‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 69 sur 109 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Comment les armes de pied furent faites par les deux chevaliers, c*i:$t a sçàvoir par celui qui galdoit le pas et par le chevalier sicilien.

Quand le neuvième jour ensuivant fut venu, après ce que les armes de cheval furent faites et accomplies, comme vous avez ouï, et que c^étoit le jour que les armes de pied se dévoient faire, le chevalier gardant le pas, ainsi comme il avoit accoutumé, se partit de son hôtel et alla à Téglise des Carmes: puis vint en son bateau, si passa outre la Saône et arriva es lices. Et quand il fut arrivé et passé outre, il vint devant le roi d'armes de la Toisond'or son juge, faire sa présentation en la manière que dessus est dit, et puis s'en retourna en son pavillon. Puis assez tôt après, Te chevalier sicilien arriva aux dites lices à cheval, son dit cheval couvert de ses armes, et tous ses gens avec lui portant semblables habillements qu'aux armes de cheval, excepté qu'ils ne portoient nulles lances. Et quand le dit chevalier entra es dites lices, Charrolois le héraut lui présenta une verge d'or émaillée de la couleur de la .targe blanche: et pareillement lui en présenta une aux armes de cheval, émaillée de la couleur de la dite targe noire. Et ce fait, le dit de Boniface marcha avant es lices et alla tout droit devant le

juge faire sa présentation en la manière devant dite, tt puis s'en retourna en son pavillon. Et tôt après tes cris et ordonnances faites, comme acc&utumé est de faire èsdites lices, le chevalier gardant le pas îssit (sortit)hors de son pavillon arment vêtu d'une cotte blanche semée de larmes bleues^ et salade en tête, ainsi que paravant avoit été: et le dit de Boni- Eéicearmé de toutes pièces, bassinet en tête, cotte d'armes vêtue; et sont ses armes: de trois paux de gueules, à une borde d'argent: et tout autour de son dit bassinet avoit pointes aîgùes environ de deux paux de long, et par dessus un petit plumas. Si avoit la visière fermée, et ainsi marcha à Tencon- Ire da chevalier gardant le pas, lequel moult fièrement lui vint au devant. Si se combattirent de haclies,et férirent l'un sur l'autre de moult durs et grands coups.

Quand ils eurent féru l'un sur l'autre jusqués à dix cni douze coups de haches le chevalier du pas prit de sa main dextre la hache de celui de Boniface, et de sa main senestre tenoit sa hache, et en férit en la visière de celui de Boniface trois coups d'estoc Et ce Eût, le chevalier dupas laissa aller la hache de celui de Boniface, et le prit par le plumas qu'il portoit sur sa tête en le tirant si rudement^ qu'il le fit cheoir à terre de tout le corps. Quand le juge vit que le chevalier sicilien gisoit par terre, il commanda aux gardes qu'ils le levassent et l'amenassent par devers lui; et aussi commanda pareillement qu'ils 6ssent venir le chevalier gardant le pas; et lors, eux venus devant lui, leur fut dit de par le juge, que selon le con-

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tenu des chapitres^ les armes éloient accompfies. A quoi le dit de Boniface répondit, qu'à Fencontre du juge, ni des chapitres, il ne vouloit point aller, en priant au juge, que par sa courtoisie il lui voulsit (voulût) faire à connoître le chevalier avec lequd il avoit fait armes. Et lors le juge les fit accoller et toucher ensemble, et là firent moult grands reconnoissances, car autrefois avoient fait armes Pun contre Pautre en la bonne ville de Gand.

Ainsi comme vous oyez, se passèrent les armes de pied, et retourna chacun en son logis. Et pour ce Ijue les chapitres Ëiisoient mention que quiconque seroit porté par terre de tout le corps, seroit tenu de porter par un an entier un bracelet d'or, oh devmt pendre un locquet fermant à clef, et ne le pouiroit ôter ni faire ôter le dit temps durant, si en ce dît temps durant il ne trouvoit la dame ou damoiselk qui auroit la clef du dit locquet, à laquelle il se devra faire défermer, si la dame le veut défermer, et à iceile donner le dit bracelet et présenter son service. Pour laquelle aventure ainsi avenue à celui chevalier de Boniface, lui fut présenté le bracelet d'or de par le chevalier du pas, en lui disant: w Vous le porterez ainsi qu'il vous plaira, soit couvert ou découvert » Lequel chevaUer de Boniface le recul moult agréablement, et le portoit, comme raison étoit: mais qui fut la dame ou damoiselle qui le déferma, n'est pas venu à ma connoissance.

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