CHAPITRE LI
Comment messire Jacques de Lalain se partit, ayant pris congé du dacphlnj et vint en bourgogne, ou de plusieurs chevaliers et écuyers du pays fut grandement festoyé ^ et de la se partit et vint en Flandres, ou le duc de Bourgogne le reçut et
LUI FIT grand* chère ^ ET AUSSI DE SA VENUE A La- LAIN.
C^uAND messire Jacques de Lalain se partit de monseigneur le dauphin, il prit son chemin vers Lyon
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sur le Rhône, et là endroit s'exploita tant de clievaucher, qu'il vint en Bourgogne, où il fut grandement festoyé des cbevaliers et écuyers, des dames cl; damoiselles, et des gens et officiers du pays, ainsi comme ils ont plus coutume de ce faire, qu'en nul lieu où on puisse aller. Après ce qu'il eut séjourné en Bourgogne un peu d'espace, il traversa et chevaucha parla Champagne, tirant son chemin en Flandres. Sachant que le duc son seigneur é toit à Bruges, si y vint lui faire la révérence en le remerciant très humblement des grands honneurs qu'il avoit eu es royaumes et provinces où il avoit été, poui* et en l'honneur de lui. Si fut reçu du duc son souverain seigneur, moult bénignement, du comte de Charrolois son fils, des comtes , barons et chevaliers, et mêmement de tous les officiers de sa cour. Et fut lé dit de Lalain si bien tenu à notre seigneur qu'à grand honneur, sans avoir nul encombrer (accident) à lui, ni à nul de ses gens , retourna en grand' louangepar devers soa très redouté et souverain seigneur le duc Philippe de Bourgogne, qui le reçut moult cordialement, et fit grand'chère, en luienquérantdetout ce qu'il avoit vu et trouvé en soir voyage faisant Sf bien et si à point en répondit celui mes&ire Jacques, que le duc eu fut très content, et moult volontiers l'écouta: et aussi firent tous les barons et seigneurs de sa cour, et en spécial sur tous autres, ses deux oncles le seigneur deCréquy et messire Simon de Lalain, lesquels l'aimoient d'un très bon cœur pour le beau commencement qu'ils virent être en leur neveu, qui étoit signe de parvenir à un très
liaut honneur etexaltationdetous ses parents et amis. Puis après ce qu'il eut là été une espace, et séjourné aucuns jours en Fhôtel du duc son souverain seigneur, il prit congé de lui pour aller voir et visiter le seigneur de Lalain son père et la (jUme dé LaUin sa mère, lesquels étoient jà avertis du retour de leur très cher et aimé fils, qu^ils désiroiept de tout leur cœur à voir.
Or doncques messire Jacques prit congé du duc, et s'exploita tellement, lui etsesgens,de chevaucher qu'il vint et arriva au château de Lalain àia grand' joie et liesse du seigneur de Lalain et de ia dame son épouse; et de plusieurs autres chevaliers et écujers, dames et damoiselles, qui de sa venue étoient avertis,^ fut reçu en grand'joie €i liesse^ conirme raison étoit Le seigneur et la dame de Lalain véantsleurtrès aimé fils être retourné, lui et ses gens, sans quelque fortune a voit, dévotement en louèrent et regracièrent notre seigneur. La dame de Lalain sa mère le baisa par plusieurs fois: car c^étoit celui sur tous ses autres fils qu'elle aimoit, et qui étoit le plijs cher tenu, et une fille très belle damoiselle, laquelle fut depuis mariée au seigneur de Bossu baron en Hainaut. Messire Jacques étoit l'ainé de tous; le second après lui fut depuis élu prévôt en l'Église de Saint Lambert de Liège, belle personne et vénérable; le tiers fut messire Philippe de Lalain, duquel ci après nous parlerons; et letjuart fils fut nommé Antoine, qui fut fait chevalier à Rheims au couronnement du roi Louis. A ce jour, et à la venue de messire Jacques se trouvèrent ensemble les quatre
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frères qui étoienl enfants deLalain, qui fut une grand'joîc au seigneur et à la dame. Doacques pour leur venue au châtel de Lalain fut faite une très grand'fête, à laquelle eut grand' foison de chevaliers, écuyers, dames et damoiselles, lesquels et la plupart étoient leursparents,amis et voisins: et bien avoient cause de ce faire, tant pour la venue de raessire Jacques, comme pour le grand honneur et exaltation qu'il avoit fait à tous ses parents et amis, et qu'encore ils véoient être apparent en lui de plus avant procéder et continuer. Le seigneur de Lalain ne se pouvoit assez saouler (rassasier) d'ouir raconter et dire à son fils la conduite et manière de son voyage^ et au regard de la dame de Lalain, elle D'étoit pas moins joyeuse^ car tant grand plaisir prenoit à ouir parler son fils, que tout son cœur s'éle voit, et très souvent es lieux solitaires de son hôtel rend oit grâces à notre seigneur, lui priant dévotement qu'il voulut garder et préserver son très cherfijsde mal et d'encombrier (accident). Ainsi, comme vous oyez, pour la venue du gentil chevalier fut faite grand'fete à celui jour au châtel de Lalain. Après toutes fêtes passées, chacun se retira en son lieu, et prirent congé du seigneur et de la dame, et aussi de messire Jacques de Lalain, qui les remercia déshonneur que fait lui avoient.