CHAPITRE XCV
Coi^MEAT LIES Gantois , qui itToiENT dedans Âcque-
SBLLES I8SIBENT DEHOBS POUR ALLER METTRE LE SIÉGÉ
DEVANT Hulst: et des grands vaillances et grand»
CONDUITE DE MESSIRE JàcqÙES DE LalAII^^
OuANo ce vini le lendemain^ qui fut le jour de Siiûnt Pierre eâ juin, les Oafltois é(an4s au lieu d'Ac^
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queseiles, en nombre de sept mitle hommé^ ou pfusv comme on disoit, issirent (sortirent) et allèrent tout droit devant la ville de H^lst, menants grand nombre de charrois^ artiUerî«,tant de canons, éoùleavrkt lies, pavois, et autres choses appartenants à h drte artillerie, contendants (prétendant) d'assiéger la ville de Hukt^ou la prendred'assaat. Pourquoi quand on vit venir les Gantois en tel arroi , fut ordonné que les Hollandoisgarderoient une des portes ^messire Sanche deLalain une autre, etmessire Antoine bâtard deBourgogneseroitdedans le marché atout (avec) ses gens^pour secourir et aider ceux qui en auroient affaire, et messire Jacques de Lalain issiroit dehors atout (avec) un nombre de gens d'armes, et mc^sire George deRosimbeau mèneroit les archers. Et quant à messire Siùioil de Lalain ,11 étoit allé devers le duc de Bourgogne qui à ce jour étoit au village de "Wasemenstre, dotit devant est parlé.
Quand les ordonnances furent faites, une partie d'iceux HoUandois issirent (sortirent) hors de l'une des portes^ du côté dont les Gantois approchoient cette ville de Huist; messire Jacques de Lalain, et George deRosimbeau étoientpareillement issus hors de la ville de Hulst. Et quand messire Jac^esde Lalain vit et perçut que les Gantois approchoient la porte dont ils étoient issils, il envoya par devers mdssire Antoine le bâtard, afin quHl lui envoyât encore cinquante oii soixailte arcfhers^ laquelle chose il fit. Puis quand messire Jacques se vit renforcé des dits archers et qu'iceux Gantois n'approchoient plus la ville de Hulst, il ordonna un petit nombre d'ar-j
MÈSSIRE JACiQtIÈS DE LALaW. 359
chers, et le^ fit aller à son coté scnestre (gauche) et si avant que les dits archers pouvoient hien tirer aux âancs et aux cotés d'iceux Gantois. Et alors messire Jacques de Lalain commença à marcher tout bellemeat envers ses ennemis. Puis quand iceux Gantois virent messiae Jacques de Lalain approcher d'eux, et qu^ils sentirent le trait des archers, lesquels tiroient SMr eux, comme dessus est dit, se mirent en fuite et eB déconfiture^, et sine véoîent guère de nos gens: mais la vaillance, et hardiesse du bon chevalier messire Jacques de Lalain, les flt mettre à déconfiture. Le cri fut grand sur eux; hommes d'armes et archers commenccrent à chasser et à tuer Gantois. jËt est à croire pour vérité que HoUandois n'y* faillirent mie, autant comme ils pouvoient aller de pied. En cette ville de Hulst étoient plusieurs chevaliers et grands seigneurs, tant du pays de Hollande, Picardie, Hainaut et que d'autre part
Là étoit le seigneur deI^nnoy,ie seigneur de Brederode, le seigneur de Bausegnies, le frère du seigneur d<3 Brederode, messire Sanche de Lalain, tous vaillants chevaliers, dont tes uns étoient issus (sortis)de la ville et les autres étoient en leur garde. Gar le grand,norahre que les Gantois étoient, avec le nombre du charroi et artillerie qu'ils avoient, faisoit à douter qu'ils ne voalsissent( voulussent) assaillir la ville de Hulst; et aussi alloient-ils pour ce faire: mais ils trouvèrent dedans la ville autres gens qu'ils ne cuidoient (croyoient) trouver. Et pour revenir à icelle déconfiture de Gantois, vrai est que messire Jîtcques de Lalain chassa un peu iceux
3f)o CHRONIQUE eu BON CHEVALIER
Gantois tout à pied. Et en ce faisant trouva un poursuivant nommé Tavefûl, auquel il prit soneheval,et monta dessus, et cependant oiï alla querre (chercher) chevaux en la ville de Hulst, tant pour lui comme pour les siens, et aussi plusieurs nobles hom ûiesse mirent en peine d^avoir des chevaux. Et quand cbetaux furent recouvrés, laquelle recouvrance fut petite, car je crois qu'ils ne se trouvèrent point jusqaes k cinquante chevaux en tout, alors ils encommencèrentàfaire leur devoir, c'est àsçavoirde tuer etcba^ ser Gantois^ et tant qu'hommes, et chevaux furent recreus (rendus)^ £t fut messire Jacques de Lalain tout le dernier chassant^ et eut son cheval tué, et lui convint rechanger cheval, et en eut trois ce jour; et si avoit avec lui cinq où six de ses gens, et si y étoitmessire Josse deHallewin, le bâtard de Sa\euses, et Plateau, car ils ne se trouvèrent que dix, où douze chevaux au darrain (enfin), que toas ne fussent lassés. A icelle chasse ne failloit(manqtioit) que gens de cheval pour chasser et tuer: car les Gantois ne faisoientautreiléfensequedefuir, en jetant piques et harnas à terre. En icelle chasse y eut plusieurs Gantois, lesquels s'allèrent rendre aux officiers d'armes en requérant qu'on leur sauvât la vie. Celui jour y eut quatre cents hommes morts, etbieu Cent prisonniers d'iceux Gantois^ et si perdirent toute leur artillerie, cfharroi^ pavois, vivres et autres bagues^ et comme on disoit, ils avoient bien quarante que chars que charrettes. Or est vérité que le duc de Bourgogne entendoit qu'il y eût trêves à la requête des ambassadeurs du roi: car
MESSiRE JACQLES DE LALAW. 36 1
tôiiâ avez ouï comme le duc leur avoit accordé surséauce de guerre j c'est à sçavoir lemaidi,le mercredi elle jeudi, lequel fut le jour Sain t*Pierre« comme dit est, que la besogne fut. Et cuidoient(croy oient) les Gantois prendre et surprendre les gens du duc de fiourgogne en la ville deHulst, pensantsqu'on nese donnât garde d'eux ^ à l'occasion des dites trêves et surseance de guerre^ et ainsi avoient41s accoutumé de faire, car à toutes les fois qu'on parlemeutoit de paix ou de trèves^ou qu'il étoit surséance «de guerre^ ils faisoient leurs emprises cauteleusement, dont mal leur en vint.
Or vrai est que a ii dit jour SainUPierre,le duo avoit ordonné qu'environ sept heures en la nuit, lui et sa bataille partiroient, à neuf heures aprèsr son arrière*garde, et étoit pour aller au village do Acqueselles où on disoit que les Gantois étoienlt bien six ou sept mille. Et tout ainsi que le maréchal de l'ost du duc faisoit dire les ordonnances qui lui étoient chargées de par le duc, au prévôt des maréchaux pour le fait des vivres, et au maître <le l'artillerie, ensemble tout ce qu'il failloitpour l'ost^ vint un poursuivant nommé Pavillon, lequel apporta certaines nouvelles de la besogne et de la détrousse faite sur les Gantais devant la ville de Hulst^ainsi comme ci dessus avez ouï. Et pour revenir au partemeiil (départ) du duc qu'il devoit faire de son logis de Wassemenstre, là où il avoit été longuement logé^ ainsi comme dessus est dit, là étoient aucuns ambassadeurs du roi, lesquels requéroient au duc, qu'il lui plut encore dilaj^er (retarder) sou
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voyage et emprise, qu'il a voit sur les Gantois étants lors au lieudeÂcqueselles,endisaut,qu'encxire étoit l'un des ambassadeurs en la ville de Gand, lequel pourroitbieu apporter telles nouvelles qu'il ne seroit jà besoin d'en plus faire. Lors le duc de Bourgogne répondit aux ambassadeurs qu'il véoit bien, et sçavoit la maie volonté des Gantois, et bien le montroientel avoient montré ce même jour, que toutes les parties avoient accordé surséance de guerre. Et pourtant le duc voulut entretenir son voyage: et quand ce vint à sept heures de la nuit, l'avantgarde se délogea, et puis la bataille, et l'arrière garde ^ et api'ès toutes les batailles, étoit ordonné le charroi, tant de vivres comme autrement^ et un petit nombre de lances pour le garder. Et la eause pourquoi le dit charroi fut ainsi ordonné tout derrière, ce fut pour les chemins, qui moult étoient élroils, et tout le pays fossoyé: car si un charriotse fut rompu, le chemin eût été estouppé (fermé) et clos; tellement que les gens de guerre n'eussent pu aider ni secourir l'un l'autre. En cette ordonnance chevaucha le duc de Bourgogne et son ost toute la nuit, en allant tout droit au gros village de Acqucselles au pays des Quatre Métiers, là où il cuidoit (croy oit) trouver dç six à sept mille Gantois. Or convenoit-il que le duc et son ost passassent par le chemin qu'il prit tout droit devant la ville de Hulst, où la besogne a voit été. Si y avoit, du logis dont le duc s'étoit parti nommé Wassemenstre jusques au dit lieu de Hulst, quatre grosses lieues de Flandre; et fut jour quand il arriva à Hulst; et du dil Hulst
|usqués àAcqueselies avoit une grosse lieue^ct ainsi «toit cinq lieues qu'il y avoit de Wassemenstre jusques au )ieu d'Acqueselles. Puis quand le duc fut ' passé environ une demie lieue de la ville de Huist, ' on se mit en bataille en attendant flollaiidois, Picards, Flamands, etHajnuyers, lesquels éloient dedans la viJle de Hulst. Les cbariols que les Gantois avoient perdus le jour devant, vinrent bien à point aui HoUandois: car ils étoient venus de Hollande par eau y si n'avoient nuls chevaux..
Le duc de Bourgogne fut longuement en bataille en attendant les HoUandois dont le seigneui de Lannoy étoit capitaine et gouverneur^ et étpieut les HoUandois presque tons en chariots et char-» rettes, et les aucuns à pied: et quand ils furent venus, le duc ordonna tout son arroy pour assaillir la grande et forte ville deAcqueselles qui étoit de tous cotés très fort bouleverquée (fortifiée). Si furent ordonnés à aUer devant la dite yille messire Jacques et ' messire Simon de Lalainatout (avec) leursgens^pouir voir les avenues de la dite ville de Acquesellesy la manière des Gantois et toutes leurs ordonnances. Et dévoient suivre par ordre, ainsi qu'il étoit ordonné pour le dit assaut: mais ce fut pour néant^ car les dits Gantois s'en étoient fuis en c^e même nuit tous hommes» femmes, et enfants, et avoient vuidé la plupart de leurs biens, et s^étoient tous retraits(re* tirés) en la ville de Gand, là où il y avoit quatrç grosses lieues de là dite ville d'Acqueselles. La nouvelle vint au duc de Bourgogne comment Gantois s'en étoient fuis la nuit, et qu^en la ville d'Acque-
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selles u*y avoit homme demeuré, ni femmes, ni enfants, excepté cinq ou six vieilles, dont lebon duc fut moult déplaisant; car il avoit chevauché toute nuit cuidaDt(crojaDt)trouver les dits Gantois: mais ils avoient été si efirajés le |our devant de la besogne et déconfiture qu'ils avoieut eue devant la ville de Hnlst, que sans arrêter ils s'en fuirent jiisques en la ville de Gand.
Après ces nouvelles sçues, le duc ordonna au maréchal de Tost* qu'il prit les fourriers, et allât aa lieu de Acqueselles faire les logis. Si fut ainsi fait et ordonné, et là se logea le duc et tout son ost. Ett après plusieurs compagnons de guerre passèrent outre cette ville d'Acqueselles, et trouvèrent tant de yaches et de bétail qu'on, donnoit une belle vache pour cinq sols. Le dit jour, qui étoit le derrain(der-' nier) jour de juin, après ce que hommes et chevaux furent repus, le duc envoya courre le pays desQoa* tie Métiers du côté de la mer, tout jusques à Bouchant > et y furent ce vaillant chevalier messire Jacques et messire Simon de Lalain son oncle et plusieurs autres chevaliers et écuj'ers. Si ne trouvèrent pei*sonne eu tout le pays, ni hommes ni femmes ni enfants, que tous ne fussent retraits(relirés)en la yille deGand<Lesdeux seigneurs, messire Jacqueset messire Simon de Lalain, par l'ordonnance et commandement du duc firent bouter les feux en cette yille de Bouchant et par tout le pays où ils furent^ et ardirent (^brûlèrent) bien trois Keues de pays, qui ceux de la ville de Gand véoient à plein.