CHAPITRE XXIII
Cy parle d'un chevalier SiClLIEB, QUI ÉTOIT DE l'b6- TEL d'AxPHONSE ROI D'ArRAgOV ET DE 81CILB9 ET QUI POBTOIT UKE EMPRISE POUR FAIRE AlXIi.
EIncc temps, comme vous avez ouï, Jacquet de Lalain désiroit de tout son cœur de panrenir à la haute vertu de prouesse et de bonne renommée, afin ({ue durant son jeune âge il pût tant fidre, par ses grandes œuvres et vertus, lui qui étoil premier et aîné fils de la maison de Lalain, et afin qu'en lui ne défaillit la renommée, que les vaillants et nobles chevaliers ses prédécesseurs avoient eu, et qu'elle ne prit fin en lui ; mais de tout son cœur et très souvent faisoit ses prières à Dieu et à la Vierge Marie sa mère, pour accroître et augmenter la maisou d'où il étoit issu, qu'ils lui voulsissent (voulussent) octroyer de parvenir a son intention et désir. Or advintqu'en assez brief temps, un chevalier sidlieu, de l'hôtel d'Alphonse roi d'Arragon^'^ nommé messire Jean de Boniface homme de bonne renommée, très expert et vaillant en armes, se partit de la cour du roi d'Arragon son seigneur. Ayant
( 1 ) Alphonse I er. roi d^Aragon cinquième du nom , competitenr ben— reux de René d^Anjou, sMUit emparé du trône de Naples et le potséA* jusqn^k sa mort. J. A. B.
MESSIRE JACQUES DE LALAIN. 8 f
pris congé de lui, passa Lombardie, Bourgogne, et Savoie, et ta^t fît par ses journées qu'il arriva en la ville d'ÀQvers au pays de Brabaut, dont alor^ étoit prince et seigneur, le très excellent et très victorieux prince Philippe duc de Bourgogne; en laquelle ville celui chevalier Sicilien entra le vingt sixième jour du mois de Septembre, l'an mil quatre cent quarante cinq, où en celui temps. Aucuns jours auparavant Jacquet de Lalain étoit arrivé^ non sachant du chevalier sicilien.
Si advint le lendemain vingt-septième jour du 4it mois , qu'icelui chevalier sicilien se partit de soii hôtel, accompagné de ceux quil avoient amenés aveclui, et s^en alla à la grand' ég^se parochiale (parmssiale) de la ville d'Anvers, portant à sa jambe seoesti:e (gauche) un fer , à manière et façon d'un fer que portent les esclaves, pendant à une chainette d'or;et avec ce venoit après lui un poursuivant d'armes, ajrant vêtu la cotte d'armes d'icelui chevalier; et ainsi comme vous oyez messire Jean Boniface ouït la messe en icelle église: puis, la messe ouïe, s'en retourna en son hôtel et en ce même état Cette noiAyelle chose advenue fut tantôt sçue par la ville et rapportée à Jacquet de Lalain qui alors n'étoit qu'écuyer.
Quand les nouvelles lui en furent apportées j. humblement et dévotement regracia notre Seigneur^ et la Vierge Marie sa mère , en leur priant ^maius jointes qu'ils lui voulsisscnt donner con- ^ilet aider en toutes ses afl'aires^ car à cette heure )l lui sembla qu'il véoit venir et apparoir les prièreijf
8i CHRONIQI E DU BOX CHEVALIER
et rei|uêles qu^un chacun jour leur avoit fait, et qu^elles avoient clé oiiïes et exaucées. Si pensa moult furt en cette matière, et lui sembla que ^ chevalier uV'toit point venu de si lointaîff^ terres, et- aussi par les enseignes qu'il ix)rtoitf que ce ne fut à intention de faire armes; si en désira raôiiit à sçavoir la vérité, car sou désir étoit de le savoir; et afin d'en être conseillé à la vérité, il envoja quérir le roi d'armes de la toison ^'\ lequel en ves matières et autres haules choses étoit très expert, tet connoissoit tout ce qui en tel cas appartenoit Et advint si bien, que Toison-d'or, ainsi nommé, étpJt pour celui jour en la ville d'Anvers ; lequel fut prêt, et vint vers Jacques de Lalain, et lui demanda la cause pourquoi il Tavoit mandé. Lors Jacques de Latainle prît par la main, et tout en souriant lui dit : « Toison -d'or, mon ami, vous raesojezle très^bicii venu. » Si le tira à part, et lors lui commença à'pnr- 1er du chevalier sicilien, et lui raconta qu'il lui avoit été rapporté par aucuns de ses gens et autres notables hommes, qu'en la grand' église de la ville avoient vu un chevalier étranger portant au^t^ssous de sa jambe une emprise, qui étoit signe de vouloir faire armes. « Et pour ce, dit-il, Toison, mon ami, que tout mon désir est d'acquérir bon los et renommée, je serois et voudrois être prêt de déU-
(i ] Cétait alors le Ferre ,seignciir de ^aint-Remy qui a publié l*bî»' toire de son tempt , ouTrage itJéressaiit qui fera partir de Cttte cof — UctioB» Saint Remj eut ]M>ur "^nuci^seor daus son empJoi , Georges CSuLiteilaiQ, auteur de ctrUe vie de J. de Lalain. J. A. B.
vrcr le chevalier, pourvu que ce soit le plaisir et vouloir de mon très redouté seigneur et prince monseigneur le duc; si sachez que cVst la cause principale pourquoi je vous ai mandé venir vers moi, pour avoir votre bon conseil et avis; et comment en cette chose je me pourrois conduire. »
Lors Toi son-d^or, moult jojeux, fut un peu sans parler; et pensant le haut et bon vouloir du jeune écnyer, lui répondit: « Jacquet de Lalain, de votre haut vouloir et bon courage^ j'ai grand'joie en mon cœur; mais je vous avertis qu'en nulle manière vous ne devez toucher à Temprise du chevalier, sans la licence et congé du duc votre maître et Rigueur; lequel à présent n'est point par deçà, mais esl allé en pèlerinage à Moire-Dame de Boulogne; et j'espère, au plaisir de notre seigneur, que son retour sera bref; et vous conseille pour le meilleur, que vous alliez pardevers son chancelier , comme celui qui représente sa personne, et lui contiez votre cas, ainsi que vous avez vouloir et intention de faire.» Le conseil et avis de Toison-d'or seifibla être bon à Jacquet de T^lain, et aui gentilshommes, qui avec lui ctoient. Si se partit de son h&tel, et vint vers le chancelier ^*\ auquel il raconta tout au Ions la cause de sa venue. I^e chanceUerojant le haut vouloir et courage de Jacquet <leljalain roouli joyeusement lui répondit; que de W DT»ur il l'aideroit cl conseilleroit en tout ce
'>)U diMicdirr àt. l'Drdrf He U Toison-d'or, était k ctiie époqur ^«<tt («rrmnin . épique de Cbàloto^-sur-Saone. ( Vo?n hittonm de im
8 i CHRONIQUE DU ftON CHEVALIER
qu^il hii seroit possible, jusques au retour du duc Jacquet de Lalain, comme celui qui étoit instruit et sachant les honneurs mondains plus que homme de sou âge, moult humblement remercia le chancelier, le quel lui avoit dit tout au long ce qu^il avoit à faire.