‹ Chronique de J. de Lalain (volume 2)Chapitre 99 sur 109 · CHAPITRE XCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVII

Db l4 course qui se fit devant la viixb de GiMt,

DE LAQUELLE COUhSB ÉTOIT CHEF LE DUC QB CleV»} ET DE CE QUI S'y FIT,

Quand ce vint le lendemain, le duc se délogea de Draghenen, et s'en alla, loger aux champs sur la rivière de FEscaut au plus près d'un village nommé Westre, séant sur icelle rivière, entre Gand et Tenremonde qui est à une lieue et demie de Gand ou environ; et là le duc et tout son ost furent logés en tentes, pavillons et logis faits pareillement qu'on feroit en un siège. A icelui logis de Westre revinrent les ambassadeurs du roi, lesquels s'étoient tenus à Tenremonde pendant le temps que le duc avoit été au pajs des Quatre Métiers et de Wast Et illec (là) de rechef requirent au duc, qu'il lui plût à entendre à traité de paix, laquelle paix ne se pouyoit bonnement faire sans trêves. A laquelle chose

le duc ne vouloit entendre, disant que les Gaptoifi ne prétendoient qu'à rompre son armée; ils firent tant de belles remontrances au duc, comn^ie ili parent, et bien le savoient faire: mais pour Piieure Iç duc ne s'y voulut accorder, et s'en retournèrent les ambassadeurs en la ville de Tenremonde. Et le dixième jour du dit mois de juillet ensuivant,le duc ordonna que le duc de Clèves iroit courre devant la ville de Gand, et lui fut baillé en gouvernement l'étendard du duc; et pour l'accompagner lui furent baillés la plupart des chevaliers et écuyers du duc de Bourgogne, et y fut messire Jean de Croj qui fit ce jour l'avant-garde, et le seigneur deRubempré avoit la charge des coureurs; et au regard des gens du comte d'Étampes,iIs y furent en grand nombre. Tant chevauchèrent ensemble en bonne ordonnance, qu'ils se trouvèrent devant la port^ de Saint Ba von de Gand , là où il y avoit une petite maison droit devant le tape-cul, laquelle futarse; barrières furent coupées et soyées (sciées), et leur fit-on fermer la porte bien en hâte.

L'alarme et l'eflTroi fut grand en la ville de Gand, si encommencèrent les Gantois à tirer sur les gens du duc, d'arbalètes, de canons et de couleuvrines; ety eut un archer qui étoitsursa bar^ rière de la porte de Saint Bavon, qui fut féru en la cuisse du trait d'une arbalète dont il mourut Tantôt après les Gantois s'assemblèrent en très grand nombre et issirent (sortirent) hors de leur ville: mais le gentil chevalier de Rubempré les rebouta par trois fois dedans leurs barrières si rudement, qu^au rentrer

dedans la ville , ils cbcoicnt e>; trébuchoient les ans sur les autres. Les escarmouches durèrent loiu guemeht; el issirent (sortirent) Ânglois de (rente à quarante de cheval et de pied hors de la ville: car les Gantois avoient des Ângloisavec eux lesquels linrest Pescaiinouche. Mais tantôt apcs qu^on cliargeoit sur eux, ils se rctraioient (sorliroient) dedans le trait de leurs gens: parquoi sMI y eut plusieurs liommes et chevaux navrés des gens du duc, ce ne fut pas merveille, car je crois que ce jour y eut trois étendards plus près de la ville de Gaud en fait de guerre, qu'il n'y avoit oncques eu du temps d'empereur, de roi, ni de pi ince. Le premier des trois et le plus près, ce fut l'étendard du seigneur deRuhempré^car il fut par trois ou quatre fois jusques aux barrières de Saint Bavou de Gand. Le second ce fut rétcndard de messire Jean de Croy lequel avoit grand* puissance sous lui, et eut la charge de l'avantgardc pour celui jour, et aussi eu toutes besognes avoit-il eu avec lui le comte de Saint-Pol. Le troisième étendard fut celui du duc de Bourgogne que le duc de Clèves avoit en garde; si le fit porîcr m près, que si celui qui le portoil ne se bouloit dcdaiislc trait des canons, il ne pouvoil plus près. Là fut le duc de Clèves et loute la puissance du duc bien par l'espace de deux heures, et véritablement là y avoit de vaillants chevaliers et écuycrs toujours csc.irmouchant,en lescuidant(croyaiil) toujours tirer arrière de leur ville et hors du trait: mais les Gantois ne sfétonnoîent point: pourquoi il s'en fallut déparlir;età leur retour ils firent bouter le feu en un moulin a

MESSIRE JACQUES DE LALAIlf. S; i

rent qui étoit assez près de leur porte; et si fut bouté le feu en un moult bel hôtel qui ctoit à un nommé Jacques de Fatre et en plusieurs autres maisons. Grand'foîson de bétes à laine furent gagnées ce jour, et ainsi s^en revint-on au logis.

Or nous convient dire pourquoi ni à quelle cause celte course fut faite devant la ville de Gand à ce jour, et à quelle intention elle se faisoit. Vérité est qu'on avoit dit et rapporté au duc que sUi envojoit courre devant Gand, que les Gantois issiroient(sortiroient) hors de leur ville et combattroient et livre* roient bataille; etaûu d avoir la bataille, avoit le duc envoj'é son neveu le duc de Clèves, ainsi accompagné comme vous avez ouï, devant la ville, pen* sant qu^iceux Gantois dussent issir (sortir) pour combattre, et au cas qu^ils ississent,que leducde Clèves et toute sa puissance reculassent tout bellement; car le duc de Bourgogne, après le parlement du duc de Clèves son neveu et des autres qui allé* rent courre devant la dite ville, avoit fait dire se* crètement, sans sonner trompettes de logis en logis de tous ceux qui étoient demeurés en Tost, que chacun eût sa selle mise et fussent prêts de monter, si besoin étoit. £t avoit ordonné le duc qu'on lui fit sçavoir la conduite des Gantois à tue cheval; et par spécial s'ils issoient(sortoient)à puissancepour cornbattre, afin que lui et tout son ost fut a la bataille à l'aide et secours de son neveu le ducdeClèves.Etafia qu'il n'y eût faute que le duc ne sçût des nouvelles sur nouvelles, au cas que les Gantois voudroient combattre, il ordonna à Toison-d'Or qu'il menât

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efiâc lui à c^tte coursé tous les rois d'arttitt, Ké* iûwXB et t)Oursuivaii!s de sa CDur, pour lui faille irçavoir des nouvelles de Pétat d'iceux Gantois, kr quelle chose fut ainsi faite: mais les Gantois nia» sireat point ponr combattre. Et n'y eut autre chose faite pour celui jour; et s'en tetourna chactin aa lôgîs, auquel le duc étoit logé sur la rivière de F£s- Gfaut, comme dit est: et y fut, depuis le septième jour du mois de juillet jusques au jour de la Magdelaine qui fut le vingt deuxième jour du dit mois Et là venoient les ambassadeurs du roi de France lAen souvent pour faire la paix. Toutefois en cottclusion, firent tanticeux ambassadeurs, qu'Us obliiH rent du duc une trêve durant six semaines, laquelle fut publiée le vingt deuxième de juillet. Et rompit le duc tout son armée: mais il laissa gensd'armes et de traits dedans les villes de Courtray, Aadenardc, Alost, Tenremonde et Breveliet. Si fut ordonné, que les ambassadeurs du roi, le conseil et députés du duc et commis de la ville de G and scroientenla ville de Lille, le vingt neuvième jour du dit mois de juillet, pour avoir avis et besogner au bien de la paix. Et au partir du logis, l^ duc s'en alla à Bruxelles, où étoit la duchesse $a femme, et ainsi se partit du beau logis de Westre» séant sur la rivière de l'Escaut

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