CHAPITRE LXIII
Comment Piebre de GHàNDio vint a son jour, au lieu
ou LE CHEVALIER EOTTREPR SUEUR l'ATTENDOIT , ET COX- MEUT ils se COMBATTiREIfT.
Quand Pierre de Chandio fut averti que lechevalier qui gardoit le pas, étoit passé la Saône et venu dedans les lices, l'attendant pour faire armes» il monta à cheval vêtu d'une noire robe de satin, armé de son hamas de jambes, son cheval couvert et armoyé de ses armes; puis après lui, venoit un page sur un cheval couvert de satin figuré de velours, et avec ce avoit en sa compagnie grand nombrq de noblesse du pays de Bourgogne, bien jus* ques au nombre de six cents chevaliers et écujers, entre lesquels étoient de moult grands seigneurs. Premièrement l'évêque de Langres duc et pair de France, 'le seigneur d'Argué fils du prince d'Orange, le seigneur de Coches, messire Jean de Vergy, le seigneur d'Autre, le comte de Charnj, le seigneur de Buissy fils* dû seigneur de Saint George, le seigneur d'Estrabonne, le seigneur de Pesmes,le seigneur de Toulongeon, le seigneur de
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ChandÎYers, messire Claude et messire Tristan Je Toulongeon frères, le seigneur de Bell-sis, le seigneur de Bellesaulx, le seigneur de la Marche, et plusieurs autres, que trop aurois affaire, si tous les voulois nommer. Quand icelui gentil écuyer de Chandio fut arrivé ausdictes lices, Charrolois le hé^ TSLUl lui vint au devant, droit à Feutrée d'icelles, et lui présenta une verge d'or émaillée, de la couleur de la targe, à laquelle il avoit fait toucher. Et après qu'il eut reçu ladite verge, entra dedans les lices et alla tout droit devant le juge soi présenter, et parla pour lui le comte de Charny son oncle en disant: fr Roi d'armes de la Toison-d'or, voyez ci Pierre de Chandio, qui se présente par devant vous juge^ commis de par mon très redouté et souverain seigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, jaçoit-ceque (quoique) par les chapitres y pourrions mettre un juge aajoint avec vous, dès maintenant pour le sens, prud'hommie et loyauté qu'il sent être en TOUS, vous prie qu'en bonne justice vous veuillez garder son droit. » Lors le juge répondit et dit qu'il le feroit volontiers et qu'il fut le très bien venu.
Après cette réponse faite par le juge, s'en retourna celui de Chandio en son pavillon soi armer. Lors le juge sachant les deux champions être prêts pour chacun faire son devoir, lit faire les cris de par le duc et toutes les autres semonces à ce appartenants. Lors le chevalier, qui gardoitle pas, issit (sortit) hors.de son pavillon vêtu de blanc, semé du larmes bleues, ainsi comme étoit son pavillon, et prit sa hache en sa main, laquelle lui bailla un chevalier
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nommé messire Pierre Vasque; et étoit son hama» de tête une salade, etportoit unpetithousootet ainsr se combattit.
Ledit écuyer de Chandio avoit par dessus soir barnas une cotte d'armes vêtue, qui étoit écartellée de Chandio, et de Baufremont; et sont lies armes de Chandio, d'hermines à une face de gueules , et odles de Baufremont sont vairées d'or et de gueules, et avoit bassinet en la tête. Lors le comte deCharny son oncle lui bailla sa hache et maicfaaavec lui par deux fois. Et lors lui ferma sa visière de son dit ba»> sinet,puis le laissa. Si ne demeura guère, qa^ils Rassemblèrent l'un contre l'autre. Puis se combattireol les deux champions moult vaillamment et âprraient et donnèrent de si grands et merveilleux coups de toute leur vertu, qu'il n'y avoit celui qui ne s'efforçât d'accomplir ce pourquoi ils étoieqt là venus; et ainsi se combattirent jusques à ce que lesdits vingt et un coups furent accomplis. Lors le juge voyant les armes accomplies jeta le bâton |us, et incontinent les gardes à ce ordonnées les prirent sus; si les fit le juge tous deux venir devant lui, en leur disant qu'ils a voient bien et honorablement ac- 'compli leurs aimes , et qu'ils touchassent l'un à l'autre et qu'il fussent bons amis^ lesquels le firent» comme par le juge leur avoit été dit; et s'en retourna chacun par l'entrée des lices, par lesquelles ilsétoient entrés dedans: car le chevalier gardant le dit pas retournoit à chacune fois qu'il avoit fait armes, futi pied ou à cheval, en son bateau, et repassoit la Saône et arrivoit audit lieu des Carmes.
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En celui même jour celui Pierre de Chandio fit un très-bel souper, où furent la plus grand partie •des chevaliers etécuycrs qui l'avoicnt accompagné^ el mémement y fut le chevalier qui gardoit le pas: et pareillement y fut Toison d^Or le juge^ ensemble les officiers d'armes et plusieurs autres. Le souper accompli, après qu'ils se furent une espace ensemble devises, ils prirent congé l'un de l'autre; et s'en alla chacun en son logis, ou là où bon leur sem* bla, jusques le lendemain que la plupart d'eux s'en allèrent. Et ainsi se passèrent celles premières armes de la Fontaine des Pleursà l'honneur d'un chacun.