‹ Chronique de J. de LalainChapitre 102 sur 133 · CHAPITRE LXXXIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIT

Commeut lk siège d*Auoenarde fut i.evé par lb comte

d'EtAMPES , ET DES BELLES ÀPERTISES d'^MBS QUE T FIT MESSIRE JaGQVES DE LALAIN.

Il nous convient parler de ce vaillant chevalier messire Simon de Lalain qui étoit assiégé dedieins la ville d'Audenarde par les Gantois» lequel toute la nuit, comme vous avez ouï, avoit fait démurer la porte de la ville, pour saillir sur les Gantois, lui et tous ses gens, ensemble ceux de la ville, qui tous étoient armés, en grand désir d^avoir secours ainn comme toutes gens assiégés ont et doivent avoir. Et promptement quUls virent les gens du comte approcher, ils ouvrirent leurs portes et commence* rent à saillir dehors, et Gantois de crier alarme. Les gens du comte d'Étampes étoient jà fort approchés du siège: mais le seigneur de Saveuses et messire Jacques de Lalain, comme celui qui de tout son cœur désiroit à voir son bon oncle messire Simon de Lalain, étoient tout devant, et avec eux environ cent combattants qui moult vivement se férirent sur Gantois, en lesocciant et abattant devant eux; et d'autre part ceux de la ville. Si commença le cri et Toccision moult grande et horrible sur Gantois. On n'y véoit que gens occire et détrancher: mais les

Gantois se mirent tantôt en fuite et à déconfityre, et abandonnèrent leurs logis» toute leur artillerie grosse et menue, vivres etbagages^si ne con tendirent (essayèrent) à rien sauver que leurs corps, et tous fuyoient à un pont quMls avoient fait sur la rivière de l'Escaut; et les aucuns sailloient en bateaux en si très grand nombre que tout alloit au fond de Peau. Iceux Gantois étoient logés dedans €t au plus près d'une église où il y en mourut grand nombre: car en vérité, avant que la puissance du comte d'Êtampes abordât jusques à eux, moins de cent hommes les mirent à déconfiture, par la vaillance, prouesse et conduite de messire Jacques de Lalain et de ceux qui avec lui étoient; qui tant firent par force d'armes qu'ils mirent les Gantois à déconfiture; et fut le siège d'iceux Gantois de ce côté tout déconfit et mis en fuite; les uns morts, les autres nojés, et ceux qui purent échapper allèrent à l'autre côté ^e la ville où ils tenoient un siège, et là où ils étoient le plus grand nombre. Là se montrèrent vaillants et hardis messire Simon de Lalain, et ceux de la ville d'Audenarde; car ils gagnèrent la plupart de l'artillerie d'iceux Gantois.

Le comte d^Étampes, qui toujours se tenoit en bonne et grande ordonnance, approcha l'ost' des Gantois: mais, comme dessus est dit, ils ne Tattendirent pas, ains(mais) s'enfuirent Quand le comte d'Élampes vit la déconfiture et que tous les Gantois du siège de deçà étoient morts, ou noyés, 00 passés la rivière de l'Escaut en fuite, il entra dedans la ville d'Audenarde, où par les habitants fut reçu à

ao*

3o8 CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

très grande joie, car bien y étoieut tenus. Si lui fut conseillé qu'il se logeât dedans la ville, en lui disant que les Gantois, qui étoient à Taulre coté, étoient merveilleusement grand nombre, et en fort logis et bien garnis d'artillerie, et qu'en celui logis étoit tout l'orgueil des Gantois, et que là étoient les Hauptmans(doyens),et ceux de la loi de Gândjet que bon seroit de faire sçavoir au duc de Bourgogne les nou« Telles et en quel état les choses étoient , afin que sur ce il en ordonnât à son bon plaisir; et ainsi le conclut de faire le comte d'Etampes, comme il loi fut conseillé: mais comme j'ai ouï dire depuis, si le comte d'Etampes, et sa compagnie, après que le premier siège fut déconfit et qu'il eût passé la rivière, fût allé combattre le siège qui étoit de l'autre coté, la guerre d'iceux Gantois eut pris fin, car jar mais ne l'eussent osé attendre: mais la chose ne fut pas ainsi conduite. Lors le comte d'Etampes fit loger toutes ses gens dedans la ville d'Audeaarde.

Or advint, ainsi comme ils se vonloient repaître, lui vinrent nouvelles que les Gantois ayoient levé leur autre siège, j à grand temps avoit, et s'en alloient enbelle ordonnance atout (avec) leur artillerie, canons et autres bagues. Pourquoi le comte d'Etampes, par son poursuivant d'armes nommé Dourdan , le fit sçavoir au duc de Bourgogne qui pour lors étoit en la ville de Grandmont. Ces nouvelles ouïes par le duc de Bourgogne^ il fit sonner ses trompettes, en commandant que chacun montât à cheval, en intention de poursuivre les Gantois. Or advint que les nouvelles vinrent au comte d'Etampes que

MESSIRE JACQUES DE LALAIN. Sog

les Gantois s'en alloient, plusieurs vaillants nobles horrimes montèrent à cheval, et issirent hors de la ville d'Audenarde, pour poursuivre et aller après ceux Gantois, et furent les premiers montants achevai messire Jacques de Lalain et ses gens; en après le seigneur de Moreuil, le seigneur de Rochefort, le seigneur de Lannoy , Robert de Miraumont et grand nombre de gentils et nobles hommes, lesquels suivirent iceux Gantois, et par la vaillance de messire Jacques de Lalain et de ceux qui avec lui étoient, leur firent perdre tout leur charroyjelà chacun détroit passage frappoient dedans; et là firent perdre à maints Gantois la vie. Cette chasse durant, Allard de Rabodenghes et Gujot de Bettun^ accompagnés de vingt combattants, s'étoient partis du logis du duc de Bourgogne, et chevauchoient en pays, quérants leur aventure; ils ouïrent le bruit et virent l'allée des dits Gantois; si chevauchèrent après. Si trouvèrent messire Jacques de Lalain ce vaillant chevalier, qui étoit au plus près des Gantois; si se mirent avec lui, et à une reposée que firent les dits Gantois, où ils tinrent ordonnance à bannière déployée, celui AUart de Rabodenghes et le dit de Bettun, requirent à messire Jacques de La* lain, qu'il leur donnât Tordre de chevalerie, laquelle chose il fit, et depuis se gouvernèrent moult vaillamment et chassèrent les dits Gantois jusques à environ lieue et demie de la ville de Gand, et tant que leurs chevaux furent recrus(fatigués)et plusieurs fois se mirent en gr an d'aventure, vu le petit nombre qu'ils étoient; car en tout ils n'étoient pas cent combattants.

3iO CHRONIQUE DU BON CHEVALIER

Page 1