‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 96 sur 109 · CHAPITRE XCIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIII

COMMBHT LC COMTE DE ChARKOLOIS SE PARTIT DE TbN. BKMONDE À PUISSANCE, POUR ALLER DETANT LE VILLAGE DE MomBECqUE.

EjNSOu (le)pays de Wast,avoit plusieurs gros villages fortifiés de grands boulevards et de plusieurs fiM»£s,ettous les chemins boule varqués et fossoyés; et entre les autres villages en y avoit un nommé Morbecque , et dedans celui village avoit, tant comme de ceux de Gaud comme de ceux du pays, comme ondisoit,six mille combattants. Et pour cefut avisé que le comte d'Étampes iroit courre en pays, atout (avec) sa compagnie, qui pouvoient être deux mille combattants. Et se partirent le vingt-troisième jour de juin, et allèrent en pays, où ils trouvèrent tant de boulevards que merveille, et chevauchèrent en tournant le dit pays jnsques à une lieue de Mor-

35i CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

becque: mais pour la grand' chaleur qu^il fiteejour, le comte d'Étampes retourna à Wessemenstre; et à la vérité dire, il fit ce jour une si grand* et si tris âpre chaleur, qu'il mourut un gentil homme de chaud, et en furent cinq ou six grands seigneurs en danger de mort, à cause d'icelle chaleur; et disoient les aucuns, que oncques en leur vie n'avoieot vu faire si très grand' chaleur pour un jour au pajrs de Flandre. Puis quand ce vint le lendemain, que fut la nuit de Saint Jean, il fut ordonné que le comte de Charrolois iroit à puissance courre devant le dit village de Morbecque; et en sa compagnie avoit plusieurs grands seigneurs, et étoient en tout environ deux mille combattants. Ils firent leurs ordonnances, c'est à sçavoir avant-garde, bataille et arrière-garde, à demie lieue près du dit Morbecque entre une abbaye nommé Boudelo,et un gros village nommé Stecque.£t furent envoyés les coureurs, lesquels allèrent jusques entre la dite abbaye et céloi village de Morbecque qui étoit comme à un quart de lieue près, et là trouvèrent deux forts boulevards que les Gantois gardoient; ils retournèrent incontinent et firent leur rapport au comte de Charrolois et aux seigneurs, qui avec lui étoient,et que si on les vouloit assaillir, il convenoit que l'a vant-garde s'approchât Toutes fois pour cette heure on n'y alla point: car on doutoit (craignoit) la personne du comte de Charrolois qui faisoit fort à peser, et s'en retournèrent sans rien faire, de quoi le comte de Charrolois fut très déplaisant et courroucé à merveilles; et aussi fut le seigneur de Créquy, car il conseilloit

toujours, jet étoit son opinion telle, qu'on devoit aller et approcher le dit village de Morbecque de plus près, et Selon ce qu'on trouveroit, aller avant ou s'en retourner au logis de Wassemenslre, laquelle chose on fit; et ainsi s'en netournèrent au dit logis, sans aller plus avant pour cette fois.

CHAPITBE XCIV.

Pe la rompturb qdi fut faite afin que le duc h'alt

I.AT A l'emprise QU'iL* AVOrT FAITE, c'esT A SÇ4VOIR SUR LE VILLAGE DE MoRRECQUE^ DONT IL FUT MOULT *ieoURROUGé.

Auprès du pays de Wast avoit un très beau pajs qu'on nommoitlcsQuatre Métiers auquel pays avoit un très beau village et grand, nommé Huist, lequel se tjcnoit pour le duc de Bourgogne. Ils et oient peu de gens; si leur fut envoyé messire Louis de MamineSi atout (avec) environ soixante combattants lesniels confortèrent ceux de Hulst, et là den)eurèr.eni tant que le duc eût envoyé plus grand nombre de gens; durant lequel temps, le duc sachant que par son fils le comte Cbarrolois n'avoit été faite ni achevée Temprise qui lui étoit ordonnée^ assembla son conseil pour sçavoir que il avoit à faire touchant le village de Morbecque, lequel sur toutes choses sur f heure désiroit prendre par force; pourquoi furent léputés et ordonnés cerlains chevaliers à mettre par écrit la manière et la conduite de l'assaut d'icelui Morbecque. Et en furent le seigneur de Créquy , le

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seigneur de Montagu., le seigneur de Ternant^le seigneur de Humières^ messire Daviot de Poix et messire François FArragonnois; et mirent par écrit toute la manière et la conduite de Tavaiit-garde et l'artillerie, qui y appartenoit, le lieu là où ils s*asserobleroient, ceux qui dévoient assaillir, ceux qui dévoient être à pied et ceux q^ii dévoient être à cheval^ où toute Tartillerie de ribaudequins ^*\ couleuvrines et veuglaires ^*^ dévoient être, et là où les erennequiniers ^^^; se dévoient tenir, et où vivres et cliarrois seroient; et en général toutes les ordonnances furent si bien ordonnées, qu'on ne pourroit mieux. Et icelles apportées au duc, présent son grand conseil, le jour et Tlieure de partir fut dé^ nommée et conclue. Mais en celui jour que le duc se cuidoit (crojroil) partir, aucuns sages et subtils che* valiers doutants le grand péril et danger qui pourroit être à assaillir celui village deMorbecque ainsi fortifié et gardé de six mille hommes, comme oa disoit, trouvèrent manière de rompre cette emprise par subtile voie, et tellement qu'à peine s'en put-on apercevoir. Toutes fois il fut rompu, dont le duc de Bourgogne fut moult troublé, et tellement qu^il montra devant tous ceux de son conseil par paroles, que couroucé en étoit, et fit son étendard qui aux feneiv€$ de son logis étoit, replojer et bouter dedans, en soi complaignant que sa dite emprise étoit rompue:

{t' I^s ribaudequins étoient des niaclnnes de guerre qa^on dressait sur les murailles de^ viilcs et k l'aide desquelles oa jetait des jareloU avec une {grande violence. J. A. B.

(v«)Sorle d'armes h feu. J. A. B.

'3) Arclicrs \i cheval. J. A. U.

mais il ne sçavoit par qui: toutes fois tout demeura ainsi pour IMieure. Puis le lendemain, qui fut le Tingt-sixième jour du mois de juin, les ambassadeurs du roi toujours requérants au duc de Bourgogne pour amour et faveur du roi , qu'il voulut apaiser sa fureur envers les Gantois, et qu'il lui plût entendre à la pai^, en requérant trêves à monseigneur le duc, et que bonnement on ne pouvoit parvenir à la dite paix, sans surscancc de guerre^ prièrent tant au duc, qu*il leur accorda qu*il ne feroit point de guerre aux dits Gantois, ni ne feroit faire trbis jours entiers, c'est à sçavoir le mardi, le mercredi et le jeudi, qui furent les vingt sept^ vingt-huit et vingt-neuvième jours de juin. Mais le dimanche devant, qui fut le vingt-cinquième jour d'icelui mois de juin, le duc avoit ordonné que ceux du pajs d*Hollande iroient par eau de la ville de Tcnrcmondeen la ville de Huist, ain^i comme ils firent, et s'en allèrent en belle ordonnance aii long de la rivière de l'Escaut et passèrent devait la ville d'Anvers, et puis entrèrent en mer, et tant firent qû*ils entrèrent dedans la ville de HulsL Et le mardi, qui fut le vingt-septième jour du mois de juin, le duc envoya messire Antoine bâtard de Bourgogne, messire Simon, messire Jacques et messire Sanchede Lalain au dit lieu de Huslt, atout (a^ec) trois cens combattants, ou environ^ à cheval: et la nuit ensuivant de ce même jour qu^ils furent arrives au dit lieu de Hulst, ils sçurent, que bien sii mille Gantois, étants et gardante pour l'heure uq grand et fort village nommé Acquesellc,étoient issua hors, el

ne sçavoient quHls vou loi en t faire. Messire Jacques, et messire Simon de Lalain issirent hors de la ville de Hulst le mercredi bien matin, atout(avec)soixante combattants, et chevauchèrent tout droit vers le dit gros village de Acqueselles, pour sçavoir nouvelles de leurs ennemis. Si ne chevauchèrent guère de chemin, qu'ils trouvèrent un fort boulevard gardé par les Gantois, bien garni d'artillerie à poudre, et en tirèrent sur les dits de Lalain , et toutes fois ils entendoient qu'il fut trêves les dits trois )our$ durants, comme il étoit dit. Et quand messire Jacques, et messire Simon perçurent que les dits Gantois ne tenoicnt point les trêves^ ils s'approchèrent d'eux et de rechef les dits Gantois commencèrent à tirer. Ce voyants messire Simon et messire Jacques, firent, descendre leur archers et marchèrent tout droit à rencontre des dits Gantois. Et quand les Gantois les virent approcher de si près d'eux, si commencèrent à fuir^ et messire Jacques de Lalain par grand courage, et diligemment les pritàsuivir (suivre) atout (avec) cinquante combattants, ou environ, et messire Sinion demeura pour recueillir et secourir messire Jacques son neveu, si besoin lui eût été^ mais celui jour messire Jacques deLalaiin le bon chevalier fit tant par son grand hardement (courage) et prouesse qu'il conquêta et gagna sur les Gantois sept ou huit forts boulevards, et passa parmi deux villages, dont l'un étoit bel et fort, et une très belle et forte église, et les déconfit et mit en fuite atout(avec) son petit nombre de gens juscjucs au lieu d'Acquesellcs. Et si à cette heure celui messire Jacques de

Lalain eût eu suite de gens, il fût entré dedans le village de Acqueselles.

Ainsi comme vous oyez messire Jacques de Lalain le vaillantchevalier,eut en oejours moult degrands afiàiresi et donna maints coups et reçut , tellement que par sa vaillance et par ses belles appertises d'^armes, sa renommée fut si grande, qu'en place où il se trouvât, fortune lui étoit amie; non pas seulement en ce jour, mais tant comme il vequit (vécut). Et en celui jour n'y eut des dits Gantois que dix à doazemorts,et deprisonnîers environ vingt:car tantôt comne Gantois le véoient aborder sur eux , lequel ils connaissaient assez, nuls d'eux pour peur de la mort ne Posoient attendre. Après ces choses faites et achevées ,^messire Jacques et messire Simon de Lalain s'en retournèrent en la ville de Huist Et quant est aux Gantois, lesquels étoient issus en nombre de six mille combattants, comme on disoit, ils sçurent bien qnlls étoient allés bouter les feux en deux maisons devers la mer, lesquelles étoient h deux nobles hommes tenants le parti du duc de Bourgogne.

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