PRÉFACE
Des PROUESSES des xiorles du pats de Hautaut et des •
PERE ET GRAND-PÈRE DE JaCQUES DE LaLAXV.
XX L4 très sainte et bienheureuse louange et magnificence de notre Sauvent* Jésus-Christ et de sa très glorieuse mère qui sont cause et mouvement de toute bonne opération et sans lesquels nub hiens ne peuvent être encommencés ni achevés, et aussi pour ce que la mémoire des hommes defl&ut et passe par termination dévie, et que toutes chose» se délaissent et oublient qui' ne les rédige et met par écrit; doncques, afin que la gloire et louangiB ^ue jadis acquirent nos anciens prédécesseurs ne ^it éteinte, mais augmentée et ramenteue (rapp«-
lée), pour donner exemple aux nobles €t vertueut hommes du temps préseut, j'ai voulu mettre et écrire les hauts faits et emprises très vaillantes qu'en son temps fit et acheva messire Jacques de Lalain, aîné fils du seigneur de Lalain, lequel, pour acquérir gloire immortelle, mit grand' peine et labeur durant son temps» d'augmenter et accroître en tout honneur et bonne renommée la maison dont il étoit issu. Et pour ce que, moi auteur de ce présent traité, j'ai vu de ses hauts faits aucune partie; et aussi pour esche ver (éviter) wyseuse •(oisiveté), mère de tous vices, j'ai pris le plaisir de les rameute voir. Si prie à ceux qui cette matière liront, qu'ils aident à excuser mon petit et obscur entendement, priant notre seigneur qu'il me doint (donne) grâce de le pouvoir parfaire en telle manière, que la matière soit plaisante aux lisants et écoutants.
Comme il soit notoire, que jadis au pajs de Hai** liant et à l'environ étoit la fleur de chevalerie, autant que pour lors on sçut trouver ni querre: car coutume éloit en celui temps, que quand un noble homme venoit en âge compétent de porter armes, jamais ne cessoit, non doutant péril de corps, peines, ni travaux que advenir lui put, qu'il n'allât enquérant les hauts faits d'armes et les beaux vojrages d'outre mer et d'autre part, oà ils acquéroient et faisoient tant par leur hautes prouesses, que leur renommée s'épandoit et Qeurisssoit par tous règnes, et encore fait aujourd'hui ,comme ci-après pourrez ouïr^ ainsi comme je Fai trouvé es livres et histoires de ce faisants mention; et en spécial du très vaillant en son
MESSIRE JACQUES DE LALAm» 5
\cmps nommé messire Gillon de Trasignies» natif du noble pays de Hainaut, lequel , comme en son histoire est contenu, fit tant par ses hautes prouesses, qu^il acquit gloire immortelle. Et aussi ne sont pas à mettre en oubli autres vaillants chevaliers de Hainaut,qui depuis ont régné et tant fait durant leur temps qu'à toujours en sera perpétuelle mé* moire , dont Pun fut nommé messire Lion de Cbin y et l'autre messire Jean de Verchin sénéchal de Hainaut^'l Certes» qui tous les voudroit nommer, ni raconter leurs hauts faits et les proues. ses et vaillances qu'ils achevèrent et mirent à fin, trop pourroit élonger notre matière en commencée^laquelle, moyennant la grâce de notre seigneur, j'ai intention de poursuivre et mettre à fin: car janais ne doivent être éteintes, ni mises sous couvertare, choses dignes de louange^ car comme ci-dessus vous ai dit, au pays et territoire de Hainaut a eu par ci-devant de grands hôtels, dont sont issus et partis de nobles et vaillants chevaliers , comme ci-après pourrei ouïr.
Au pavs de Hainaut, pour le temps qu'en étoit prince et seigneur le très glorieux duc Philippe de Bourgogne ^*\ le très chrétien champion de la foi, le patron et l'exemple des vertus, l'honneur de la chrc-
(i) I^e N*. B417, parmi les inannicrils de la bibKothèqoe d« foi, renfmne nn bon nonobre df » lettres de défi du sëiiëchat de Hainaut et k dernière partie du volume contieDt quelques prouesses cbe- '•leresques de J. de Lalain écrites par te roi d^armes de la toison d^or rt présentées au père dr de Lalain. J. A. B.
'a- Fhilip] e-le.ron ,fils de Jcan-sntis-Feur . de^iiit duc de Bourj^ogne •Q i^iQ* J. A B.
tîenté^ le tremblement et effroi des marches (pavs) infidèles, qui par son très grand et haut courage a entre les 4iommes vivants gagné nom immortel, avoit alors en Hainaut un baron nommé messire Olhe seigneur de Lialain; lequel en son temps eut trois beaux chevaliers à fils, de dame Yoland de Barbançon ^^\ nés et procréés en loyal mariage; c^est à sçavoir, messire Guillaume son premier et amé fils; le second messire Sanche; et le tiers messire Simon. lee* lui messire Othe seigneur de Lalain suivit ^ fréquenta les armes et fit de moult beaux voyages entre mer et autre part, en servant son souverain seigneur le duc Guillaume comte de Hainaut, et depuis le bon duc Philippe ci-dessus noYnmé.
Or advint qu'icelui seigneur de Lalain voyant et connoissant messire Guillaume son fils aîné être en âge compétent, il l'appela un jour et lui dit: « Guillaume, vous sçavez et avez jà pieçà ouï dire, qu'en cette maison et seigneurie de Lalain, a toujours eu seigneur héritier et légitime, noble, venant de toutes lignes, et procréé de droite lignée, comme de père à
(i) Suiraot Chifflei, od trouve k Lalaio, dans^réglis? de Sainte Aldegonde, chapelle de Saint Jean, k droite du cœur^ le tombeau d^Ottc et de sa femme. Voici leurs deux épitapbes:
Chygist bault et nobles homes, monseigneur Otte, seigneur de Lalain, chevalier, qai trespassa en i^an de grâce M. CCCC et XLI» ou mois de janvier le XllI*. jour: priez k Dieu pour son àme.
Cliy gist baulte et noble dame, dame YoIIfiis de Barbenehon , dame de Lalain, sa compaigne et espouse, qui tiespassa en l'an de grAco M.IUIccuset XXUII. IX jours du mois de janvier. Priez k Dieu |)Qur son âme.
Et vrsqui le dit seigneur cent ei trois ans. J. A. B,
MBSSIBE JACQUES SB LÂIAIN. 7
fils. Et pour cette cause, moi qui suis Totre père,vou* drois Yoir, ainçois (avant) que je terminasse vie par mort 9 que en vous ne prit fin , jaçoit-ce-que (quoique) ayez encore deux frères, c'est à sçavoir Sanche et Simon ) mais toutes fois vous êtes Tainéjsi est raison que vous soyez le premier marié. Et pour ce 9 je veux et vous commande, qu'avisez et enquérez et mettez peine, sur autant que vous m'aimez et désirez complaire à moi, de trouver femme à vous propice et de bon lignage» laquelle vous prendrez à femme: et je vous promets aider et tant donner du mien, que par raison devrez être content: car de tout mon oceiir je désire qu'avant mon trépas je voie qu^ayez en&ats légitimes, qui après vous succèdent en cette seigneorie de Lalain. »
Messire Guillaume oyant la volonté et le comnandement de son père le seigneur de Lalain, moult humblement répondit et dit: « Mon très cher et redouté père, je suis prêt de &ire et obéir à tous vos bcms commandements, sans vouloir aller ai^ contralrre:Bais toutefois, si votre bon plaisir étoit,jesuis assez jeune, et voudrois bien que ce fut votre volonté ({ne je demeurasse ainsi une espace, jusques à ce que l'eusse plus vu et fréquenté les armes,, et allé outre mer, ou en aucun bon voyage, pour acquérir los et bonne renommée, comme jadis ont fait nos anaens prédécesseurs, comme fit monseigneur mon grand-père et vous: mais nonobstant ce» monseigneur, je veux Caire et obéir à toifs vos bons commandements. »
Lors le seigneur de Lalain très content de la ré-
8 CHRONIQUE I>U BON CHEVAUER
ponse de son fils, lui dit: ^ Guillaume, la réponse que vous ni^avez faite vous sera valable, car )e metr irai peine de vous allier en lieu, dont moi, votre mère, et vous, serez content. » Et atant (alors) le seigneur de Lalain et son fils cessèrent déplus avant parler de cette matière.
Le seigneur de Lalain non ayant mis en oubli rhumble réponse que lui avoit faite messire Guil-^ laume son fils, laquelle lui avoit été moult agréable^ fit de tout son pouvoir partout enquerre pour honorablement allier son dit fils: et lui-même demanda a aucuns de ses. plus prochains parents et amis, en eux racontant son intention qu'il avoit de Satire: et avec ce, en leur priant aussi qu'ils voulsissent (vou-t lussenl)chercher et enquerre aucune jeune dame, ou damoiselle de bonne extraction, qui à leur semblant fut telle comme il appartenoit d'être pour Guillaume de Lalain son aîné fils, pour le prendre en mariage. Âdoncquesj eut aucuns de ses dessus dits amis qui répondirent 5 et entre les autres, j en eut unqui dit: «Monseigneur deLalain,jà abonne espa-r ce que moi, et autres vos parens, avons avisé et fort enquis à notre pouvoir, de trouver dame, ou damoi-» selle, qui fut telle comme vous désirez. Je sçais une dame de haute et noble extraction, et belle par dessus toutes autres^ laquelle est sage, courtoise, débonnaire, bien morigénée et remplie de toutes bonnes vertus: certes, à mon avis, elle est digne d'être louée. Si d'elle on pouvoit finer, comme j'espère qu'on n'y faulra (manquera) point, vous en pourrez faire sentir par aucun, avant qu'on voise (aille*) plus
ayant et si sitôt od la voudrait remarier, car n*a guère <jue son mari fut mort à ta piteuse bataille d'Asincourt Si n'avoit été mariée ladite dame^ ni été avec son mari, plus haut de six semaines.