‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 32 sur 109 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Cï DEVISE GOMMEKT JàCQUES DE LàLAIK FIT SES AfiMKR k CBI^-YAL ▲ LENCONTRB DU CHEVALIER SjGlLIEN.

LiEduc de Bourgogne voyant les choses ainsi avanoéeSy elle désir et intention que les deux parties avoieat d'accomplir leur emprise, ordonna le lieu et la place en sa bonne ville de Gand : el là turent ks lîoes faites et ordonnées h faire les armes à cheval et 3^ pied, bien et honorablement préparées et mises â point; et leur fut baillé jour pour les faire et accomplir en cette ville de Gand, le quinzième jour du mois de Décembre, Pan dessus dit En laquelle ville celui messire Jean defiouiface futl'espace d'un mois durant, avant que les armes se fissent. Et d'autre part Jacques de Lalain, sachant le joar qui leur étoit assigné, arriva en la ville de Gand, oi\ il entra bien atout (avec) cinq cents che vaox en sa compagnie, où étoit le comte de Saint- Pd, le seigneur de Ficnnes son frère et plusieurs autres grands seigneurs, tant de la cour du duc, comme de ceux du sang et lignage de celui Jacques de Lalain. Si s'en vint descendre en son hôtel qu'il trouva préparé et ordonné, où en ce jour il fit grands dîners et soupers. Puis après, quand ce vint k lendemain, chacun d'eux se prépara et ordonna, pour accomplir et mettre à fin leur emprise. Si furent ordonnés |>ar le duc deux chevaliers notables

gG CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

de sa cour, pour être du conseil de .celui messire Jean de Boniface, dont l'un fut messii*e Guiliebert de Lannoy, et l'autre ^'L.....

Si avint qu'à l'après dijier, que l'heure vint que les deux cbanipions dévoient iaire leurs armes, Le duc.de Bourgogne étoit leur juge; et y étoit présent le duc d'Orléans, le comte de Charolois et plusieurs /autres grands seigneurs qui étoient montés sur les liourts mouli richement parés et ordonnés pour enx. Alors entra dedans les lices le chevalier sicilien, monté et armé, prêt pour jattendre Jacques de ]Lia)ain, lequel, bonne espace après, se partitde son logis, monté, armé et richement paré. Si vint jchcvauchant par le^s rues ; mais sachez pour vérité, que léft fenêtres et huis des maisons qui étoieut sur les rues par. où ils piassoient, étoient bien garnies de damçs, de damoiseilles, bourgeoises etpucelles,qui toutes alloient priant à Dieu qu'à son grand honneur il put faire retour. Si pouvez crpire et savoir que de maintes il fut jalousé; car pour certain, plus bel écuyer, mieux fait ni formé de tpus membres, on n'eàtsçu trouver ni querre^ comme autretbis a été. dit

Tant chevaucha Jacques de Lalain^ en passant par les grands rues, qu'il vint au lieu et place où étoient les lices, moult grandement accompagné de comtes, barons, chevaliers et écuyers; et entra dedans celles où il trouva messire Jean de Boni-

(i) II y a ici une lacune dan5 le manuscrit n8 de ranciennc alibav|i de Saint Germaiixlcs-Frps, qurjni scusies yeux. J. A. B.

face appareillé de le recevoir. 11 passa outre par devant le hourt (échafaud) du duc» lui fit la révérence, et se tira au lieu où il devoit être; et d'autre part le chevalier qui Pattendoit s'apprêta et prit sa lance: si les baissèrent eux deux, et vinrent courant l'un contre l'autre^ autant que chevaux se pouvoient étendre. Certainement le cbevaliex sicilien sembloit bien à voir, être homme de guerre: il étoit bel à cheval et joint en ses armes, et tant bien portant sa lance, que de chacun étoit loué et prisé» Si s'attaindirent (atteignirent) eux deux des lances, qui étoient moult roides et pesantes, par telle vertu qu'il sembloit qu'ils se dussent foudroyer l'un Tautre. Jacques de Lalain , qui étoit fort et puissant et fort chargé de harnas, ne se montroit pas si bel, oisi gent, comme faisoit le chevalier: mais Jacques de Lalain aux rencontres qu'ils faisoient, faisoit très fort ployer icelui Boniface. Certes ils firent moult de belles courses et fortes atteintes Tan contre l'autre, sans faillir que toujours ne s'atieindisseni; et en firent plusieurs sans rompre leurs lanceSyCar elles étoient grosses et pesantes. Ncmobstant ce, ne cessèrent de coirir et férir Tun contre Faulre jusques à la nuit, que le duc, qui étoît leur |ugejeur fit requerre qu'ils fussent contents de n^eo plus faire, et que tous deux avoientbien et vail- Ummeu t fait leur devoir ^ et aussi qu'ils dévoient encorefaire leurs armes à pied ;et pourtant dévoient être contents de cesser et eux retraire (retirer). Si y eut ï cette heure de la part des deux champions de Bonii^ce,et de Lalain, de gracieuses réponses, en disant

qae le dac ne deyoit prier ni requerre, mais comme leur juge leur pouvoit et deyoit commander. Enfin le duc leur fit dire qu'au regard des armes de cheval il les tenoit pour accomplies : toutefois Jacques de Lalain n'en étoit pas bien conteat» pour ce qae le dit Boniface avoit rompu trois lances, et lui n'en avoit rompu que deux et une éclatée: mais véritablement celles de Jacques de Lalain étoient trop plus grosses que celles du chevalier, et bien se montroit aux grandes atteintes qu'ils faisoient Et entre les autres le dit Jacques de Lalain attaindit (atteignit) le dit messire Jean de Boniface en la joue de son heaume, si grand coup qu'il demeura grand temps tout étourdi , et ne savoit oà il étoit Et combien que le dit de Boniface eut rompu plus de lances que le dit Jacques de Lalain, comme dit est, toutefois Jacques de Lalain, fit autant ou plus d'atteintes, et plus dure que le dit de Boniface ne fit sur lui: et à la vérité tous ceux qui les virent, disoient que jamais n'avoient vu pour autant de courses^ faire de plus belles^et dures attaintes qu'ils a voient fait tous deux; et finalement ils se Contentèrent tous deux. Ainsi se passèrent les armes à cheval, àPhonneur des deux parties; et aussi il étoit nuit, et étoient torches allumées, et s'en dallèrent les dits

de Boniface et de Lalain, par les entrées par où ils étoient entrés , sans r'aller ensemble.

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