‹ Chronique de J. de Lalain (volume 3)Chapitre 84 sur 110 · CHAPITRE LXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIII

Comment les t>Rix furent donnés.

Jruis aux deux côtés d'icelle table du dit entremets, avoit huit baunières des hait côtés du dessus dit chevalier, c'est à sçavoir quatre de par son père,, et quatre de par sa mère. Celui entremets dont ci est faite mention , étoit bel et riche, et moult bien fut regardé de tous ceux, qui là étoient: car pour ce temps on n'avoit vu plus bel ai mieux ordonné. Puis quand ce vint après souper et que 'chacun fiit levé de table, et vu et visité le banqttet comme il étoit assis, et tous les mystères qui feitsy furent, le chevalier du pas se retira en une grand' salle, et tous les autres qui là étoient Et là furent donnés les prix. Et eut Gérard de Roussillon la hache d'or, comme celui qui à Pavisdu chevalier du pas avoit assis le plus beau coup de hache sur lui: et Jacques d'Avanchier, écuyer savoyen, éuj Pépée d*br j et à messire Jean de Boniface fut. ordonné et appointé de par le chevalier du pas, lui envoyer là lance d'or, comme à celui qui les plus beaux coups de lance avoit assis sur lui ^ et étoit lors le dit de Bonifabé au pays de Lombardie, cotnrae on disoit, et là lui fut envoyée celle lance d'or. Et après toutes celtes choses faites^ s'entrefirent par layens (dedans) moult grand' joie., et grandes fete^, c'est à sçavoir ceux qui avoient fait armes à l'encontre du chevalier gar-

clant le pas de la Fontaine des pleurs, lequel étoit nommé messire Jacques de Lalain^ et ne se cela oncques jour, si, non aux écritures de ses chapitres, et pourtant (attendu) qu^en ses dits chapitres ne se nommoit point, n'a été faite mention de son nom, fors au premier et au dernier^ et afin que sachez et crojez celui traité être vrai, Toison-d'Or, par l'ordonnance du duc de Bourgogne son prince et son souverain seigneur, le fit et écrivit au mieux qu'il put, non pas si authentiquement, comme il eût bien voulu, et que la matière le requéroit: car véritablement ce fut une noble et haute emprise, honorablement conduite du premier jusques en fin et bien digne de mémoire. Si ne Ée devoit pas celer, ni taire une si notable emprise. Lors après toutes fêtes, joies et ébattements^ comme ou dit communément qu'il n'est si grand fête ni joie qu'enfin ne convienne de partir, si prirent tous ensemble congé les uns aux autres en grand amour et regret, comme si tous eussent été frères. Et depuis celui souper et banquet où se donnèrent les prix dessus déclarés, messire Jacques de Lalain fit prier les dames et damois elles de la cité de CLâlons, et leur donna un très beau banquet, lequel banquet et souper achevé, chacun se leva de table; si encommencèrent les danses et festoiements. Puis l'heure venue d'aller coucher, vin et

épices furent apportées; si en prit chacun à son plaisir. Puis messire Jacques de Lalain prit congé d'elles pour s'en aller, et prendre son chemin aux pardons de la sainte cité de Rome. Auquel banquet la dame de la Fontaine dos pleurs envoya aux dames et da-

MESSIRE JACQUES DE LALAlN. I79

moiselles qui là avoieut été, notables messagers portants les lettres qui ci-après sont écrites, (lesquelles la teneur s'ensuit.

« Honorées dames, et damoiseiles, tant comme le eliérissement de mon cœur peut faire, je me recommande à vous. Et pour ce que j'ai sçu la txàs noble assemblée de ce joyeux et plaisant banquet, et aussi que je nç sçavois si sitôt on vous trouveroit toutes ensemble, ni la plupart,, j'envoye à cette dite assem^ blée ce message portant cette lettre principalement pour trois choses, premièrement pour aller querre le chevalier entrepreneur, qui pour achoison (occasion) de mes pitoyables larmes a tenu etg^rdé le pas eraprès cette noble cité de Châlons,pour parfaire et accom-plir au plaisir de Dieu, sa dévotion vouée au saint voyage et pardons de Rome. Secondement pour vous mercier de ma meilleure intention de l'hon*neur et du bien que fait avez au. dit chevalier. Tiercement pour vous prier et requérir die par lui, ^ue si aucunement il s'est mépris, ou a failli devers vous à vous honorer en quetque manière que ce soit, qu'il vous plaise à ma requête lui pardonner: car je suis assurée que si ce lui est mésavenu, ce n'a été fors par le très véniel péché diignorance, lequel peut être effacé par cette seule connoissance^que je certifie, que pour tout l'or du monde il ne voudroit penser, dire ou faire,, ou soufii'ir être faite chose qui aucunement tournât à votre déplaisance, sauf le dit péché: mais aimeroit mieux non être sur la terre. Si vous prie et requiers de rechef, ensemble le ravertissement dessus dit, qu'il vous plaise suppléer

28o CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

la défaute du dit chevalier, si point en jr a, et par cestes (celles ci), de la puissance et autorité que je puis avoir sur lui, je l'oblige votre serf d'armes et serviteur pour à toujours. Et en signe de vérité, et pour témoignage que vôtre je l'oblige, j*ai scellé cette des targes de la sainte Fontaine des pleurs, priant à notre Seigneur, qu'il la convertisse en joie, et vous doint (donne) plaisance continuelle, liesse sans fin et biens immortels. Lcril si hâtivement, que je n'ai pas eu loisir d'y mettre qui ni à quel jour. »

Au dessus des dites lettres avoit écrit. De par la dame dès pleurs.

Et la souscription au dos delà dite lettre étoit: «A mes très chères et honorées dames et damoiselles, citoyennes demeurantes en la noble cité de Châlons.»

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