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apportées, et prirent congé du connétable^ mais toutefois quand messire Jacques se dut partir d'icelui souper, Diego de Gusman se passa assez légèrement de prendre congé à celui messire Jacques. Si revint en son hôtel, oii il séjourna et demeura deux ou trois jours, sans s'en partir, pour ce que dit lui avoit été qu'il n'étoit pas trop bien content de lui; et la cause, il ne sçavoit pourquoi. Or advint que le lundi après en suivant, celui Diego de Gusman envoya requérir messire Jacques, qu'il lui voulsit (voulût) fournirquatre lances, ainsique contenu étoit en ses chapitres. Sur quoi messire Jacques répondit, qu'il s'en attendoit à la bonne ordonnance du loi, et qu'il étoit prêt et appareillé de ce faire. De laquelle requête faite par celui Diego de Gusman à messire Jacques, le roi en fut averti, et lui fit dire qu'il n'en parlât plus, et qu'il fut content de ce que le roi en avoit dit le jour qu'ils firetil les armes de pied: si n'en fut lors plus parlé. Et avec ce fut dit à celui de Gusman, que de ce qu'il en avoit fait, et le mal content qu'il avoit montré à messire Jacques, le roi ne l'en sçavoit gré. Pour laquelle chose et pour apaiser le courroux du roi, au bout de six jours ou environ, Diego de Gusman, accompagné de son frère le comte de Gusman et de plusieurs chevaliers et écuyers, vinrent par devers messire Jacques, et là firent très bonne chère. Tellement qu'icelui Diego de Gusman dit au dit messire Jacques: «Monseigneur mon frère et mon ami, quelque chose qu'il soit, ni qu'on vous puisse avoir dit, ou rapporté, mon frère et moi et tous nos parenis et
MESSIRE JACQUES DE LALAIN. lOS
amis sommes du tout à votre commandement > pour à vous et aux vôtres faire service el plaisir: car je vous sçais erre si gentil chevalier et si bien renommé, que tous chevaliers et écuyers sont tenus de vous faire tout honneur, et en ce faisant ne pourroient fors acquerre bonne louange. ;>
Messire Jacques de Lalain oyaut ainsi courtoise ment parler celui Diego, le remercia moult humblement en lui disant: « Monseigneur mon frère et mon ami, du grand honneur et plaisir qu'il vous à plu faire à la maison d'où je suis, de moi avoir délivré de mon emprise , je vous eu mercie^ si croyez certainement, que nous de notre maison de Lalain , ensemble nos parents et amis, et moi spécialement suis et serai tenu et oblige toute ma vie à vous et aux vôtres. » Après ces paroles, s'enti'ebrassèrent les uns et les autres par plusieurs fois, et firent moult grand' chère, et eurent plusieurs devises eux tous ensemble, et tellement se contentèrent tous de gracieuses devises, et de grand* humilité qui étoit en messire Jacques de Lalain, qu'assez n'en pouvoient avoir parlé, tant ctoient contents de lui. Lors furent apportés vins et épices: si en prirent et en burent l'un avec l'autre^ et assez tôt après Diego de Gusman fit amener un beau coursier couvert d'une couverture de salin cramoisi: si le donna et présenta à messire Jacques de Lalain , qui le reçut moult liément, et en remercia celui Diego; si prirent congé l'un à l'autre. Puis quand ee vint le lendemain au matin, messire Jacques de Lalain qui étoit large et courtois,, connoissant la
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courtoisie que lui avoit fait Diego de Gusman, fit appareiller un roouH beau destrier, lequel il fit enseller et couvrir d'une riche houssure de velours bleu, toute chargée d'orfèvrerie, et la selle de velours violet ; lequel destrier fut présenté par l'un de ses écuyers, avec un héraut nouiraé Luxembourg, à celui de Gusman, qui le reçut moult liement, remerciant son frère et compagnon^ duquel présent et don il fut moult joyeux.