CHAPITRE LXXXIX
COMMEIXT LE COMTE d'F^TAMPES PBIT PAK FORCE D^ARlfU^ LA yiLLE DE NiVELLE PAR DEUX FOIS SUR LES GAUTOlSy LESQUELS Y FCJUEST MOUTS ET OCCIS ET MIS EK FUITI ET EU DÉCONFITURE.
O* retournerons à parler de ce noble et gentil chevalier Jean de Bourgogne comte d'Etami>es, lequel, le vingt quatrième jour de Mai, se partit de la ville (l'Audenarde, et en sa compagnie plusieurs grands seigneurs, gens d'armes et dé trait, poorce
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qu'il avoit ouï dire que Gantois étoient issus en grand nombre hors de la ville de Gand , pour aller ¥ers la ville de Tieit; et disoient les aucuns qu'ils vouloient assiéger Englemouslier. Ce jour le comte d'Êtampes se logea à un village nommé Harlebeque poor tirer vers les Gantois: si ordonna ses batailles» et bailla la charge de Favantrgarde à messire Antoine bâtard de Bourgogn.e. Le seigneur de Saveuses» messire Gauvain Quieret, le seigneur de Dreuily et autres furent des coureurs. Le comte d'Ëtampes fut conducteur de la bataille, et n'y eut point d'arrière garde. Si fut le compte d'Ëtampes averti que les Gantois étoient logés en une ville nommée Nivelle, laquelle étoit close de portes et de fossés. Et devant la porte, du coté de Courtraj avoit un fort boulevard que les dits Gantois gar* doient, devant lequel boulevard étoient les chemins fort rompus, et fossojés, et dedans les bleds avoient mis penons croisés et fichés en terre, afin que les chevaux n*j pussent passer. Les coureurs et Favant-garde se mirent à pied pour assaillir le boulevard; si passèrent hommes d'armes et archers à travers les fossés de la ville, là où ils avoient eau jusques au menton; si commencèrent archers à tirer sur Gantois aux flancs et aux cotés, et tel)^ ment que les dits Gantois se mirent à déconfiture et en fuite. Et fut la ville de Nivelle par force et vaillance d'armes conquise sur les Gantois, lesquels, comme dit est, tantôt encommencèrent à prendre la fuite et à abandonner la ville, quérants leur sauvement, car rançon ni miséricorde n'y avoit lieu, que
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tout ce qu'on pouvdit acconsuivir (attendre) ne fut mis à Fépée. Et tirèi-ent tous iceuz fuyants yers b ville de Gand, excepté aucuns qui étoient des yiUa^ ges d'en tour, qui se bontoient es bayes , et buissons. Et lors le comte d'Étampes voyant la ville être prise, ordonna aucuns de ses capitaines pourchasser les dits Gantois, lesquels s'en fuy oient Si y allamessire Antoine bâtard de Bourgogne atoul (avec) son étendard, et aussi firent le seigneur de Waurin, le seigneur de Rubempré, messire Gauvain Quieret et autres; et ceux qui dedans la ville étoient demeurés encommencèrent de chercher et fourrager et prendre tout ce qu'ils pouvoient trouver.
Or advint assez tôt après, que par les fuyants, et aussi des seigneurs qui les chassoient, moult giand bruit s'éleva par le pays d'entour; si commencèrent cloches à sonner par villes et villages, et le pays si fort à soi efTrayer, qu'il ne demeura homme qui ne courût soi armer. Les uns prenoient leurs piques, les autres bâtons ou épées. Si se rassemblèrent bien environ cinq cents hommes paysans ^ et n'en sçurent oncques rien ceux qui chassoient les Gantois: mais les alloient toujours chassants si rudement, qne plusieurs ils ratcindirent, lesquels ils occirent et nArent à mort, durant lequel temps les dits paysans qui s'étoient rassemblés, eux avertis par aucuns des luyants qui étoient échappés de la ville de Nivelle, lesquels leur dirent et affirmèrent que dedaus ia ville étoient demeurés bien peu de gens, et que de léger, si aller y vouloient, la ville de Nivelle seroit bonne à recouvrer. Iceux paysans moult joyeux de
ces nouyellesj non pensants à ce que depuis leur en advint, à une très grand' hâte cheminèrent jusques assez près de la dite ville de Pfivelle. Or advint qu'avant ce qu'ils fussent arrivés, ceux qui dedans la ville étoient entre ouïrent le bruit et la frainte(tapage), qu'au venir faisoient les dits paysans. Lors s'émeurent, tant hommes d'armes comme archers, environ vingt, dont étoit chef messire Antoine de Hérin; et chevauchèrent \ers le lieu ou ils ouïrent venir les Gantois. Ils ouvrirent la barrière, et pas^ seront le pont et tous ensemble marchèrent à l'encontre de leurs ennemis sans sçavoir leur puissance. Car bonnement ne les pou voient voir à plein, pour ce que la ruelle, par du ils venoient étoit assez étroite, et jetèrent un cri: si se férirent sur les Gantois et les firent reculer. Lors les Gantois voyants que les gens du comte d'Étampes n'étoient guères de gens, prirent courage, et sans plus attendre se férirent sur eux en telle manière qu'ils reboutèrent messire Antoine de Hérin et ceux qui avec lui étoient, jusques sur le pont auprès de la barrière; et là les Gantois occirent messire Antoine de Hérin, qui fut moult grand dommage de sa mort: car pour lors il étoit tenu pour un vaillant chevalier; et avec lui moururent, un gentil-homme du Dauphiné nommé Chiboy Pèlerin, Giarles de Morages natif du pays de Bourgogne, Rollequin le prévôt, Roucy,et Ondart Hatterel natif de Picardie, et deux autres gentilshommes desquels je ne sçais les noms: de la mort desquels fut moult déplaisant le comte iTEtampiUi quand il en fut averti: et si celui mes-
sire Antoine et ceux qui avec lai étoient eussent tenu leur barrière ferme, sans Pavoir ouverte, les Gantois ne s*y fussent point boutés, car le comte d^Étampes étoit h l*autré lez(côté) de la viUe,qui de ce ne sçavoit rien, où il tenoit sa bataille en ordre, attendant que ses coureurs fussent revenus de la dite chasse; et pour ce dit on un en proverbe, que grand' hâte mène répentance après soi: et si messire Antoine de Hérin,etceux qui avec lui étoient, n*eus6ent été si hâtifs de saillir sur les Gantois, sans les avoir vus et sçu quels gens ils étoient, il ne lui en fut pas ainsi avenu, comme vous avez ouï dirt.
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