‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 43 sur 110 · CHAPITRE XXXVIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIU

Comment li roi de Castillq dit a. messire Jacques

DE LaLAIN , qu'il EDT PATIEUCE ^ ET QUE SI TOT IL KE POUVOiT FAIRE SES ARMES'. DE LAQUELLE CHOSE MES- SIRE Jacques se contenta, en attendant le jour;

ET POUR passer TEMPS^ S*EN ALLA VOIR LE ROI DE

Portugal,

Quand messire Jacques de Lalain entendit par les chevaliers ce que le roi de Castille lui mandoit, il répondit moult courtoisement, qu'à la bonne heure ce fut, puis que c'étoit le bon plaisirdu roi. Et mouU lui tardoit, et eut bien voulu que la chose eut été plus briève; mais autre chose n*en put avoir. Si lui convint souffrir et attendre l'espace de six mois. Et pour ce qu'il véoit que le temps se passoit et qu'il ne le vouloit perdre, il avisa en soi même» et dit à ceux qui étoient avec lui, que sa volonté étoit, en attendant le jour à lui assigné, de s'eu aller ébattre au royaume de Portugal, pour voirie roi et la reine, et les barons et chevaliers du pajs. Eux tous le louèrent moult fort, comme ceux qui désiroient à voir les contrées étranges, ainsi comme tous nobles hommes ont accoutumé de faire. Si s'apprêtèrent, ordonnèrent et préparèrent tout leur fait^ puis se mirent à chemin. Lequel vojage messire Jacques fit savoir au roi, par le^s chevaliers qui toujours l'avoient accompagné^ laquelle chose le

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roi eut et tint pour agréable, et lui bailla gens pour le conduire et guider. Lors se partit messire Jacques, lui et sa compagnie, de la ville de ValdoJit (Valladolid).Si y avoit assez près de son chemin une ville nommée Madrigal (Madrigelejo), à (dans) laquelle étoit laprincesse de Castille, fille au roi de JNavarre. Quand messire Jacques sçut qu'elle étoit là, il tira cettepartet lui vintiaîre la révérence, humblement lui présentant son service. La princesse moult bénignemeut et honorablement, elle, ses dames, damoiselles, ensemble les chevaliers et écuyers de son hôtel le reçurent, et moult hautement et honorablement Je festoyèrent et virent volontiers: et montroit la princesse semblant que de sa venue elle fut nioult j^oyeuse, comme elle étoit: et bien y avoit raison, car de plus bel chevalier, plus doux, ni pl«s courtois on n'eut sçu querre, ni trouver en toute Caslille.

Si le regardèrent toutes à grandes merveilles. Pour ce jour il étoit vçtu et paré d'une moult riche robe de cramoisi fourrée de martres zébellines,qui bien lui asseoit^. il avoit le viaire (visage) frais et coloré, et jeune de vingt deux ans, et n'a voit encore barbe, ni grenon (moustache)^ il étoit blond„ avoit les yeux vairs et riants, et si plaisants, qu'il n'y avoit celle, qui à ce jour n'eut bien voulu que son mari, ou ceux qu'elle aimoit le plus, eussent été semblables à lui. Et pour vérité dire, moi auteur de ce présent traité, en mon temps n'avois vu plus beau jeune chevalier', ni qui mieux semblât homme de haut aATaire.

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Of doncques pour retouroer à notre matière et pour poursuivre cet œuvre, ajirès ce que la princesse, chevaliers, dames et damoiselles de sa compagnie eurent bien viengntiet(bien venu) et festoyé messire Jacques de Lalain^il prit congé de la princesse, et des chevaliers, dames et damoiselles. Si se mit à chemin tirant vers le royaume de Portugal. Si s^exploita ant de chevaucher, passant montagnes et vallées où il trouva plusieurs villes et châteaux, qu'il arriva en celui royaume de Portugal, et vint en une ville nommée Abogal (Albuquerque), auquel lieu il trouva un écuyer nommé Pierre Puissote, lequel vint au devant de lui accompagné de plusieurs no^ blés hommes, jusques au nombre de trente chevaux ou environ. Il s'approcha de messire Jacques en lui disante» Monseigneur, vous soyez le très bien venu, car ainsi plaît au roi, et à ceux de soq royaume, comme il appert par ses lettres à moi envoyées dç par le roi et son conseil. »

Messire Jacques de Lalain oyant Fécnjer parler, et aussi voyant le grand honneur que le roi ^'Mui faisoit de l'avoir envoyé au-devant de lui, le remer-^ cia moult courtoisement, disant à Téeuyer et à ceux de sa compagnie, que à lui il n'attribuoit ^as cet honneur, mais connoissoit et sçavoit bien que c'étoit pour l'amour de sou souverain seigneur le duc de Bourgogne. Messire Jacques, ce dit l^écuyer^ Le roi, et tous les barons du royaume voudroient faire honneur ot courtoisie à tous ceux qui de par

(i) Alphon&e V dît rAfjcicAin J, A.. B.

IHESSIRE JACQUES DE UiLAIN. 1 3;

le duc vieniiciit es marches de Portugal : mais nonôbstast ce, messire Jacques de Lalain, pour votre renommée, et les grands biens que par deçà, et es autres royaumes chrétiens se. disent de tous, tous princes, chevaliers et nobles hommes sont tenus de vous faire honneur; et vous mande le roi de par moi, qji^en son royaume de Portugal vous soyez le très bien venu : car c'est bien le plaisir du roi et de tous ceux de son royaume, comme il appert par les lettres de par le roi et son conseil à moi envoyées, comme dit est.»

Alors celui écuyer, et les autres gentils hommes de sa compagnie s'approchèrent de messire Ja#ques, lesquels il prit tous par les mains, et aussi pareillement saluèrent tous ceux qui enr la compagnie de messire Jacques étoient venus; et ainsi tous ensemble chevauchèrent, et en grand joie et-Messe entrèrent dedans la ville deAbogal,(Albuquérquc), où messire Jacques descendit en l'hôtel que pour l«fi et ses gens étoit appareillé. Puis tôt après que lui et ses*gens se furent déshabillés et revêtus de leurs robes, le souper fut prêt. Si s'assit à table, et l'écuyer do Portugal avec lui Si furent apportés grand' foison de présents à messire Jacques et à ceux de sa compagnie; c'est à savoir grand' foison de vins et de viandes, sucrées et épiceries de plusieurs et diverses manières, mêmement torches, chandelles et flambeaux de cire; trompeites et menestreux et autres plusieurs instruments mélodieux de diverses manières jouants à la mode du pays, tellement qu'à les. ouïr, messire Jacques et ceux de sa compagnie se ré*

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jouirent moult fort: car, selon le pays et la^ ils étoient ne s'en eut pu plus faire au duc d g(^De,&'ily fut venu, ou son fils lebonci Charolois. Si de tous, tes mets et entreme ils furent servis vous voulois raconter ai trop y pourrois mettre, et pourtant je m'en| Le souper accompli et les tables, levées, ble menèrent messire Jacques soi ébattre en din où ils eucent plusieurs devises., et l'heure fut venue de soi aller coucher, ceux hommes portugalois prirent congéde mess ques et b'en allèrent tous coucher chacui hôtç). Et quand ce vint le lendemaip mati ce que messire Jacques et ses gens eurent I ouïe, se préparèrent et ordoQnèrent pourp lirent partir leurs mules et sommiers, qui p les bsihus et malles, et prirent le chemi vers la cité de Eure (Evora), pour ce qUt avoit été que le roi de Portugal y étoit s Puis messire Jacques de Lalain et les gent mes de sa compagnie montèrent tous à cbev avant ce qu'il fussent issus hors de leur l trouvèrent à la porte l'écuyer portugalois et sa compagnie prêts pour le conduire. Si tirèi champs et chevauchèrent après leurs som bagages, en cheminant vers la cité de Eure( ipais avant ce qu'ils y vinssent arrivèrent ville, qui est nommée Estre[nouse(Estremoz) lieu etville arrivés ils trouvèrent un grands du pays, qu'on nommoit le comte d'Eng< qni reçut messire Jacques et ceux de sa cor

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moult honorablement, et le festoya grandement, et fitvgrand chère à lui et ses gens; et tant que messire Jacques ne le savoit avoir assez remercié ;et fut celui comte grand espace en Fhôtel, où étoit celui messire Jacques logé, tant qu^il ne se savoit comment partir, pour le grand plaisir qu'il prenoit à ouïr les devises d'icelui messire Jacques, et aussi de ce qu'il le véoit être tant bel et plaisant chevalier, qu'à son semblant il n'avoit jamais vu homme qui mieux lui vint à plaisir. Ainsi se passa le jour et le souper, où ils furent moult richement servis de ce que pour lors on pouvoit ni savoit trouver.

* Quand il fut temps d'aller coucher, le comte prit congé d'icelui messire Jacques, en lui offrant tout service et honneur. De quoi messire Jacques l'en remercia moult courtoisement, et le voulut reconvojer jusques en son hôtel: mais oncques le comte ne le voulut souffrir. Si s'en allèrent reposer jusques le lendemain que tous se préparèrent pour eux en aller à l'après diûer, ainsi comme il firent; et chevauchèrent et s'exploitèrent tellement, qu'ils vinrent au gîte àMontheure (Evoramonte), auquel lieu ils trouvèrent plusieurs nobles hommes ordonnésde par le roi de Portugal, qui reçurent messire Jac^ ques de Lalain, lui et ceux de sa compagnie „poult honorablement en lui faisant grand' chère: et si bien avoient été festoyés par les lieux où ils avoient passé, encore le furent-ils plus à cette fois. Cette nuit se passa jusques le lendemain matin, que mes. sire Jacques de Lalain, avant son parteraent, fit chanter messe, ainsi comme il avoit accoutumé,

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laquelle }ui et ses gens ouïrent moult déyotement. Puis montèrent à cheval, et prirent leur chemin pour aller à Eure (Evora), où il n'y avoit d'illec (là) que quatre lieues.

Quand messire Jacques vint auprès de la cité, lui vinrent au devant très grand nombre de seigneurs, chevaliers et écuyers, c'est à savoir: Le seigneur de Mirande^ Âlvara d'Almarde, Ruy Berges, Jean et (Ferrant Tello) de Silve^et plusieurs autres. Tous ensemble le reçurent moult honorablement, et firent grand honneur à lui et à ses gens. Si ramenèrent loger en la cité, où le roi avoit fidt ordonner et préparer son logis moult richement, où il descendit lui et ses gens; et fut reçu de Phote et de rhôtesse,. et de ceux qui de par le roi étoient commis à le recevoir. Si pouvez assez croire et savoir quePhôtel n'étoit pas impourvu, mais fort garni de vins et de viandes, et de ce qu'alors on put trouver, ni recouvrer pour corps d'homme aiser et repaître. En cette nuit, polir lui tenir conqiagiiie soupèrent avec lui grand' foison de nobles homiBes de l'hôtel du roi: de plusieurs mets, et entremets fifi*ent servis à ce souper, de quoi je ne veux fiiire long conte : le souper accompli, et que tous se levé* reut de table , après grâces rendues à nôtre seigneur^ se mirent à deviser j usques à ce qu'il fut temps d'aller coucher : l'heure venue, prirent congé de messire Jacques, si s'en allèrent chacun en leur logis.

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