous soyez toujours au coucher et au lever de votre maître, et soyez diliges^

de lui complaire et servir; car on dit communément que diligence passe prudence. Mon fils, étudiez et mettez peine de connoître les bons» et ensuivez leurs œuvres, et tout bien vous en a viendra. »

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