‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 23 sur 109 · CHAPITRE XVUL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVUL

Comment Jacquet de Laxain s'apprêta, et vint passer devant les hodrts des dames, accompagné dbs com- TES DU Maine et de Saint-Pol.

Ou and les chevaliers, et écuyers de l'hôtel du roi virent le jour approcher que les joutes se dévoient

MESSIRE JACQUES DE LALAIN. Sj)

faire, chacun en droit soi se pourvut et apprêta de toat ce que mestier (besoin) leor fut, comme raison éloit Car si adonc vous eussiez été à Nancy , vous y eussiez vu et ouï si grand bruit et telle noise des armoyeurs, selliers, maréchaux, qui ferroient laooes et destriers, et le henissement des chevaux, qu'il sembloit être un ost, et qu'on se combattit Tun contre Tautre. François, Champenois, et autres nations s'effbrçoient chacun à son pouvoir d'y être te mieux en point. Bien se vantoient les aucuns de mettre peine de bouter hors des lices Jacquet de Laiaioy lequel aucuns François disoient que ce lui procédoit d'un grand orgueil et présomption d'avoir empris un si haut fait,commede vouloir attendre et fournir tous ceux qui venir y voudroient, qnatre jours durant, et les fournir chacun de trois lances rompues.

Or vint le jour, qui moult étoît désiré de Jacquet de Lalain, que sur toutes choses il avoit mis peine et fait grande diligence que ses besognes fussent prêtes, comme elles furent: car il avoit gens, nobles hommes et serviteurs, experts et usités à ce sçavoir faire. Si se fit armer et ordonner, son destrier rouan (bai) fut tiré hors de l'étable tout housse d'orfèvrerie moult riche. Et quant est de son heaume, il avoit au-dessus une très riche guimple, toute bordée et garnie de perles, à franges d'or battants jusques en terre, laquelle lui avoit été envoyée par l'une des deux dames. Et dessus son senestre (gauche) bras, avoit une moult riche manche, oik par-dessus avoit grand' foison de perles et pievr^

6o CHRONIQUE DU BON CHEVAUER

que la seconde dame lui a voit envoyé, par un nm message secret. Certes, quand il fut monté son destrier, armé et habillé ainsi comme vous ojfck, il ret> sembloitbien homme de haut affaire, à voir et are* garder ses manières et contenances. Ceux qui là étoient ne se pouvoient saouler de le garder ^pour le plaisir qu^iis y prenoient.

Si vint rheure qu'il fût temps de partir;et lui fut signifié qu'il dût venir ^ car c'étoit celui qui devoit tenir le pas; et que les rois et les reines de France et de Sicile, et les hautes princesses , dames et damoîselles étoient déjà toutes montées sur leshoortf. (échafauds) Jacquet de Lalain, à qui il tardoitmoult de partir, n'attendoit fors la venue de messeigneurs les comtes du Maine et de Saint-Pol, lesquels, le soir devant ,lui avoient promis de l'accompagner et servir de ses trois premières lances, comme ils firent: car incontinent, sachant Jacquet de Lalain être prêt, se partirent de leurs logis et vinrent par devers lui, où ils le trouvèrent monté sur son destrier et appareillé pour partir. Si le saluèrent en souriant Lors trompettes, clairons et ménestrels commencèrent à sonner et démener si grand bruit qu'à les ouir étoit grand'mélodie: et ainsi adextré (soutenu) des deux comtes du Maine et de Saint-Pol, se partit grandement accompagné de chevaliers et d'écuyers; et s'en vinrent en la place où les joutes se dévoient faire. Puis quand là fut venu, il vint passer devant les hourts.Si salua le roi, et toutes les dames dont il fut moult regardé , en spécial des deux dames, dont il étoit moult aimé^ et si ne sça voient rien l'une de

MESSIRE JACQUES DE LÀLAIN. 6i

Tautre, car il n'y avoit celle des deux, qui ne cuidât (crût) être seule la mieux aimée. Si s'ébahirent assez, quand elles virent la guimple et la manche qu'il portoit sur le bras senestre; dont toutes deux furent en souci et en mélancolie: mais sans en montrer quelque semblant, s'en commencèrent à deviser entre elles de plusieurs choses touchant la fête et joàtes à venir, sans en rien toucher, ni parler de Jaoqoet de Lalain, excepte la première dame qui dit: ■Certes, il m'est avis que ce jeune écuyer,qui a empris d'achever et venir au-dessus de cette haute emprise, est bien taillé de aujourd'hui avoir assez à souflOrir, vu la grande jeunesse en quoi il est; et me semble qu'il y a peu pensé, vu et comme je crois qu'ils çait, qu'aujourd'hui en la cour du roi se trouveront grand'foison de chevaliers et barons et gens de haute emprise, qui tous sont désirants, chacun en droit soi, eux efforcer et mettre peine à le fournir et fluettre hors des lices. »

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