‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 12 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DU PÉCHÉ D^IRB.

c £^T quai^test au second péché, qui est nommé ire (colère), certes oncques vrai amoureux ne fut ireux. J-ai bien ouï dire que aucunes déplaîsances amours leur ont donné, pour les essayer: mais si n'étoient ils pas irés, s'ils n'étoient férus d'autre mal que d'amour. Et pour ce, beau fils, que ce péché est déplaisant à Dieu, si.Fest-il aussi à Phonneur et au corps de celui qui l'a, veuillez le fuir à votre pouvoir, et ensuivre le dire du philosophe: Tristitiam mentis caveas plusquam inala dentis. Segnitiemfugias, Nùmquam piger ad bona fias. C'est a dire, mon fils, fuyez tristesse de pensée plus que le mal de dents; aussi fuyez paresse pour passer la douleur de votre cœur; et faites toujours bien fuir courroux et ire, afin qu'ils ne te baillent point leur cruelle pestiknce; car ce sont les voies qui font fourvoyer du droit chemin , et sont nourrices de tous schismes et divisions. Mon fils, ne portez à nul, ire ni haine; mais pettififezà chacim; car quiconque hait son prochain il est homicide, comme dit l'évangile; et à ce propos dit saint Augustiu en une de s&s épîtres, que

tout ainsi comme le mauvais vin gâte et corrompt le vaissel où il est s'il y demeure longuement, tout ainsi ire corrompt et gâte les cœurs où elle se tient £t pour ce, mon fils, sachez pour vérité, qu'ire et courroux empêchent et aveuglent le courage de la personne, en telle façon qu'elle ne peut regarder à ce qui est vrai Le vrai amoureux tel comme j'entends est toujours et doit être joyeux; espérant ,quf3 par bien et léalement servir, en amour et en sa très désirée dame il trouvera toute merci Et par ainsi il chante, danse et est joyeux, en ensuivant le dit du philosophe, qui dit: bene viçere et lœtari: c'està dire, bien vivre et joyeusement. Mais ce bien vivre ne sert point seulement pour manger bonnes viandes, boire bons vins, dormir en bons lits longues matinées et vivre en toutes délices: mais s'entend vivre bien, premièrement avec Dieu, soi maintenir hqnnêtement, véritablement et joyeusement. Donc,par ainsi je dis que tous vrais amoureux, pour acquérir la très désirée grâce de leurs très belles daves, doivent fuir de tout leur pouvoir ce péché d'ire très déplaisant à Dieu et au monde, et s'accompagner de cette très amoureuse vertu de patience. Donc, par ainsi seront de ce très déplaisant ^t ennuyeux péché quittes.

a a GHROJSIQUE DU BON CHEVALIER

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