CHAPITRE XLIV
CpMMENT MESSIRE DiEGO DE GuSMAfi EJNTRA PANS LES LIGES. POUR FAIRE ARMES A l'eNCOMTRE DE MESSlRB
Jacques de Lai^aist.
Ainsi ces besognes faites et ordonnées, arrivèrent 4jÇ quatre vingts à cent hommes armés de toutei^ pijèces, la lance en la main, lesquels, avec les autres paravanteuK venus, furent ordonnés pour garder ie champ de toutes oppressions. Puis assez tôt après ^n cette même heure, arrivèrent les gardes pour retenir les champions qujand temps serpit. Si éloient dix gejitils hommes sages let prudents, et qui en leur jiemps avoient beaucoup vu. Grande et longue espace messire Jacques de Lalain demeura jen son pavillon jcn attendant son adverse partie, ^et fut bien trois heures après midi quand Diego de Gusman comparut au champ, lequel à cette heure qu'il y vint, jétoit accompagné de plusieurç chevaliers et écuyers ,
i58 CHBONIQUE DU BON CHÇVALIER
et de son frère messire Gonsalve de Gnsman^qui éloit à son côté dextre, et de messire Philippe; de Sul au côté sénestre. Si veiioient après lui (][uatre hérauts de Toffice d'armes, c'est à sçavoir deux hérauls et deux poursuivants, montés sur quatre coursiers couverts jusques en terre; arraoyés des armes des quatre lignes dont celui de Gusman étoit issu; et avoient vêtu iceux officiers d'armeschacun une cotte d'armes pareille, dont étoient couverts les dits quatre chevaux. Et en ce point, armé de toutes armes, celui de Gusman entra dedans le champ: puis tantôt après qu'il fut descendu devant son pavillon, ne demeura guères, qu'il vint faire la révérence au roi;et après ce qu'il eut fait la révérence au roi, et à la reine, il s'en retourna vers son pavillon.
Lors le connétable don Jean de Lune, fils de Alvaro de Lune, et le maréchal Pedro de Heras, commis et ordonnés juges d'icelles armes, firent sçavoir aux champions, que nul d'eux ne saillît hors de son pavillon jusques à la tierce fois que les trompettes auroient sonné, et p.uis quand la tierce fois seroit finie, et non devant, chacun d'eux issît hors de son pavillon; et ce fut publié à son de trompe, aux quatre cornes du champ. Lors après le cri et défenses faites, eomme en tel c^s appartient, les haches et épées des deux champions furent apportées par devers le juge; si fut trouvé que la hache de Diego étoit de mal engin , et qu'elle n'étoit pas telle cîomme es chapitres étoit contenu. Si lui en fut baillée une autre, nonosbtant que messire Philippe de Sul s'ep débattit assez.
ME8SIRE JACQUES DE LALAIN. i Sg
Les haches et épëes visitées, on fit trois cris et défenses de p£^ le roi es quatre coins des lices, et son* nèrent les trompettes, ainsi comme ordonné avoit été: mais à Diego de Gusman ne souvint de Tordon^ nance faite par les juges; car au premier son de trompette, après ce qu'il fut fini, tout à l'étourdi, il saillit hors de son pavillon: mais ceux qui l'a voient à conseiller, moult hâtivement le prirent et le remenèrent en son pavillon: nonobstant ce au second sou de trompette il en fit pareillement autant; et eu fut le roi deGastille très mal content, et de Péchaffaud où il étoit, lui dit une laide parole et si haut que de chacun fut ouï.